Le chiffre de 2 000 euros circule depuis la parution de l’arrêté, mercredi 12 août. Il existe bien, mais il est réservé aux aides à domicile. Pour tous les autres acheteurs, le texte promet environ six fois moins.
Ce texte signé le 10 août crée une prime baptisée TRA-EQ-133. Elle couvre l’achat comme la location longue durée d’une voiture particulière électrique d’occasion, s’applique aux opérations engagées à partir du 1er septembre 2026 et reste ouverte jusqu’au 1er septembre 2030. Elle ne sort pas du budget de l’État : elle passe par les certificats d’économies d’énergie, ce mécanisme né en 2005 qui oblige les vendeurs d’énergie et de carburants à financer des économies chez leurs clients. C’est un fournisseur agréé qui verse l’argent, pas le fisc.
L’arrêté, lui, ne parle jamais d’euros. Il fixe un volume, 42 200 kWh cumac par véhicule. Pour le transformer en argent, il faut la base de prix du ministère de la Transition écologique, glissée en note de bas de page de son communiqué du 12 août : 8 euros le mégawattheure cumac, 14 euros pour les certificats dits précarité. La multiplication donne 337,60 euros. Selectra, qui a détaillé le calcul, arrondit à 337.
D’où sortent les 2 000 euros annoncés
Le même arrêté ajoute une bonification, et c’est elle qui a fait les titres. Le volume de certificats est multiplié par six pour la plupart des bénéficiaires visés, par quatre quand l’opération profite à un ménage en situation de précarité énergétique. Aux prix affichés par le ministère, cela donne 2 026 euros dans le premier cas, 2 363 dans le second. La fourchette de 2 000 à 2 360 euros reprise partout depuis mercredi ne vient pas d’ailleurs.
Encore faut-il entrer dans la case. La bonification vise les services autonomie à domicile, les professionnels de l’aide et de l’accompagnement, les salariés des services à la personne. Elle impose deux conditions de plus, un véhicule facturé 25 000 euros TTC au maximum et une masse en ordre de marche sous 1 800 kilos. Elle ne dure pas non plus : le texte veut que l’opération soit engagée avant le 1er janvier 2027 et achevée avant le 1er juillet 2027. Plusieurs articles ont résumé cette fenêtre à « jusqu’à fin 2026 », ce qui vaut pour la signature, pas pour la livraison.
Le gouvernement assume la cible. Son communiqué vise « une flotte totale de 30 000 véhicules électriques pour les aides à domicile » et promet des locations sans apport, entre 50 et 100 euros par mois selon le modèle. L’EnerGeek cite de son côté Romain Ryon, président de Mobilee, une entreprise qui valorise ces certificats dans les transports : il juge le montant de base « assez faible ».
Cinq cases à cocher, et un vendeur imposé
Pour la prime de base, les conditions se cumulent et une seule qui manque referme la porte. La voiture doit être 100 % électrique. Sa première immatriculation doit avoir eu lieu en France, entre le 1er janvier 2017 et le 31 décembre 2023. Elle doit venir d’un professionnel de l’automobile habilité. Sa batterie doit garder au moins 80 % de son état de santé, ou une autonomie résiduelle équivalente. L’acheteur s’engage à la conserver trente-six mois, durée qui vaut aussi pour une location. Un particulier ne peut pas valoriser plus de cinq véhicules.
La clause du vendeur professionnel écarte tout un pan du marché. Selon AAA Data, 23 222 voitures électriques d’occasion ont changé de main en France en juin 2026, soit 73 % de plus qu’un an plus tôt, alors que l’occasion dans son ensemble reculait de 1 %. Sept de ces transactions sur dix se sont faites d’un professionnel vers un particulier. Les ventes de particulier à particulier, elles, n’ouvriront aucun droit.
Le vide durait depuis deux ans et demi. Le bonus écologique de 1 000 euros réservé à l’occasion a disparu le 14 février 2024, emporté par un décret du 12 février qui rognait aussi l’aide sur le neuf. Le soutien public s’est concentré depuis sur les voitures sorties d’usine : le bonus y atteint 5 700 euros pour les ménages les plus modestes, complété par une prime batterie européenne de 1 000 à 1 400 euros, relevait AAA Data début juillet.
Un second arrêté du même jour ouvre un dispositif pour les taxis, environ 3 500 euros pour une électrique neuve et jusqu’à 5 500 euros si le véhicule et sa batterie sortent d’usines européennes. Pour l’occasion, un réflexe s’impose avant de signer : réclamer au vendeur le document qui atteste l’état de santé de la batterie. L’arrêté en fait une pièce justificative obligatoire, et sans elle la prime tombe, quel que soit son montant.
