Aucun dollar de dommages n’a changé de mains. Et pourtant, Justin Baldoni s’est vu présenter une facture de plus de huit millions par les avocats de Blake Lively. La bataille judiciaire née sur le tournage de « Jamais plus » s’est soldée sans indemnités, mais pas sans addition.
Un accord signé à la veille du procès
Début mai, alors que le procès civil devait enfin s’ouvrir à New York, Blake Lively a retiré sa plainte et signé un accord avec Baldoni et son studio Wayfarer. D’après Variety, aucune somme n’a été versée au titre des dommages : ni l’actrice ni le réalisateur n’ont décroché la moindre indemnité. Après un an et demi de dépositions, de messages privés étalés dans la presse et de rebondissements chaque semaine, le dossier semblait donc s’arrêter sur un match nul. En apparence seulement.
Huit millions, virgule comprise
Un accord sur le fond ne solde pas la question des frais. Le 12 juin, le juge fédéral Lewis Liman a jugé que Baldoni et Wayfarer devaient prendre en charge les honoraires d’avocats de l’actrice, sans fixer de montant, et il a écarté ses demandes de dommages. Deux semaines plus tard, Lively a déposé sa facture : 7 495 526,87 dollars d’honoraires et 539 514,01 dollars de frais, soit 8 035 040,88 dollars, jusqu’aux quatre-vingt-huit cents, rapporte Deadline. Le mécanisme peut surprendre, mais il tient debout : une loi californienne de 2023 permet à la personne visée par une plainte en diffamation jugée abusive de réclamer le remboursement de sa défense. Or la contre-attaque du réalisateur s’était effondrée un an plus tôt. L’homme qui exigeait 400 millions de l’actrice se retrouve donc à régler la facture de ses avocats à elle. Reste à savoir de quel montant : c’est au juge de le fixer.
Baldoni reprend la parole après deux ans
Le 8 juillet, Justin Baldoni et sa femme, la comédienne Emily Baldoni, ont mis en ligne une vidéo sur Instagram. Leur toute première sortie publique depuis le déclenchement de l’affaire. « Nous n’avons pas parlé publiquement pendant près de deux ans, et ce n’est pas faute d’avoir eu des choses à dire, croyez-moi », y déclare le réalisateur, cité par NBC News. Baldoni évoque « tant de choses douloureuses » dites à leur sujet « ces deux dernières années », sans jamais citer Lively, le film ni la procédure. « Il y a tellement à dire », ajoute Emily Baldoni, avant que son mari enchaîne : « et nous n’allons pas tout dire ».
Comment tout a basculé fin 2024
Retour en arrière. En décembre 2024, Blake Lively dépose une plainte auprès de l’agence californienne des droits civiques, aussitôt transmise au New York Times. Elle y accuse Baldoni, à la fois réalisateur et partenaire à l’écran, de harcèlement sexuel pendant le tournage. Puis d’avoir monté une campagne de dénigrement en ligne pour retourner l’opinion contre elle au moment de la promotion du film. Le réalisateur dément en bloc et riposte : il poursuit d’abord le New York Times pour diffamation, puis, en janvier 2025, Lively, son mari Ryan Reynolds et leur attachée de presse, chiffrant cette fois son préjudice à 400 millions de dollars.
La plainte à 400 millions balayée
En juin 2025, le juge Lewis Liman douche les espoirs du plaignant. Il juge que les accusations de Lively, portées dans une procédure officielle, sont couvertes par le privilège judiciaire, cette règle qui protège des poursuites en diffamation les déclarations faites dans un cadre légal. Le New York Times, de son côté, profite du privilège de compte rendu fidèle, qui autorise un média à relater une procédure sans risque. Le magistrat laisse à Baldoni la possibilité de redéposer quelques points sur de prétendues ruptures de contrat, mais le réalisateur laisse filer le délai. Sa plainte à 400 millions finit à la corbeille. Celle de Lively, elle, survit jusqu’au règlement de cette année.
Deux camps, des mois de guerre d’image
Entre-temps, l’affaire a débordé des prétoires pour devenir un feuilleton d’opinion. Chaque partie a diffusé ses propres messages, ses propres chronologies, ses propres experts en communication de crise. Le public, lui, a choisi son camp, souvent avant même de connaître une seule pièce du dossier. Ryan Reynolds, visé par la contre-plainte de Baldoni, a vu son nom mêlé au dossier avant que les poursuites contre lui soient écartées. Pendant des mois, la moindre capture d’écran est devenue une arme, et un film sur les violences conjugales s’est mué en tribunal permanent sur les réseaux.
Pourquoi la France a suivi de près
Le feuilleton n’a rien d’anecdotique de ce côté de l’Atlantique. « Jamais plus », adaptation du roman publié par Colleen Hoover en 2016, a réuni plus de 1,3 million de spectateurs dans les salles françaises à l’été 2024, pour près de 350 millions de dollars au box-office mondial, dont 148 millions aux États-Unis. À sa sortie américaine, le film s’était même hissé à la deuxième place du classement, juste derrière « Deadpool & Wolverine ». Le livre, lui, s’est écoulé à plus de 10 millions d’exemplaires sur la planète et dépasse le million en France, où l’autrice américaine, tous titres confondus, approche les 4 millions d’exemplaires vendus. Autant dire que la brouille entre les deux têtes d’affiche a touché un public qui avait d’abord aimé cette histoire sur papier, bien avant l’écran.
Une facture, et sans doute une suite
Reste donc l’addition. Baldoni et Wayfarer contestent déjà la note : leurs avocats ont demandé au juge de rejeter la demande, ou à défaut de la réduire fortement, jugeant les quelque 7 000 heures facturées excessives et suggérant de s’aligner sur les 181 622 dollars obtenus par le New York Times dans le même dossier. Le montant final reste donc suspendu à la décision du magistrat. Quant à la vidéo, longue de près de cinq minutes, elle ressemble moins à un point final qu’à une bande-annonce : le réalisateur n’y dit pas un mot de la procédure. Trois ans après avoir tourné un récit sur l’emprise et la reconstruction, les protagonistes de « Jamais plus » n’en ont visiblement pas terminé avec la leur.
