Passé minuit, plus d’Instagram ni de TikTok. Le gouvernement britannique veut couper l’accès aux réseaux sociaux à ses 16-17 ans entre minuit et 6 heures du matin, sauf s’ils désactivent eux-mêmes la restriction. L’annonce, révélée le 15 juillet par Bloomberg, complète un projet bien plus vaste : bannir purement et simplement les moins de 16 ans des grandes plateformes.

Un couvre-feu, puis une interdiction

Le calendrier britannique se dessine en deux temps. À la mi-juin, Londres a dévoilé son intention d’interdire les réseaux sociaux aux moins de 16 ans, sur le modèle australien : Instagram, YouTube, TikTok, Snapchat, Facebook et X visés, WhatsApp et Signal épargnés parce qu’ils servent surtout à joindre ses proches.

Un mois plus tard, le ministère des Sciences et de la Technologie ajoute une strate pour les 16-17 ans. Couvre-feu nocturne activé par défaut, et surtout extinction automatique des fonctions qui rivent l’œil à l’écran : la lecture des vidéos qui s’enchaînent toutes seules et les fils personnalisés qui déroulent sans fin. Le gouvernement s’appuie sur une consultation menée de mars à mai 2026, l’une des plus larges de son mandat. Neuf parents sur dix y réclament l’interdiction avant 16 ans, et deux tiers des jeunes eux-mêmes admettent que certaines plateformes ne devraient pas leur être ouvertes. Les premiers textes doivent passer devant le Parlement avant la fin de l’année, pour une entrée en vigueur au printemps 2027.

La France sur la même ligne, en plus rapide

À Paris, la trajectoire est presque identique, et elle avance plus vite. Le projet de loi sur la « majorité numérique à 15 ans » a franchi l’Assemblée nationale en janvier, puis le Sénat en mars. Il ferme les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, sauf accord des parents, et prévoit un « couvre-feu numérique » pour les 15-18 ans afin de brider la capture d’attention pendant le sommeil et les heures de cours. La vérification de l’âge devra passer par des méthodes validées par la CNIL.

Deuxième volet, le téléphone. Déjà proscrit en primaire et au collège, il doit être encadré au lycée à la rentrée. La version retenue par les députés laisse chaque établissement fixer « les lieux et conditions d’usage » : banni en cours et dans les couloirs, toléré dans une zone délimitée de la cour. Selon franceinfo, le gouvernement vise une application au 1er septembre 2026, soit des mois avant les Britanniques.

L’Australie a déjà servi de laboratoire

Reste une question que ni Londres ni Paris n’aiment trop entendre : est-ce que ça marche ? Un pays a testé grandeur nature. L’Australie a été la première au monde à interdire les réseaux sociaux aux moins de 16 ans, avec son Social Media Minimum Age Act voté fin 2024. Il y a désormais assez de recul pour mesurer.

Le verdict est rude. Une étude de l’université de Newcastle, publiée dans le British Medical Journal, a suivi 408 adolescents de 12 à 16 ans avant la loi, puis trois mois après son entrée en vigueur. Plus de 85 % d’entre eux fréquentaient toujours les plateformes censées leur être fermées. Les chercheurs, emmenés par la spécialiste de santé publique Courtney Barnes, écrivent n’avoir trouvé « aucune preuve suffisante » d’un effet notable sur la consommation des moins de 16 ans.

Masques, VPN et carte d’identité des parents

Leur secret tient en un mot : le contournement, avec une inventivité qui laisse les régulateurs sans voix. Deux tiers des ados disaient bien avoir croisé un contrôle d’âge, mais beaucoup gardaient l’accès par leur propre compte, celui d’un frère ou d’un ami. D’autres piochent dans la panoplie du resquilleur numérique : réseaux privés virtuels pour se faire passer pour un adulte à l’étranger, masques en maille imprimés commandés sur Temu pour tromper la reconnaissance faciale, ou tout bêtement la pièce d’identité d’un parent.

Le blocage est technique autant que politique. Tant qu’aucun contrôle d’âge n’est à la fois fiable et respectueux de la vie privée, l’interdiction repose sur la bonne volonté des plateformes et des familles. Au Royaume-Uni, l’Ofcom, le régulateur des télécoms, doit encore préciser dans les prochains mois les outils jugés acceptables, d’une reconnaissance faciale pour prouver sa majorité à d’autres méthodes moins intrusives. Le même casse-tête attend la CNIL en France.

Le vrai test arrive à la rentrée

L’expérience à grande échelle commencera plus tôt qu’on ne l’imagine. La France veut brancher son dispositif au 1er septembre, quand des millions de collégiens et de lycéens reprendront le chemin des classes. Le Royaume-Uni suivra au printemps 2027. Quant à l’Australie, elle doit publier de nouvelles évaluations dans les mois qui viennent. Cette fois, les gouvernements qui l’ont copiée les liront de très près.