Un courrier à l’en-tête de l’Agence du médicament a commencé à partir le 10 septembre vers 1,6 million de boîtes aux lettres. Il parle de méningiome, une tumeur le plus souvent non cancéreuse qui se forme sur les enveloppes du cerveau, et il demande à celles qui le reçoivent de ne surtout pas arrêter leur pilule.

L’ANSM a lancé cette campagne d’information nominative auprès de 1,6 million de femmes qui utilisent une contraception à base de désogestrel. Un dispositif qu’elle réserve d’ordinaire aux médicaments les plus surveillés, et qu’elle justifie ici par un risque qu’elle qualifie elle-même de très faible.

Un cas pour 67 000 utilisatrices

Le chiffre sort d’une étude d’EPI-PHARE, le groupement scientifique que l’Assurance maladie et l’ANSM pilotent ensemble. Ses auteurs ont épluché les dossiers de 8 391 femmes opérées d’un méningiome intracrânien en France entre 2020 et 2023, à partir du Système national des données de santé, puis comparé leur consommation de contraceptifs à celle de femmes témoins.

Leur estimation : un cas supplémentaire de méningiome opéré pour 67 000 femmes exposées au désogestrel, toutes durées confondues. Chez celles qui en prennent depuis plus de cinq ans, un cas pour 17 000.

Un repère aide à situer ces nombres. La population générale compte chaque année neuf à dix nouveaux méningiomes pour 100 000 personnes, une donnée que l’ANSM reprend dans sa foire aux questions. Le surrisque attribué au désogestrel s’ajoute à ce fond, il ne le remplace pas.

Vingt fois moins que l’Androcur

« Ce risque est faible, sans commune mesure avec celui de l’Androcur, qui était multiplié par 20 au bout de cinq ans », a déclaré Isabelle Yoldjian, directrice médicale de l’ANSM, lors d’un point presse rapporté par Public Sénat.

La comparaison n’a rien d’anodin, parce que la France a déjà traversé cet épisode. L’acétate de cyprotérone (Androcur), le nomégestrol (Lutényl) et la chlormadinone (Lutéran) ont donné lieu aux mêmes envois de courriers, et ces trois molécules font l’objet d’une surveillance par imagerie cérébrale systématiquement préconisée. Rien de tel pour le désogestrel : l’agence écrit qu’une IRM de routine ne se justifie pas, compte tenu du niveau de risque.

Ce que cinq ans de pilule changent

La durée d’utilisation pèse plus que tout le reste. Les résultats d’EPI-PHARE, repris par l’Assurance maladie puis chiffrés par l’ANSM, se lisent ainsi :

Durée d’utilisationRisque de méningiome
Moins d’un anAucun surrisque observé, sauf progestatif à risque pris auparavant
Plus de 5 ansMultiplié par 1,7
Plus de 7 ansMultiplié par 2
Un an après l’arrêtSurrisque non observé

Deux profils sortent du lot. Les femmes de plus de 45 ans, chez qui le surrisque se manifeste dès la première année. Et celles qui ont pris auparavant un progestatif déjà identifié comme à risque : pour elles aussi, le compteur démarre immédiatement.

Les pilules visées, et celles qui ne le sont pas

Toutes les contraceptions hormonales ne sont pas concernées. Le risque figure désormais dans la notice des produits contenant du désogestrel ou son dérivé, l’étonogestrel :

  • pilules au désogestrel seul : Antigone, Cerazette, Elfasette, Optimizette et leurs génériques ;
  • pilules combinées au désogestrel et à l’éthinylestradiol : Desobel, Mercilon, Varnoline et Varnoline continu ;
  • implant sous-cutané Nexplanon ;
  • anneaux vaginaux Nuvaring et Etoring.

Le courrier, lui, cible plus étroitement : seules les femmes majeures ayant eu une prescription remboursée de désogestrel 75 microgrammes dans les douze derniers mois le reçoivent. C’est l’Assurance maladie qui les a repérées dans ses données de remboursement.

L’étude avait aussi examiné le lévonorgestrel, seul ou associé à l’éthinylestradiol, des contraceptifs très largement utilisés en France. Aucune augmentation du risque de méningiome n’y a été détectée, quelle que soit la durée d’exposition. Cette part du résultat ne figure dans aucune boîte aux lettres, et elle concerne pourtant bien plus de femmes que la campagne de courriers.

Pourquoi la lettre arrive vingt et un mois après l’étude

Les travaux d’EPI-PHARE remontent à décembre 2024, le courrier date de septembre 2026. Entre les deux, le dossier est passé par Bruxelles. Saisie par l’ANSM, l’Agence européenne des médicaments a réexaminé les données françaises, puis recommandé en juillet 2026 d’inscrire le risque de méningiome dans la notice et dans le résumé des caractéristiques du produit. Les laboratoires ont prévenu les prescripteurs en août.

Début septembre, 90 000 médecins ayant prescrit du désogestrel 75 microgrammes ont reçu leur propre courrier, avec la liste nominative de leurs patientes concernées. Les femmes viennent après, ce qui doit permettre à chacune d’en parler avec un praticien déjà informé.

Le vrai danger, c’est d’arrêter seule

L’agence martèle la même consigne d’un bout à l’autre de son document de questions-réponses : recevoir ce courrier « ne signifie pas avoir un méningiome ni présenter un risque élevé ». Pas de rendez-vous en urgence, pas d’imagerie systématique et, surtout, pas d’arrêt de la contraception sans avis médical. Un arrêt brutal expose à une grossesse non désirée, un risque immédiat et autrement plus probable que celui qui motive le courrier.

Une consultation s’impose en revanche devant des maux de tête persistants, des troubles de la vision, du langage ou de l’équilibre, une faiblesse musculaire, des pertes de mémoire ou une épilepsie qui apparaît ou s’aggrave. Ces méningiomes poussent lentement, mais selon leur taille et leur emplacement, ils peuvent appuyer sur le cerveau ou sur un nerf et nécessiter une opération lourde.

Dernier point du communiqué de l’ANSM : la contraception se réévalue tous les ans avec un médecin ou une sage-femme, en tenant compte de l’âge, des antécédents et des progestatifs déjà pris. Une situation ferme la porte au désogestrel, sans discussion possible en dehors d’un avis spécialisé : un méningiome, actuel ou passé.