Le 7 septembre, à Saint-Paul-de-Vence, Emmanuel Macron a annoncé la création d’un Festival international du jeu vidéo. Trois jours plus tôt, le créateur français de Life is Strange prévenait qu’il pourrait supprimer jusqu’à 90 postes et qu’une incertitude significative pesait sur la poursuite de son activité après le 31 janvier 2027.
Don’t Nod a publié son point d’activité semestriel le 4 septembre, le jour où son conseil d’administration a validé un projet de réorganisation. L’idée tient en une phrase : recentrer l’activité française autour d’une ligne de production unique, censée pouvoir lancer un nouveau projet avant la fin de celui en cours.
Une trésorerie divisée par deux en sept mois
Le chiffre d’affaires du semestre s’établit à 6,1 millions d’euros, en recul de 14 %. La vraie rupture est ailleurs. La production immobilisée, ces coûts de développement qu’un studio inscrit à son bilan au lieu de les passer en charges, est tombée de 6,8 millions à zéro. Dans son communiqué, l’éditeur explique que les coûts de production d’Aphelion et du projet baptisé P14 n’ont pas été immobilisés, le second ne remplissant pas le critère d’activation lié à la capacité de financement à la date de clôture.
| Données consolidées | S1 2025 | S1 2026 |
|---|---|---|
| Chiffre d’affaires | 7,0 M€ | 6,1 M€ |
| Production immobilisée | 6,8 M€ | 0 |
| EBITDA économique | -2,0 M€ | -4,3 M€ |
Additionnés, chiffre d’affaires et production immobilisée donnent des produits d’exploitation économiques en chute de 56 % sur un an. La trésorerie brute suit la même pente : 15,4 millions d’euros fin 2025, 9,8 millions fin juin, 8 millions fin juillet 2026.
Montréal tourne pour Netflix, Paris cherche
Le groupe vit sur deux sites. Celui de Montréal développe un jeu narratif fondé sur une propriété intellectuelle majeure de Netflix. Ce contrat explique l’essentiel des 2,6 millions d’euros de revenus de développement enregistrés sur le semestre, et il place pour l’instant la filiale canadienne hors du plan, relève ActuGaming. Les suppressions envisagées portent uniquement sur la France.
Les mesures envisagées aujourd’hui sont difficiles, nous mesurons pleinement ce qu’elles peuvent représenter pour les collaborateurs et collaboratrices concernés
La phrase est d’Oskar Guilbert, président directeur général, dans le communiqué du 4 septembre. Il y présente la réorganisation comme indispensable à la poursuite des activités.
Le syndicat s’arrête sur le chiffre 49
Le STJV, syndicat des travailleuses et travailleurs du jeu vidéo, a répondu le même jour. Son calcul : 90 départs, soit les deux tiers de l’effectif, laisseraient 49 salariés. Le syndicat souligne que 49 se situe juste sous le seuil de 50 à partir duquel un comité social et économique obtient la personnalité morale, un budget et le droit de recourir à des expertises. Don’t Nod, de son côté, n’a publié aucun chiffre d’effectifs.
Pour mesurer le chemin parcouru, le journaliste Gauthier Andres, du média Origami, avance un ordre de grandeur repris par ActuGaming : environ 270 personnes travaillaient au studio parisien deux ans plus tôt.
Un festival annoncé, aucun euro fléché
Trois jours après ce communiqué, la Fondation Maeght accueillait le Sommet Lumière. Deux chefs d’État le coprésidaient : Emmanuel Macron et le Sud-Coréen Lee Jae Myung. Le premier y a défendu l’entrée du jeu vidéo dans l’exception culturelle française, promis un festival « pensé dès l’origine comme un grand rendez-vous mondial de la création, de l’innovation, des joueurs et de l’industrie » puis chiffré la filière : cinéma, audiovisuel et jeu vidéo pèsent selon lui 30 milliards d’euros de chiffre d’affaires en France.
Paris et Séoul ont aussi lancé un Partenariat Lumière doté d’un milliard d’euros sur cinq ans, destiné à la filière de l’image et à la souveraineté culturelle. Aucun montant n’a été fléché vers le jeu vidéo, et l’Élysée n’a communiqué ni la date ni le lieu du futur festival, comme le note ActuGaming.
Les premières réunions avec le comité social et économique et sa commission santé sécurité conditions de travail ont eu lieu, en parallèle de négociations ouvertes avec l’organisation syndicale représentative. La suite dépend d’un financement extérieur que Don’t Nod n’a pas encore obtenu. L’échéance, c’est l’entreprise elle-même qui l’a écrite : le 31 janvier 2027.
