À l’été 2016, des inconnus traversaient les parcs le téléphone tendu devant eux, à l’affût d’un Dracaufeu caché derrière un banc. Dix ans plus tard, la ruée a quitté les trottoirs. Pourtant, 60 millions de personnes ouvrent encore Pokémon Go chaque mois.

Le jeu de Niantic vient de souffler sa dixième bougie. Ses nouveaux propriétaires ont transformé Times Square en terrain de chasse géant le 10 juillet, avant d’organiser les 11 et 12 juillet un Go Fest mondial, gratuit pour la première fois, avec Mewtwo et Zeraora en têtes d’affiche. « Depuis le début, il s’agit de rassembler les gens », a résumé Michael Steranka, vice-président chez Scopely, au micro de la BBC. Une façon de rappeler que le phénomène de 2016 n’a jamais vraiment disparu. Il s’est juste fait plus discret.

Neuf milliards de dollars, et ça continue

Les recettes donnent le vertige. Depuis son lancement, Pokémon Go a encaissé plus de 9 milliards de dollars, selon les données d’analyse relayées par le site spécialisé PocketGamer. Rien qu’en 2025, l’application a de nouveau dépassé le milliard, un niveau que presque aucun jeu mobile ne tient une décennie après sa sortie.

D’où vient l’argent ? Surtout des États-Unis, qui pèsent 3,5 milliards de dollars de dépenses, près de 40 % du total mondial. Le Japon suit avec 2,7 milliards. En Europe, c’est l’Allemagne qui sort le plus le portefeuille, loin derrière, avec 451 millions. Les joueurs consacrent en moyenne 45 minutes par jour à l’application, entre Poké Balls, passes de raid et billets d’événement.

Le jeu devait nous faire marcher

En 2016, on a vendu Pokémon Go comme le premier jeu vidéo bon pour la santé. Sortir, arpenter sa ville, attraper des créatures : de quoi séduire médecins et parents. La réalité s’est révélée plus tiède.

Une équipe de l’école de santé publique de Harvard a suivi des milliers de joueurs et publié ses résultats dans le British Medical Journal. La première semaine, les joueurs faisaient bien un millier de pas supplémentaires par jour. Puis l’effet s’est dégonflé. Au bout de six semaines, le compteur était retombé à son niveau d’avant le téléchargement. Le jeu remuait les corps, pas les habitudes.

Six millions de Français d’un coup

La France a découvert le jeu le 24 juillet 2016. La sortie, d’abord calée au 15, avait été repoussée après l’attentat de Nice du 14 juillet. En quelques jours, le pays a basculé. D’après un sondage Ifop, 12 % des Français de 15 ans et plus y avaient déjà joué, soit près de 6 millions de personnes. Détail surprenant pour un jeu vidéo, 59 % de ces joueurs étaient des joueuses, et un sur trois avait moins de 35 ans.

Derrière l’engouement, il y avait la nostalgie. Toute une génération avait grandi avec la Game Boy, le dessin animé et les cartes à collectionner. Pokémon Go lui rendait Pikachu, cette fois au coin de la rue.

Le vrai trésor, c’était la carte

En mars 2025, Niantic a cédé sa division jeux au studio américain Scopely pour 3,5 milliards de dollars, une opération bouclée fin mai. Pokémon Go a changé de mains, avec Pikmin Bloom et Monster Hunter Now.

Mais Niantic a gardé l’essentiel : les données. L’entreprise a logé sa technologie de cartographie dans une société à part, Niantic Spatial, pour construire une carte du monde en trois dimensions dopée à l’intelligence artificielle. Pendant dix ans, des centaines de millions de joueurs ont sillonné les villes, scanné des monuments et photographié des rues pour capturer des Pokémon. Ils ont surtout, sans le savoir, aidé à dessiner l’une des cartes les plus précises jamais constituées.

Scopely, lui, joue la fidélité. En rendant le Go Fest gratuit cette année, le studio cherche à élargir une base de joueurs qui vieillit et à s’assurer que la deuxième décennie rapporte autant que la première. Le prochain rendez-vous mondial est déjà en préparation.