D’un côté, les primes à l’électrique et les zones à faibles émissions qui repoussent les modèles anciens. De l’autre, des automobilistes qui gardent leur voiture toujours plus longtemps. Au 1er janvier 2026, l’âge moyen d’une voiture en circulation en France atteint 11,8 ans, son plus haut niveau.

Le chiffre sort du dernier bilan du SDES, le service statistique du ministère de la Transition écologique, publié mi-juillet. Il recense très exactement 39 964 281 voitures particulières sur les routes, 40 millions en arrondi, soit 0,4 % de plus qu’un an plus tôt. La moyenne d’âge, elle, a pris 0,4 an en douze mois et près de deux ans en une décennie. Avant le Covid, elle tournait encore autour de 10 ans. Le parc, lui, ne cesse de grossir : plus de 7 % de voitures en plus en dix ans, alors même que les ventes de neuf s’effondrent.

Le neuf trop cher, l’occasion qui dure

La logique est simple. Quand la voiture neuve devient inabordable, on conserve l’ancienne. En 2025, les Français n’ont acheté que 1,63 million de voitures neuves, un recul de 5 % sur un an et de 26 % par rapport à 2019, la dernière année avant la pandémie. Le SDES parle d’une « progression sensible de la durée d’usage » : on repousse l’achat, on répare, on roule encore un peu, résume aussi L’argus.

Les voitures partent donc à la casse de plus en plus tard : 20 ans en moyenne en 2025, contre 19,6 ans deux ans plus tôt. Un modèle essence tient jusqu’à 21,5 ans et 162 000 km avant destruction, un diesel s’arrête plus jeune mais plus fatigué, à 19,4 ans et 239 000 km. Chaque voiture roule aussi un peu moins qu’avant, 11 600 km par an en moyenne, en baisse de 10 % depuis 2011.

L’électrique progresse, le parc résiste

C’est tout le problème pour la transition. Les voitures électriques ont pesé près d’une immatriculation neuve sur cinq en 2025, mais elles ne représentent encore que 3,5 % des voitures qui roulent. Le diesel reste la motorisation la plus courante, à 46,1 %, même s’il est désormais sous la moitié du parc, une bascule entamée en 2024. Tant que le renouvellement patine, le passage à des modèles propres avance au ralenti.

Les voitures qui restent sur le bitume sont aussi de plus en plus lourdes. Une auto pèse maintenant 1 628 kg en moyenne, contre 1 620 kg un an plus tôt, sous l’effet des SUV et des batteries. Sur dix ans, la prise de poids dépasse 1,5 % par an, une inflation de gabarit qui pèse sur la consommation comme sur l’usure des routes et des pneus.

Ce vieillissement se paie enfin dans les zones à faibles émissions. Les voitures classées Crit’Air 3 ou plus, écartées de Paris, Lyon et Grenoble, comptent toujours pour près d’un quart du parc, 24,3 % précisément. Leur part baisse, mais pour des millions de conducteurs, se mettre en règle veut dire changer de voiture, donc trouver un budget qui n’est pas là.

La France plus jeune que ses voisins

À l’échelle du continent, l’Hexagone s’en sort plutôt bien. D’après l’ACEA, l’association des constructeurs européens, une voiture de l’Union roule en moyenne 12,3 ans, un peu plus qu’en France. Les écarts sont spectaculaires : près de 17 ans en Grèce et en Estonie, moins de 8 ans au Luxembourg. La tendance, elle, est partout la même, celle d’un parc qui prend de l’âge faute d’être renouvelé.

La sortie dépendra surtout du prix. La Commission européenne mise sur son projet E-Car, censé faire émerger des modèles électriques abordables, autour de 15 000 euros. Tant qu’ils ne seront pas dans les concessions, la voiture des Français, elle, continuera de vieillir.