94 euros par mois, sans le moindre apport, pour une Citroën ë-C3 neuve. Le guichet du leasing social a rouvert le 16 juillet, avec une enveloppe de 401 millions d’euros et au moins 50 000 voitures à distribuer. La première édition est partie en six semaines, la deuxième en trois mois et demi, et rien ne dit que celle-ci tiendra plus longtemps.

Comment on tombe à 94 euros

Le principe tient en une phrase : une aide publique couvre une partie de la facture pour que des ménages modestes roulent en électrique neuf sans se ruiner. La location dure au minimum trois ans, sans apport, avec 15 000 kilomètres inclus chaque année. Le loyer est plafonné à 200 euros par mois, et chaque loueur conventionné doit réserver au moins un quart de ses offres sous la barre des 140 euros.

Dans le détail, l’aide couvre 29 % du coût d’acquisition du véhicule, dans la limite de 6 500 euros. Le plafond monte à 9 000 euros quand le véhicule et sa batterie sortent d’usines de l’Espace économique européen, avec une surprime de 500 euros si le moteur électrique y est lui aussi fabriqué. De quoi afficher des tarifs qui donnent le vertige face au marché classique. Selon le catalogue recensé par L’Argus, une vingtaine de modèles sont éligibles, soit une dizaine de moins que l’an dernier, de la Citroën ë-C3 à 94 euros par mois à la Peugeot e-308 à 199 euros, en passant par la Renault 5 autour de 139 euros. La Dacia Spring, elle, n’a pas passé le filtre cette année.

Le gouvernement pousse surtout l’argument du coût d’usage : recharger sa voiture à domicile revient à une douzaine d’euros, soit moins de 3 euros aux 100 kilomètres. Pendant que le litre de carburant repart à la hausse, le plein à trois euros fait mouche.

16 880 euros par part, trajet à l’appui

C’est là que le dispositif se referme sur une partie des candidats. Pour prétendre au leasing social, il faut afficher un revenu fiscal de référence par part inférieur ou égal à 16 880 euros. Une personne seule au-dessus de ce seuil est écartée, comme un couple dont le quotient dépasse le plafond.

Le gouvernement ajoute une condition d’usage, détaillée sur info.gouv.fr : la voiture doit servir aux trajets professionnels. Il faut habiter à plus de dix kilomètres de son travail, ou parcourir au moins 8 000 kilomètres par an dans le cadre de son activité. L’aide vise les actifs modestes qui dépendent de leur voiture, pas l’achat plaisir. Une électrique à 94 euros, donc, mais avec une porte d’entrée étroite.

En 2024, six semaines et rideau

L’histoire du dispositif explique la prudence affichée cette fois. Lancé début 2024, le premier leasing social visait 20 000 à 25 000 voitures pour l’année entière. Il en a écoulé 50 000 en six semaines. « Victime de son succès », résumait Europe 1 quand l’Élysée a baissé le rideau le 12 février, bien avant la date prévue.

La note a piqué. L’État subventionnait chaque voiture à hauteur de 13 000 euros, et l’enveloppe de départ, calibrée autour de 300 millions, filait vers 650 millions selon L’Usine Nouvelle. L’Institut Mobilités en Transition, fondé par l’Iddri, a depuis publié une analyse au titre sans détour, « les leçons d’un succès mal anticipé ». La deuxième édition, en 2025, a corrigé le tir avec 50 000 véhicules écoulés en trois mois et demi, et un financement qui n’était plus porté par le budget de l’État mais par les certificats d’économies d’énergie.

401 millions, et la même inconnue

Pour 2026, le cadre est posé : 401 millions d’euros, financés eux aussi par les certificats d’économies d’énergie et non par l’impôt, et au moins 50 000 foyers servis. En septembre viendra s’ajouter un dispositif distinct, une aide à l’achat réservée aux « gros rouleurs », qui vise 50 000 véhicules de plus. En additionnant les deux éditions précédentes, le gouvernement revendique 100 000 ménages déjà équipés grâce au programme.

Reste la question qui colle au dispositif depuis ses débuts : que se passe-t-il si la demande déborde encore l’enveloppe ? Les garde-fous ont été resserrés, entre plafond de revenus, condition de trajet et prime bonifiée pour le fabriqué en Europe. Mais la mécanique n’a pas changé : l’aide comble l’écart entre le vrai prix d’une électrique et les 94 à 200 euros payés par le locataire. Plus les offres partent vite, plus la facture gonfle, cette fois du côté des fournisseurs d’énergie, qui la répercutent sur les factures de leurs clients.

Les réservations passent par un concessionnaire ou un loueur conventionné, et le simulateur d’éligibilité est en ligne sur primealaconversion.gouv.fr. Le rythme des réservations dira si l’État a cette fois vu juste.