Neuf mois après le casse, les portes de la galerie d’Apollon se rouvrent ce mercredi 22 juillet. Derrière, les visiteurs ne trouveront ni vitrines ni joyaux. Sept des huit pièces dérobées manquent toujours à l’appel.

Quelques minutes en plein jour, huit joyaux envolés

Le 19 octobre 2025, un dimanche matin, le Louvre ouvre comme d’habitude. En quelques minutes, tout bascule. Un commando gare un camion équipé d’une nacelle le long de la façade côté Seine, hisse deux hommes jusqu’à une fenêtre du premier étage, et pénètre dans la galerie d’Apollon, l’écrin des joyaux de la Couronne de France.

Les malfaiteurs repartent avec huit pièces, dont le préjudice a été évalué à 88 millions d’euros par le musée, un chiffre relayé par le parquet de Paris. La scène se déroule en plein jour, sous les yeux des premiers visiteurs, avant que l’alerte ne vide le musée. Le tout n’a duré qu’une poignée de minutes, un détail qui va vite tourner à l’accusation contre le dispositif de sûreté du plus grand musée du monde.

Une couronne retrouvée, sept bijoux disparus

Le jour même, un premier objet refait surface. La couronne de l’impératrice Eugénie est récupérée aux abords immédiats du musée, sur le quai François-Mitterrand, tombée semble-t-il pendant la fuite. Abîmée, mais là. Pour les sept autres pièces, le silence.

L’enquête, confiée à la brigade de répression du banditisme, avance par à-coups. Plusieurs suspects ont été interpellés dès la fin octobre, puis d’autres au fil des semaines suivantes, selon les annonces du parquet de Paris. Mais neuf mois plus tard, les bijoux n’ont pas été retrouvés. Les enquêteurs redoutent le pire scénario pour un butin de cette nature : des pierres démontées et des métaux fondus, impossibles à retracer.

Ce que la Cour des comptes a mis au jour

Le vol a surtout servi de révélateur. Dans un rapport consacré au musée, la Cour des comptes a pointé un retard massif du Louvre en matière de sécurité. L’institution y décrit un établissement qui a privilégié le prestige et les acquisitions au détriment de la protection de ses collections.

Le chiffre qui résume tout : sur un schéma directeur de sûreté évalué à 83 millions d’euros, le musée n’avait engagé que 3 millions, soit à peine 4 %, et l’essentiel pour de simples études techniques. Un audit réalisé dès 2017 par l’Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice signalait déjà de graves lacunes dans le système de surveillance. Pierre Moscovici, alors à la tête de la Cour, avait résumé le diagnostic par un déséquilibre entre une politique de prestige et des investissements de sécurité relégués au second plan. Le détail des constats figure dans le rapport de la Cour des comptes.

Auditionnée par la commission de la culture du Sénat quelques jours après les faits, Laurence des Cars, alors présidente-directrice du Louvre, avait reconnu avoir été frappée par l’état de la sécurité du musée dès son arrivée, fin 2021. Un aveu rare pour la patronne de l’institution. Elle a démissionné en février 2026 et c’est Christophe Leribault qui dirige le musée depuis.

Une galerie qui rouvre vide

C’est donc une galerie d’Apollon amputée qui accueille de nouveau le public. Les plafonds peints, les dorures et l’architecture baroque sont toujours là, intacts, mais les vitrines ont disparu. Les joyaux qui n’avaient pas été volés ne reviendront pas tout de suite dans la salle : selon la direction du musée, ils seront placés dans un espace sécurisé et sans fenêtre, un coffre aménagé ailleurs dans le bâtiment. Le lieu et le calendrier restent confidentiels. La galerie d’Apollon garde ainsi son décor, mais perd, au moins pour un temps, sa fonction de vitrine.

Reste la question posée depuis le 19 octobre : où sont passés les sept bijoux ? Tant qu’ils n’auront pas réapparu, la réouverture ressemblera moins à un retour à la normale qu’à un rappel de ce qui a été perdu. L’enquête, elle, se poursuit.