Le 1er septembre, 11,6 millions d’élèves ont repris le chemin de l’école. Ils étaient 161 000 de plus il y a un an, et ce recul n’est pas un accident de calendrier : il naît désormais en France près de 197 000 bébés de moins par an qu’en 2010.

Une génération entre, une plus nombreuse sort

Le mécanisme tient de l’arithmétique. Chaque année, la classe d’âge qui pousse la porte de la maternelle est plus petite que celle qui quitte le CM2, et la même vague traverse ensuite le collège puis le lycée. Dans sa note d’information publiée en avril, la direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) du ministère de l’Éducation nationale chiffre la rentrée 2026 à 6,02 millions d’élèves dans le premier degré, soit 125 400 de moins qu’en 2025, un repli de 2,0 %.

La maternelle prend le choc en premier, avec 57 300 enfants de moins (- 2,6 %), une chute concentrée sur les petites sections. L’élémentaire perd 68 500 élèves (- 1,8 %), avec des baisses particulièrement marquées en CP, CM1 et CM2. Le second degré recule beaucoup moins, de 36 200 élèves (- 0,6 %), pour s’établir à 5,58 millions. Ce reflux vient entièrement du collège, qui perd 37 400 élèves, dont 20 800 rien qu’en sixième. La voie professionnelle, elle, progresse encore de 5 800 lycéens, tout comme les dispositifs d’inclusion scolaire (+ 2,2 %).

197 000 naissances de moins par an qu’en 2010

La cause se lit dans les maternités. Selon l’Insee, 643 905 bébés sont nés en France en 2025, soit 2,3 % de moins qu’en 2024. Sur un champ géographique constant, c’est 24 % de moins qu’en 2010, dernier point haut des naissances, et le plus bas niveau observé depuis 1942. Ramené en volume, l’écart avec 2010 atteint près de 197 000 naissances par an.

L’institut écarte au passage l’explication la plus intuitive. Depuis 2014, le nombre de femmes âgées de 20 à 40 ans ne baisse quasiment pas, il augmente même sur la période récente. Ce n’est donc pas le vivier de mères potentielles qui se réduit, c’est la fécondité qui recule. Sur les cinq premiers mois de 2026, les naissances perdent encore 1,3 % par rapport à la même période de 2025.

Paris perd quatre fois plus vite que l’Ain

La moyenne nationale masque des écarts considérables. Sur dix ans, la DEPP projette un recul de 15,2 % des effectifs du premier degré à l’échelle du pays, mais presque aucun territoire ne suit cette trajectoire.

TerritoireEffectifs du premier degré, 2025-2035
Académie de Paris– 29,3 %
Meurthe-et-Moselle– 24,5 %
Académie de Martinique– 23 %
Académie de Nancy-Metz– 22,1 %
Académie de Lille– 20,7 %
Rhône– 19,5 %
Ain– 6,8 %
France entière– 15,2 %

Les écarts se creusent aussi à l’intérieur d’une même académie. Dans celle de Rennes, les Côtes-d’Armor perdraient 20,7 % de leurs écoliers quand l’Ille-et-Vilaine en perdrait 8,2 %, d’après les chiffres détaillés par Public Sénat. Comparé à Paris, l’Ain traversera la décennie plus de quatre fois plus lentement.

Le second degré encaissera le choc à partir de 2028

À horizon 2035, le premier degré passerait de 6,15 à 5,22 millions d’élèves, soit 933 000 de moins (- 15,2 %). Le second degré suivrait avec un décalage, de 5,62 à 4,88 millions, soit 743 800 élèves de moins (- 13,2 %). Le collège paie le plus lourd tribut, avec 513 800 élèves en moins, un recul de 15,3 %.

Mis bout à bout, cela fait 1,7 million d’élèves de moins en dix ans, environ 168 000 par an. La baisse de cette rentrée n’est donc pas un pic, c’est la nouvelle moyenne. Et si l’on remonte au dernier point haut du premier degré, atteint en 2015, la France sera passée de 6,77 à 5,22 millions d’écoliers en vingt ans, une contraction de 23 %.

