Pendant trois semaines, la campagne du Norfolk a cru abriter un fauve. Des habitants racontaient une grande silhouette tachetée aperçue dans les champs, à huit kilomètres de Norwich. La bête a été retrouvée endormie dans un pot de fleurs, au fond d’un jardin.
Trois semaines de rumeurs pour un chat en fugue
Blaze avait quitté son domicile de Norwich en mai. Il a été aperçu une première fois le 23 juin dans un champ, puis des signalements ont commencé à remonter du côté de Bramerton, au sud de Norwich. Kevin Murphy, de l’association Norfolk Wildlife Rescue, s’est mis à sa recherche pendant que les rumeurs de félin sauvage en liberté enflaient dans la région.
La traque s’est terminée par un coup de téléphone. Une famille a appelé Murphy pour signaler un animal qui prenait le soleil dans un grand pot de fleurs de son jardin. L’animal était pucé, ce qui a permis à son propriétaire de confirmer qu’il s’agissait bien du sien, rapporte la BBC. Norfolk Wildlife Rescue précise que Blaze a été conduit chez un vétérinaire avec une patte droite cassée et une blessure à la poitrine. Des fragments métalliques ont été trouvés dans la patte, qui a dû être amputée.
Un serval dans l’arbre généalogique
Les témoins n’avaient pas complètement tort. Le savannah n’est pas un chat comme les autres : c’est un hybride obtenu en croisant un serval, félin sauvage africain aux longues pattes et aux grandes oreilles, avec un chat domestique. Certains individus atteignent onze kilos, soit le double d’un chat de gouttière bien nourri, et gardent une robe tachetée qui trompe l’œil à cinquante mètres.
C’est justement cette ascendance qui rend l’animal juridiquement compliqué. Le serval figure à l’annexe II de la Cites et à l’annexe B du règlement européen 338/97 sur le commerce des espèces sauvages, et ce statut se transmet en partie à sa descendance.
En France, il aurait fallu une autorisation préfectorale
La même fugue en France aurait posé un problème administratif avant même de poser un problème de voisinage. Selon le Livre officiel des origines félines, la fédération qui tient le registre des chats de race dans le pays, les savannahs des quatre premières générations sont considérés comme des animaux non domestiques. Les détenir suppose un certificat de capacité et une autorisation d’ouverture d’établissement, y compris pour un simple particulier avec un seul animal, en application de l’arrêté du 8 octobre 2018.
Le LOOF va plus loin dans sa communication aux éleveurs : ces chats ne sont pas autorisés en exposition, l’identification génétique des parents est obligatoire pour toute déclaration de naissance de portée, et la fédération demande aux éleveurs d’être « très vigilants sur la provenance des animaux », pour ne pas entrer dans « la spirale du trafic animal très active dans ces races depuis plusieurs années ». Un savannah de première génération se négocie couramment plusieurs milliers d’euros.
Blaze, lui, s’en sort avec une patte en moins et une réputation de fauve qu’il n’a jamais méritée.
