Pendant dix-sept ans, votre numéro de téléphone a servi de carte d’identité sur WhatsApp. Pour écrire à quelqu’un, il fallait l’avoir dans ses contacts, donc connaître ses chiffres. Cette règle des débuts vient de sauter : Meta laisse réserver un pseudo, et votre numéro restera masqué tant que vous ne choisirez pas de le montrer.
Un pseudo à la place du numéro
L’ouverture des réservations a été annoncée le 29 juin par Meta et repérée le jour même par TechCrunch. Concrètement, chaque compte pourra porter un identifiant lisible, du style @prenom.nom, que l’on communique à la place de son 06. La personne d’en face vous ajoute grâce à ce pseudo, sans jamais voir votre ligne.
Les règles sont strictes : entre 3 et 35 caractères, au moins une lettre, uniquement des minuscules, des chiffres, des points et des tirets bas. Pas d’annuaire public, pas de suggestion automatique non plus. Il faut connaître le pseudo exact pour joindre quelqu’un une première fois, ce qui ferme la porte à la pêche au hasard. Si Meta a ouvert les réservations aussi tôt, c’est pour une raison mécanique : avec plus de 3 milliards d’utilisateurs actifs chaque mois, les pseudos courts vont partir vite, et l’entreprise veut éviter la ruée de dernière minute.
Une clé secrète pour filtrer les inconnus
Cacher son numéro ne sert à rien si n’importe qui peut ensuite vous harceler avec un simple pseudo. WhatsApp a donc prévu un deuxième verrou, la clé de nom d’utilisateur. C’est un code optionnel, à quatre chiffres au lancement puis renforcé en version alphanumérique, que l’expéditeur doit saisir en plus du pseudo pour que son tout premier message atterrisse chez vous, détaille Al Jazeera. Sans la clé, l’inconnu reste à la porte. Ceux qui vous ont déjà dans leurs contacts ne sont évidemment pas concernés.
WhatsApp rattrape Signal et Telegram
La nouveauté a un parfum de déjà-vu. Telegram, Signal et Wire proposent les pseudos depuis des années, justement pour garder son numéro privé. Lancée en 2009 et rachetée par Facebook en 2014, WhatsApp a bâti tout son système sur le carnet d’adresses du téléphone, et a mis plus de temps que ses rivales à s’en détacher. Selon le site spécialisé WABetaInfo, qui suit le code de l’application, la mise à jour arrive avec un volet professionnel : créateurs et petites entreprises pourront récupérer sur WhatsApp le pseudo qu’ils utilisent déjà sur Instagram ou Facebook, histoire de garder la même vitrine partout.
Ce que le changement rapporte à Meta
Derrière le geste pour la vie privée, il y a une logique d’écosystème. En reliant l’identité WhatsApp aux pseudos Instagram et Facebook, Meta resserre encore les liens entre ses trois applications et se pose en gestionnaire de votre identité en ligne, numéro ou pas. Le sujet n’a rien d’anecdotique en France : d’après le Blog du Modérateur, 66,1 % des Français de plus de 16 ans ouvrent WhatsApp chaque mois, ce qui en fait la première messagerie du pays. Le changement touchera donc la quasi-totalité des smartphones de l’Hexagone. Tout le monde ne sera pas servi en même temps : au 2 juillet, l’Inde, plus gros marché de l’application, restait exclue du dispositif pour des raisons réglementaires.
La bascule ne se fera pas d’un bloc. Le pseudo se réserve dès maintenant, sur la dernière version de l’application, dans Réglages puis Compte puis Nom d’utilisateur. La fonction complète, elle, se déploiera pays par pays dans les prochains mois, avec une notification WhatsApp le jour où elle devient active chez vous. Meta détaille la marche à suivre sur son blog officiel. En attendant ce feu vert, le pseudo réservé dort dans les réglages, prêt à remplacer le numéro que l’on donnait sans y penser depuis 2009.
