Un cours de travaux pratiques en astrophysique se termine rarement par un record de l’Univers. Celui d’une poignée d’étudiants de l’université de Chicago, si. En fouillant de vieilles bases de données pour un projet de cours, ils ont mis la main sur l’étoile la plus pure jamais observée, un vestige des tout premiers temps du cosmos.

L’histoire commence par une corvée. Dix étudiants de licence, encadrés par l’astronome Alexander Ji, épluchent les archives du Sloan Digital Sky Survey, un gigantesque relevé du ciel. Leur mission : y débusquer des étoiles anciennes, presque dépourvues de métaux, c’est-à-dire de tout élément plus lourd que l’hydrogène et l’hélium. Ces astres sont les fossiles vivants de la galaxie : moins ils contiennent de métaux, plus ils sont vieux. Le tri fait ressortir 77 candidates prometteuses.

Pour en avoir le cœur net, il faut les regarder de près. Au printemps 2025, Alexander Ji emmène ses étudiants à l’observatoire de Las Campanas, au Chili, pointer les télescopes Magellan pendant les vacances de mars. Dès la première nuit, une étoile de leur liste au nom aussi élégant qu’un mot de passe, SDSS J0715-7334, ne ressemble à aucune autre.

Les analyses, publiées le 15 avril 2026 dans la revue Nature Astronomy, sont sans appel. L’étoile ne renferme que 0,005 % des métaux présents dans notre Soleil. Autrement dit, elle est deux fois plus pauvre en métaux que le précédent détenteur du record. Composée presque exclusivement d’hydrogène et d’hélium, les deux ingrédients sortis du Big Bang, elle figure parmi les plus anciennes jamais identifiées.

Pour mesurer la rareté de l’objet, il faut se rappeler que les astronomes traquent ces étoiles ultra-pauvres en métaux depuis des décennies, et qu’on n’en connaît qu’une poignée dans toute la Voie lactée. Diviser par deux le précédent record, ce n’est pas grappiller quelques pourcents. L’étoile est même dix fois plus vierge que les galaxies primitives les plus extrêmes repérées par le télescope James-Webb. C’est ouvrir une fenêtre bien plus nette sur une période, les premières centaines de millions d’années après le Big Bang, dont on ne possède presque aucune image directe.

Sa pureté raconte d’ailleurs une scène vieille de plus de treize milliards d’années. L’étoile s’est formée à partir d’un nuage de gaz souillé par une seule supernova, celle d’un astre dit de population III, la toute première génération d’étoiles, aujourd’hui disparue. En pesant les rares éléments lourds qu’elle contient, l’équipe a pu remonter jusqu’à ce parent : une géante d’environ trente masses solaires. On ne voit pas les étoiles primordiales, mais on peut lire leur empreinte dans celles qui ont suivi.

Autre surprise, SDSS J0715-7334 n’est pas née dans notre galaxie. L’étude de sa trajectoire montre qu’elle vient du Grand Nuage de Magellan, une galaxie satellite de la Voie lactée, avant d’y dériver il y a fort longtemps. Une intruse venue d’ailleurs, ce qui laisse penser que les galaxies voisines ont nourri la nôtre en vieilles étoiles.

Le plus savoureux tient au générique de la découverte. Plusieurs signataires de l’article scientifique sont des étudiants de premier cycle, associés à un résultat que bien des chercheurs confirmés n’obtiennent jamais. Futura-Sciences a salué une trouvaille née d’un simple exercice pédagogique. La prochaine étoile record, elle, dort peut-être déjà dans une base de données que personne n’a encore ouverte.

Photo : ESO/VMC Survey / Wikimedia Commons, CC BY 4.0