Un habitant du Tarn a contracté le chikungunya sans avoir quitté la France. Le cas, confirmé au 27 juillet, est le premier de l’année où ce virus se transmet directement sur le sol métropolitain, sans le moindre voyage sous les tropiques. Et il n’arrive pas seul.
Dans son bulletin du 29 juillet, Santé publique France signale, à la même date, deux cas de dengue contractés localement, sans lien entre eux, dans le Tarn et l’Hérault, ainsi que deux infections à virus West Nile dans les Pyrénées-Orientales et les Bouches-du-Rhône. Trois maladies distinctes, toutes transmises par des moustiques déjà installés en France, toutes repérées en l’espace de quelques jours.
Ces contaminations sur place ont un carburant. Depuis le 1er mai, début de la surveillance renforcée de l’été, l’agence a recensé 261 cas de dengue, 87 cas de chikungunya et 9 cas de Zika ramenés de l’étranger par des voyageurs. La dengue importée a bondi de 231 à 261 cas en une seule semaine, d’un bulletin à l’autre. Chaque personne rentrée malade peut, si un moustique tigre la pique, devenir le point de départ d’un foyer local.
Une saison 2025 qui a changé d’échelle
Si les autorités sanitaires scrutent l’été 2026 d’aussi près, c’est à cause de l’année précédente. En 2025, la métropole a enregistré 809 cas de chikungunya contractés sur son sol, du jamais-vu depuis le lancement de la surveillance en 2006. Le bilan de Santé publique France détaille ce record : 790 cas répartis en 79 foyers, dont l’un a compté jusqu’à 144 malades, plus 19 cas isolés. Les premiers étaient apparus dès la fin mai, les derniers à la mi-novembre.
Le contraste avec le passé est spectaculaire. Sur les vingt années précédentes, la transmission locale du chikungunya ne s’était produite qu’à trois reprises : deux cas à Fréjus en 2010, douze à Montpellier en 2014, dix-sept dans le Var en 2017. La France est passée de quelques dizaines de malades en deux décennies à plus de huit cents en une seule saison. La dengue, de son côté, a touché 30 personnes sur place. Huit régions ont connu des transmissions locales, dont trois pour la première fois : la Nouvelle-Aquitaine, le Grand Est et la Bourgogne-Franche-Comté.
Deux facteurs se sont conjugués, selon l’agence : une épidémie de chikungunya dans l’océan Indien, en particulier à La Réunion, qui a renvoyé vers la métropole de nombreux voyageurs contaminés, et une souche du virus mieux adaptée au moustique tigre. Le site Futura-Sciences détaillait avant l’été les raisons pour lesquelles les épidémiologistes redoutaient 2026, et franceinfo décrivait une prolifération record du vecteur.
Le vecteur occupe désormais huit départements sur dix
Ce moustique a un nom, Aedes albopictus, et une silhouette reconnaissable, un corps noir strié de blanc. Détecté pour la première fois à Menton en 2004, il était présent dans 83 des 96 départements métropolitains au 1er janvier 2026. Quinze ans plus tôt, on le comptait sur les doigts d’une main.
Sa biologie explique cette avancée. Il pique en journée, avec un pic tôt le matin et en fin d’après-midi, quand personne ne pense au répulsif. Et il pond dans des volumes d’eau minuscules : une soucoupe sous un pot de fleurs, un seau oublié, une gouttière bouchée, un jouet resté dehors. Quelques millilitres d’eau stagnante lui suffisent.
Les maladies qu’il transporte n’ont pas le même visage. Le chikungunya provoque une fièvre soudaine et des douleurs articulaires si vives que son nom, emprunté à une langue d’Afrique de l’Est, décrit la démarche courbée des malades. La dengue mêle fièvre, maux de tête et courbatures, et se complique parfois. L’infection à virus West Nile passe le plus souvent inaperçue, mais peut, dans de rares cas, atteindre le système nerveux. Aucun de ces virus ne s’attrape par un simple contact entre personnes : c’est la piqûre du moustique qui les propage.
Vider l’eau, le geste qui compte le plus
Face à un moustique qui se reproduit à domicile, la parade se joue d’abord sur les balcons et dans les jardins. Le conseil des autorités se résume à une routine : supprimer chaque semaine les eaux stagnantes, retourner les seaux, couvrir les récupérateurs de pluie, vider les coupelles. S’y ajoutent les gestes classiques contre les piqûres, répulsifs et vêtements couvrants aux heures sensibles. Pour qui rentre d’une région où circulent ces virus, se protéger les premiers jours n’est pas qu’un confort : c’est ce qui évite d’offrir le virus au moustique du quartier. Un insecte suspect peut être signalé sur le portail officiel de surveillance, et ces maladies sont à déclaration obligatoire, ce qui déclenche une démoustication ciblée autour de chaque cas.
La surveillance renforcée court jusqu’au 30 novembre. Le plus intense de la saison reste devant : août et septembre concentrent d’ordinaire le maximum de circulation, quand les populations de moustiques culminent et que les vacanciers rentrent de zones à risque. Le cas du Tarn arrive au début de cette période sensible, pas à sa fin.
