Il a répondu, puis il a douté. Andy Burnham, Premier ministre britannique depuis le 20 juillet, a échangé quelques messages avec une personne qui se présentait comme Susie Wiles, la cheffe de cabinet de la Maison-Blanche. Il a coupé la conversation et prévenu les autorités.
L’information vient de Politico, qui cite quatre responsables sous couvert d’anonymat, et la BBC dit l’avoir confirmée de son côté. Les échanges se sont limités à des messages écrits, sans aucune conversation vocale. Une des sources parle de « quelques messages » « sans importance ». Ni leur contenu ni leur date n’ont été rendus publics.
Downing Street refuse de commenter, au motif qu’il s’agit de « questions de sécurité nationale ». L’ambassade britannique à Washington a saisi la Maison-Blanche, rapporte CBS News. La présidence américaine a fait savoir que l’incident n’avait rien à voir avec un piratage des appareils de sa cheffe de cabinet, précise Al Jazeera. Quels outils l’imposteur a employés, personne ne le dit à ce stade.
Le FBI décrit la méthode depuis avril 2025
Le cas n’est pas isolé. En mai 2025, un ou plusieurs inconnus avaient accédé au téléphone personnel de Susie Wiles et utilisé son répertoire pour joindre d’autres responsables en se faisant passer pour elle, selon CBS News. Le FBI avait ouvert une enquête. Deux mois plus tard, le département d’État enquêtait à son tour sur un imposteur qui avait contacté trois ministres des Affaires étrangères au nom du secrétaire d’État Marco Rubio, rapporte Al Jazeera.
Entre les deux, le bureau fédéral a publié une alerte publique qui décrit précisément le procédé. Depuis avril 2025, écrit-il, des acteurs malveillants usurpent l’identité de hauts responsables américains par SMS et par messages vocaux générés par intelligence artificielle. Le scénario décrit est toujours le même : on engage la conversation sur un sujet que la cible maîtrise, on installe la confiance, puis on propose de basculer vers une autre messagerie en cliquant sur un lien qui sert à voler les identifiants. « Le contenu généré par IA a progressé au point qu’il est souvent difficile à identifier », prévient le FBI, qui recommande de chercher soi-même le numéro de son interlocuteur et de l’appeler pour vérifier son identité.
En France, il a suffi d’un masque en latex
La technique est plus vieille que les modèles de génération de voix. Entre 2015 et 2017, une bande a appelé des personnalités fortunées en se présentant comme Jean-Yves Le Drian, alors ministre de la Défense, pour réclamer une aide financière d’urgence destinée à des opérations secrètes de l’État, avec promesse de remboursement par la Banque de France. Pour les visioconférences, l’un des escrocs enfilait un costume et un masque du ministre, assis derrière un bureau censé se trouver au sous-sol du ministère.
Les enquêteurs ont recensé plus de 150 personnes et organisations approchées, du roi du Maroc au président du Gabon, en passant par les patrons de Total et de Vinci. Trois victimes ont perdu 55 millions d’euros. En mars 2020, le tribunal correctionnel de Paris a condamné Gilbert Chikli à dix ans de prison, plus un an pour « prise du nom d’un tiers » et deux millions d’euros d’amende, et son coprévenu Anthony Lasarevitsch à sept ans et un million d’euros, rapportait Europe 1. Le ressort décrit par le FBI est le même : la confiance qu’inspire un nom connu. Le masque en silicone, lui, n’est plus indispensable.
L’usurpation de numéro a bondi de 517 %
Les particuliers reçoivent la version basse de gamme du même procédé, et elle progresse vite. Dans son rapport d’activité 2025, le dispositif public Cybermalveillance.gouv.fr place l’hameçonnage en tête des demandes d’assistance des particuliers, avec près de 33 % du total et une hausse de 71 % sur un an. L’arnaque au faux conseiller bancaire gagne 159 % et représente 15 000 recherches d’assistance sur l’année. Les fraudes au virement, faux ordre ou détournement de RIB, grimpent de 196 % pour 13 000 demandes.
Un chiffre sort du lot dans ce classement. L’usurpation de numéro de téléphone, qui reste marginale en volume avec moins de 10 000 demandes d’assistance par an, a bondi de 517 %. De nouvelles règles de protection des numéros sont entrées en vigueur au 1er janvier 2026, et le dispositif public dit suivre de près ce que cela donnera sur cette fraude-là.
