Trente-sept départements en vigilance rouge, jusqu’à 43 °C relevés dans l’Hérault, une troisième vague de chaleur en trois mois. L’été 2026 n’a rien d’un accident isolé. Les relevés de Météo-France racontent une bascule : le pays encaisse désormais autant d’épisodes caniculaires en quinze ans qu’il en avait connu pendant les soixante années précédentes.

52 épisodes depuis 1947, la moitié après 2010

Depuis qu’elle en tient le compte, en 1947, Météo-France a recensé 52 vagues de chaleur à l’échelle nationale. Le décompte obéit à une règle précise : on parle de vague nationale quand l’indicateur thermique du pays, la moyenne des températures mesurées chaque jour dans trente stations réparties sur le territoire, dépasse 25,3 °C.

Sur ces 52 épisodes, la moitié se sont produits avant 2010, l’autre moitié après. C’est le calendrier qui frappe. La première moitié s’étale sur plus de soixante ans. La seconde tient en une quinzaine d’étés. À nombre d’épisodes égal, ramenée à l’année, la fréquence des canicules a donc été multipliée par près de quatre depuis 2010. L’épisode qui écrase la France cette semaine, le troisième de l’été, viendra encore allonger la liste.

D’une tous les cinq ans à une chaque été

Le ministère de la Transition écologique pose le même diagnostic avec une autre focale. Avant 1989, une vague de chaleur touchait la France une fois tous les cinq ans en moyenne. Depuis 2000, il en tombe une par an. Les deux tiers de toutes les canicules enregistrées entre 1947 et 2025 se concentrent sur ce seul dernier quart de siècle.

Le calendrier se déforme aussi par les deux bouts. Les vagues arrivent plus tôt, dès la mi-juin à l’échelle du pays comme en 2022, et s’attardent plus tard : plusieurs régions ont connu un épisode remarquablement tardif du 3 au 10 septembre 2023. L’été 2026 a pulvérisé le record de précocité. La première vigilance canicule a été déclenchée le 24 mai, une première, et plus de la moitié du territoire a battu son record de chaleur pour un mois de mai.

2022, l’été aux 33 jours de fournaise

L’intensité suit la fréquence. L’été 2022 détient le record du nombre de jours de vague de chaleur sur une seule saison, avec 33 journées. Il devance 1983 et ses 23 jours, puis l’été noir de 2003 et ses 22 jours. La chaleur ne se contente plus de piquer une semaine avant de refluer, elle s’installe.

Cette semaine, les valeurs relevées disent la même chose. Selon franceinfo, 37 départements ont basculé en vigilance rouge lundi, le niveau réservé aux canicules extrêmes. Le thermomètre a grimpé à 43 °C à Moulès-et-Baucels, dans l’Hérault, et à 40 °C du côté de Perpignan et de Marseille. Des villes de façade atlantique d’ordinaire épargnées, comme Nantes, ont dépassé les 37 °C.

La nuit n’offre plus de répit, et c’est là que le piège se referme. Sur le pourtour méditerranéen, le thermomètre refuse de descendre sous 25 °C avant l’aube. Santé publique France le martèle à chaque bilan : ce sont ces nuits sans fraîcheur, quand l’organisme ne récupère pas, qui pèsent le plus lourd dans la surmortalité, en particulier chez les personnes âgées et isolées.

De 14 800 morts en 2003 à un bilan qui se répète

Derrière les degrés, il y a des morts. La canicule d’août 2003 reste la référence et la cicatrice. Santé publique France y attribue près de 14 800 décès en excès entre le 1er et le 20 août, une mortalité supérieure de 60 % à la normale de saison. Le pays, de l’aveu même d’un rapport sénatorial, n’y était pas préparé.

Le plan canicule né de ce choc a limité la casse, sans l’effacer. L’agence sanitaire a compté plus de 5 000 décès liés à la chaleur durant l’été 2023, plus de 3 700 en 2024, et déjà près de 1 000 pour la seule vague de juin 2026. Le profil des victimes reste le même d’un été à l’autre : les plus de 65 ans en première ligne, et une flambée des décès survenus à domicile, en hausse de 40 % lors du dernier épisode.

Ce que 2050 réserve déjà

La suite est écrite dans les projections de Météo-France. En prenant la période 1976-2005 comme point de départ, le nombre de jours de vague de chaleur serait multiplié par cinq d’ici 2050, et par dix à l’horizon 2100 si le réchauffement atteint 4 °C. La probabilité de se retrouver en pleine canicule au cœur de l’été passerait de 10 % sur la période de référence à 45 % vers 2050, puis 70 % en fin de siècle. Certaines vagues pourraient alors s’étirer sur deux mois d’affilée.

La note ne se règle pas qu’en vies humaines. À chaque épisode, la SNCF ralentit ses trains pour épargner des rails qui se dilatent, et le gestionnaire du réseau électrique surveille des installations pensées pour un autre climat. Pour encaisser le choc des prochaines décennies, RTE prévoit de renouveler 23 500 kilomètres de lignes et 85 000 pylônes, un chantier évalué à 24 milliards d’euros sur quinze ans.

Ces projections restent des scénarios, suspendus au volume d’émissions des années à venir. La trajectoire, elle, ne relève plus de la prévision : elle se lit déjà dans le demi-siècle de relevés. Pour l’immédiat, Météo-France table sur un léger répit en fin de semaine avant une nouvelle poussée. Quant à l’infographie officielle des vagues de chaleur, sa prochaine mise à jour portera un numéro : 53.