Des vacanciers allongés sur le sable, une embarcation qui dérive à quelques mètres du bord, et des paquets scellés qui viennent s’échouer entre les serviettes. À l’intérieur, près de 665 000 euros en petites coupures, planqués dans des sacs de courses Lidl, rapporte L’Essentiel. La scène s’est jouée le 29 juillet sur la plage de Casuzze, une station balnéaire du sud de la Sicile, et elle occupe depuis les enquêteurs de la province de Raguse.

Tout commence par une panne. Un bateau à moteur parti de Malte se retrouve immobilisé tout près du rivage, sans doute à court de carburant. L’embarcation se rapproche seule de la plage, et un détail intrigue les baigneurs : aucun des occupants n’appelle à l’aide. Ce sont eux qui préviennent les secours. Lorsque la vedette des garde-côtes arrive à hauteur du bateau, plusieurs contenants étanches passent par-dessus bord. Les vagues les ramènent vers le sable, où les militaires les récupèrent avec l’aide des vacanciers. Dedans, des liasses emballées pour résister à l’eau : quelque 665 000 euros, jusqu’à 670 000 selon certains décomptes italiens.

Personne à bord n’avait appelé à l’aide

Les garde-côtes ont placé sous scellés l’argent et le bateau. Le parquet de Raguse, dirigé par le procureur Francesco Puleio, a ouvert une enquête pour reconstituer d’où venait la somme et où elle allait, rapporte l’agence ANSA. Les hommes contrôlés, originaires de Malte, ont été identifiés et visés, à ce stade, par de simples infractions administratives. Début août, aucun lien avec un trafic de stupéfiants, un blanchiment ou une autre activité criminelle n’avait été établi : les pistes évoquées dans la presse, de la contrebande de devises aux faux billets, ne restent que des hypothèses.

Pourquoi transporter 665 000 euros en billets de 20, 50 et 100 par la mer ? La question saute aux yeux devant la photo des sacs éventrés. Dans l’Union européenne, franchir une frontière avec 10 000 euros ou plus en liquide doit en principe être déclaré aux douanes, une obligation pensée pour tracer les grosses sommes et compliquer le blanchiment. 665 000 euros, c’est soixante-six fois ce plafond. Un bateau privé, lui, ne passe par aucun guichet et ne remplit aucun formulaire.

Un enfant à bord que personne ne réclame

L’histoire a viré au casse-tête quand les journaux italiens y ont ajouté un visage. À bord se trouvait aussi un enfant, qui ne parle pas italien et n’a, selon le média Open et le Corriere della Sera, aucun lien de parenté établi avec les adultes identifiés. Confié à la justice des mineurs et aux services sociaux, il attend que quelqu’un se manifeste, ses parents ou une ambassade.

« Si tout s’était passé sans accroc, nous ne l’aurions jamais interceptée », a reconnu le préfet de police de Raguse, Salvatore Fazzino, à propos de la panne qui a trahi tout l’équipage. Sans cette avarie, les sacs seraient sans doute arrivés à destination et personne n’aurait rien su. Une semaine plus tard, l’argent et le bateau restent sous scellés, l’enfant sous protection, et le parquet de Raguse cherche encore à qui appartenaient ces liasses et vers quel rivage elles filaient.