Il s’est engagé pour éteindre les incendies. Lundi, un pompier volontaire né en 2007 a reconnu devant les enquêteurs avoir mis le feu à des brindilles avec un briquet et un bidon d’essence, à Arbonne-la-Forêt, au cœur du massif de Fontainebleau. Au même moment, plus de 800 de ses collègues épuisaient leurs réserves d’eau à quelques kilomètres.

Deux départs, 2 050 hectares en cendres

Le premier feu s’est déclaré dimanche en fin d’après-midi, le long de l’autoroute A6, sur la commune de Noisy-sur-École. Un second front est apparu lundi. En moins de 48 heures, les flammes ont ravagé près de 2 050 hectares, d’après le point de situation publié par la préfecture de Seine-et-Marne mardi à la mi-journée : environ 1 600 hectares pour le premier sinistre, 450 pour le second. Pour se figurer l’ampleur, la surface calcinée équivaut à près de 2 900 terrains de football.

Pour fixer ces fronts, les secours ont déployé un arsenal qu’on croise d’ordinaire dans le Var ou les Bouches-du-Rhône. Plus de 800 sapeurs-pompiers, épaulés par des colonnes de renfort venues d’autres départements, quatre Canadair, un avion Dash et deux hélicoptères bombardiers d’eau. L’armée a fourni deux bulldozers pour élargir les layons et écraser les points chauds. Un millier de personnes ont été évacuées, dont les vacanciers d’un camping planté en lisière. L’A6 est restée coupée à la circulation, plusieurs trains supprimés.

Six gardes à vue, deux aveux

L’enquête a vite pris un tour gênant. Six personnes ont été placées en garde à vue, rapporte franceinfo. Deux d’entre elles ont reconnu les faits. La première est ce jeune pompier volontaire, tout juste majeur et sans casier judiciaire, qui a admis avoir provoqué un départ de feu au briquet et à l’essence. Le second, un homme lui aussi né en 2007, affirme avoir embrasé la végétation par accident, en jetant sa cigarette.

Qu’un secouriste soit soupçonné d’avoir déclenché un feu qu’il était censé combattre jette un froid sur toute la profession. Reste à démêler la responsabilité réelle de chacun. Rien ne prouve encore que l’un de ces gestes a donné naissance aux deux grands incendies, qui ont pu partir de sources distinctes. Les investigations, confiées au parquet de Melun, devront trancher. Jusqu’à une éventuelle condamnation, les personnes interpellées demeurent présumées innocentes.

39 °C et une forêt en poudrière

Le décor a tout précipité. Depuis le week-end, Météo-France maintenait huit départements franciliens en vigilance rouge, avec des pics à 39 °C au sud de la région. Sur une litière desséchée par des semaines sans pluie, la moindre étincelle se propage en quelques minutes. Les secours ont relevé plusieurs départs presque simultanés, un détail qui a très tôt aiguillé les enquêteurs vers des mises à feu volontaires. La préfecture avait pourtant fermé l’accès à la totalité du massif et suspendu les travaux agricoles alentour, précisément pour couper court à tout nouveau départ.

Les pompiers d’Île-de-France n’avaient jamais affronté un brasier de cette taille. Rompus aux feux d’appartement et aux accidents de la route, ils ont découvert la guerre d’usure que se livrent chaque été leurs collègues du Sud, mètre carré après mètre carré. La BBC, qui a dépêché une équipe sur place, a filmé des chevaux évacués au galop d’un centre équestre cerné par la fumée.

Un joyau à 11 millions de visiteurs

Ce n’est pas une forêt ordinaire qui part en fumée. Avec ses 22 000 hectares de chênes, de pins et de chaos de grès, Fontainebleau accueille près de 11 millions de visites par an, selon l’Office national des forêts. Classée depuis 1965, réserve de biosphère reconnue par l’Unesco, elle reste surtout la capitale mondiale de l’escalade de bloc : des grimpeurs du monde entier viennent y frotter ses rochers, immortalisés au 19e siècle par les peintres de Barbizon.

Mardi soir, les deux feux couvaient toujours. Le massif demeure interdit au public, et aucune pluie n’est attendue avant plusieurs jours. Le compteur des hectares, lui, n’est pas près de s’arrêter.