Passer sa soirée devant la télé et passer sa journée assis au bureau, ce n’est pas la même chose pour le cerveau. Une équipe américaine a scanné plus de 1 700 cerveaux et constaté que les gros téléspectateurs avaient, vingt ans plus tard, des régions de la mémoire plus petites. Ceux qui restaient assis à travailler s’en tiraient nettement mieux.

1 700 cerveaux passés à l’IRM

Les chercheurs de l’université de Californie du Sud (USC) se sont appuyés sur une cohorte suivie depuis la fin des années 1980. Les participants, âgés de 53 ans en moyenne, avaient rejoint l’étude américaine ARIC entre 1987 et 1989. À l’époque, on leur avait simplement demandé à quelle fréquence ils regardaient la télévision pendant leur temps libre, de « jamais » à « très souvent », et combien d’heures ils passaient assis au travail.

Plus de vingt ans plus tard, tout ce petit monde est passé à l’IRM. Le contraste est net. Comparés aux gens qui ne regardaient « jamais » ou « rarement » la télé, les adeptes du « très souvent » présentaient des volumes réduits dans des zones associées aux premiers signes de la maladie d’Alzheimer. S’y ajoutaient davantage de lésions de la substance blanche, un marqueur de l’atteinte des petits vaisseaux du cerveau lié au déclin cognitif, ainsi que des lobes frontal et occipital plus petits, deux régions qui gèrent la planification, la décision et le traitement visuel.

Ces écarts tenaient toujours après avoir neutralisé l’activité physique, le diabète, l’indice de masse corporelle, le tabac et l’alcool. Le travail est paru en juillet dans Alzheimer’s & Dementia, la revue de l’Association américaine contre la maladie d’Alzheimer.

Le canapé et le bureau ne se valent pas

La vraie surprise est ailleurs. Si rester immobile suffisait à abîmer le cerveau, tous les comportements sédentaires devraient se ressembler. Ce n’est pas le cas. Les personnes qui passaient une grande partie de leur journée de travail assises affichaient au contraire des lobes frontal et occipital plus volumineux et moins de lésions de la substance blanche. Autrement dit, un cerveau en meilleure santé que celui des amateurs de télé.

« Pendant des années, on s’est concentrés sur le temps que les gens passent assis. Nos résultats suggèrent qu’il faut aussi regarder ce qu’ils font pendant ce temps », résume David Raichlen, professeur de biologie et d’anthropologie à l’USC et coauteur principal, cité dans le communiqué de l’université. L’hypothèse des chercheurs : beaucoup de métiers de bureau demandent de résoudre des problèmes et de se concentrer. Cette stimulation intellectuelle protégerait, là où la télévision laisse le cerveau en roue libre.

Les hommes plus touchés, et ce qui reste à prouver

En séparant les IRM selon le sexe, l’équipe a vu que l’essentiel des différences, dans un sens comme dans l’autre, concernait les hommes. Pourquoi eux davantage ? Le mystère reste entier, et les auteurs appellent à d’autres travaux pour le comprendre.

L’étude a ses limites, que les chercheurs ne cachent pas. La consommation de télé reposait sur les déclarations des participants, moins fiables qu’un décompte réel. Et aucun cerveau n’a été scanné au départ : impossible donc d’affirmer que la télé a bel et bien fait rétrécir ces régions, plutôt que d’y être seulement associée. Il faudra une IRM de référence, dès le début du suivi, pour trancher.

Reste un message concret pour les médecins. « On répète au public d’éviter de rester trop longtemps assis, mais il faudra sans doute préciser quelles activités on fait pendant ce temps, car elles ne semblent pas peser de la même façon sur le cerveau », avance Natan Feter, chercheur à l’USC et auteur correspondant de l’étude, dans un communiqué relayé par ScienceDaily. La prochaine recommandation ne sera peut-être plus « bougez plus », mais « coupez la télé et occupez votre tête quand vous vous asseyez ».