Il avait annoncé en avril qu’il était débarrassé de son cancer. Trois mois plus tard, Sam Neill est mort à Sydney, à 78 ans. Sa famille évoque une disparition « soudaine et inattendue », survenue alors que l’acteur néo-zélandais se croyait enfin tiré d’affaire.

Une fin « soudaine et inattendue »

C’est sur le compte Instagram de l’acteur que ses proches ont confirmé la nouvelle, lundi. Le message emploie le mot maori « whānau », la famille au sens large, pour décrire ceux qui l’entouraient dans ses derniers instants. Sam Neill « est parti avec la dignité qui a marqué toute sa vie », écrivent-ils, en remerciant le personnel de l’hôpital privé St Vincent, à Sydney. La chaîne américaine CNN et le site spécialisé Deadline ont relayé ce communiqué familial.

La formule qui revient partout, « soudaine et inattendue », tient à un paradoxe cruel. En 2023, il avait révélé souffrir d’un lymphome T angio-immunoblastique, un cancer du sang rare. Après plusieurs années de traitements, des examens l’avaient déclaré en rémission au début de l’année. « Béni par le fait que Sam soit resté sans cancer », insiste le texte des proches, comme pour dire que la maladie, cette fois, n’y était pour rien.

Le paléontologue qui a fait rêver une génération

Pour des millions de spectateurs, il restera le docteur Alan Grant, le chercheur au chapeau de cuir qui découvre des dinosaures bien vivants dans Jurassic Park. Le film de Steven Spielberg, sorti en 1993, a rapporté près d’un milliard de dollars et l’a installé pour toujours dans la mémoire collective. Trois décennies plus tard, en 2022, il avait rechaussé les rangers du personnage pour Jurassic World : Le Monde d’après.

Les réactions de ses partenaires de tournage disent l’affection qu’il inspirait. « Je t’aimerai pour toujours, Dr Alan Grant », a écrit Laura Dern, une phrase reprise en titre par AlloCiné, qui le décrit comme « un gentleman noble et sincère, mon partenaire de rêve ». Spielberg a raconté combien il fut difficile pour Neill de jouer un homme agacé par les enfants, tant l’acteur était dans la vie un père tendre. Avec Dern et Jeff Goldblum, a ajouté le cinéaste, « nous aurons toujours notre famille Jurassic ».

Bien plus qu’un chasseur de dinosaures

Résumer Sam Neill à la saga aux dinosaures serait une erreur. Né en Irlande du Nord en 1947 sous le prénom de Nigel, arrivé enfant en Nouvelle-Zélande, il a traversé cinquante ans de cinéma sans jamais se laisser enfermer. Révélé en 1979 par My Brilliant Career de Gillian Armstrong, il enchaîne ensuite les registres : officier soviétique face à Sean Connery dans À la poursuite d’Octobre rouge, mari possessif de La Leçon de piano de Jane Campion, Palme d’or à Cannes en 1993, savant tourmenté dans l’angoissant Event Horizon.

La télévision lui a offert d’autres visages : l’inspecteur Campbell qui traque les Peaky Blinders de Cillian Murphy, le cardinal Wolsey des Tudors, l’espion de Reilly, ace of spies. C’est aussi lui qui donnait la réplique à une toute jeune Nicole Kidman dans le thriller nautique Dead Calm, en 1989. « L’une des personnes les plus gentilles, les plus drôles et les plus douces », a réagi Murphy. Peu d’acteurs auront joué autant de partitions avec la même retenue.

Une seconde vie dans les vignes

Loin des plateaux, Sam Neill menait une autre existence, celle d’un vigneron. Dans les collines de Central Otago, à l’extrême sud de la Nouvelle-Zélande, il produisait depuis 1993 des pinots noirs réputés sur son domaine Two Paddocks. Il en parlait souvent avec plus de fierté que de ses films.

En 2023, entre deux cures, il avait publié ses mémoires, Did I Ever Tell You This?, écrites à un moment où il se pensait condamné. Il y racontait sa maladie sans dramatiser, avec cet humour pince-sans-rire que ses amis évoquent tous. Sa dernière apparition publique, un mois plus tôt, le montrait rayonnant. Ses vignes, elles, continueront de donner le vin qu’il aimait partager entre proches.