Deux académies échappent au mouvement dans le second degré, la Guyane et Mayotte, seules à gagner des élèves. À l’opposé, la Meuse perdrait un quart de ses collégiens et lycéens (- 25,0 %) et le Pas-de-Calais 21,4 %.

4 000 postes en moins, 75 millions d’euros économisés

La loi de finances 2026 tire les conséquences comptables de cette courbe, avec environ 4 000 suppressions de postes d’enseignants : 3 256 dans le public, dont 1 891 dans le premier degré et 1 365 dans le secondaire, et 762 dans le privé sous contrat. La commission des finances du Sénat a chiffré l’économie à 75 millions d’euros, sur un budget de l’enseignement scolaire de 64,5 milliards, rapporte Public Sénat.

« On réduit le nombre de postes, mais l’effondrement démographique est tel que le taux d’encadrement baisse aussi », résume le sénateur Olivier Paccaud, rapporteur des crédits de l’enseignement scolaire.

Le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray défend le même calcul : les suppressions pèsent « 0,5 % des effectifs là où l’on perd 1,5 % des élèves ». En 2023, selon les chiffres cités par Public Sénat, le nombre d’élèves par enseignant au collège s’établissait ainsi :

  • 9,7 au Portugal
  • 12,6 au Japon
  • 13 en Allemagne
  • 14,7 en France
  • 17 au Royaume-Uni

La Cour des comptes, citée par Public Sénat, estime pour sa part que les effectifs du collège pourraient reculer de 12 % au cours de la décennie à venir, et jusqu’à 20 % dans certains départements ruraux.

Une classe qui ferme, une commune qui doute

Derrière les pourcentages, il y a des bâtiments, des lignes de bus et des budgets municipaux. Un rapport d’information du Sénat déposé le 4 décembre 2025 décrit une carte scolaire du premier degré « souvent vécue par les élus locaux comme un couperet annuel », avec des décisions de suppression de classes qui restent fondées sur « une logique essentiellement comptable ». Ses quatre rapporteurs plaident pour une méthode plus concertée, appuyée sur d’autres critères que le seul taux d’encadrement, et appellent à une loi de programmation pluriannuelle fixant la stratégie nationale d’ouvertures et de fermetures de classes.

Le ministère teste depuis avril une autre méthode dans 18 départements : des projections démographiques pluriannuelles servent de base à une concertation locale avant toute décision. Édouard Geffray, huitième ministre de l’Éducation nationale depuis 2017, a défendu devant le Sénat début juin sa volonté de « renouer avec une politique d’aménagement du territoire par et autour de l’école ».

Les élus locaux insistent sur un point moins visible : fermer une classe ne fait pas toujours économiser de l’argent public.

« Dans ma circonscription, l’ouverture d’un nouveau circuit de transport scolaire, pour les élèves qui ont perdu leur école, c’est en moyenne 70 000 euros, aux frais de la région », relève Olivier Jacquin, sénateur socialiste de Meurthe-et-Moselle.

Max Brisson, sénateur Les Républicains des Pyrénées-Atlantiques, décrit une échéance plus radicale pour certains cantons : « dans le territoire de La Soule, entre la Navarre et le Béarn, je ne suis pas certain qu’il restera une école dans dix ans ».

Ce que ces projections ne garantissent pas

Ces chiffres restent des projections. La DEPP retient un scénario intermédiaire dans lequel la fécondité poursuit sa baisse à un rythme modéré avant de se stabiliser à 1,5 enfant par femme en 2030, et deux autres scénarios encadrent des trajectoires plus basses ou plus hautes. Le ministère précise aussi que les projections du second degré, au lycée en particulier, dépendent des choix d’orientation des élèves et de la réussite aux examens, donc de décisions qui restent à prendre.

Le rendez-vous suivant est budgétaire. C’est à l’automne, lors de l’examen du projet de loi de finances pour 2027, que sera arrêté le nombre de postes d’enseignants de la prochaine rentrée.