On l’avale le soir pour trouver le sommeil. Des chercheurs australiens viennent de lui découvrir un second métier : calmer la douleur chronique, avec une efficacité proche de celle des opioïdes, du paracétamol et des anti-inflammatoires. Le tout pour moins d’un euro la pilule et sans créer de dépendance.
Le résultat sort d’une méta-analyse parue fin juin dans PAIN, la revue de référence sur le sujet, et relayée par le site spécialisé News-Medical. Une équipe de l’université de Sydney y a réuni 23 essais cliniques menés aux États-Unis, en Russie, au Brésil, en Égypte, en Chine ou encore en Iran, soit 2 028 patients au total. Les participants souffraient soit de douleurs installées, lombalgies, arthrose, fibromyalgie, soit de douleurs postopératoires, après une intervention lourde comme une prothèse de hanche.
Le verdict tient en quelques points. En moyenne, la mélatonine fait reculer la douleur d’environ neuf points sur une échelle graduée de 0 à 100. Dans les essais les plus rigoureux, la baisse frôle dix points, l’ordre de grandeur d’un antalgique courant. « On prend un médicament qu’on comprend déjà et on l’applique à un problème qui touche une part énorme de la population mondiale », résume le professeur Paulo Ferreira, qui dirige le laboratoire à l’origine du travail. La douleur musculo-squelettique frappe jusqu’à 47 % des habitants de la planète.
Deux problèmes réglés d’un coup
L’histoire ne s’arrête pas à l’antidouleur. Puisque la mélatonine est d’abord l’hormone du sommeil, elle améliore aussi la qualité des nuits, ce qui pèse lourd quand on sait à quel point douleur et insomnie se nourrissent l’une l’autre. « Chez beaucoup de patients, la douleur ne vient jamais seule, elle est collée au mauvais sommeil », détaille Kangchao Wu, l’auteur principal, cité dans le communiqué de l’université de Sydney. « La molécule agit sur les deux fronts, et c’est ça qui la rend utile. »
Les doses testées restaient sobres. Pour les douleurs chroniques, la plupart des essais s’en tenaient à 3 milligrammes par jour, avalés au coucher ou dans l’heure qui précède. Les effets secondaires relevés, nausées, vertiges, maux de tête, revenaient à des taux voisins de ceux du placebo, sans le moindre incident grave. Et aucune trace d’accoutumance, ce défaut qui plombe justement les opioïdes.
Un bémol de taille tempère l’enthousiasme : le bénéfice ne vaut que pour les douleurs qui durent. Chez les patients tout juste sortis du bloc, la molécule n’a rien changé. Le chiffre de neuf points, lui, sort de la comparaison avec l’ensemble des traitements testés. Face au seul placebo, l’écart tombe à 6,8 points sur 100 et n’atteint pas le seuil de significativité statistique : c’est en face-à-face avec les antalgiques actifs que la mélatonine prend l’avantage. Les chercheurs n’ont pas non plus trouvé de dose idéale, faute de lien net entre la quantité prise et le soulagement obtenu.
Pas un feu vert pour se soigner seul
Les auteurs coupent court à toute automédication enthousiaste. « Notre message n’est pas que la mélatonine doit remplacer tous les antidouleurs, prévient Kangchao Wu. Après avis d’un médecin, elle peut venir en appui, surtout chez les gens qui dorment mal. » L’équipe réclame des essais plus vastes pour bétonner ses conclusions, qu’elle juge assez solides pour un usage prudent, pas davantage.
En France, la mélatonine se vend librement en complément alimentaire tant que la dose plafonne sous 2 milligrammes, et sur ordonnance au-delà. L’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) invitait pourtant à la prudence pour les femmes enceintes, les adolescents, les épileptiques et les personnes déjà sous traitement, faute de recul suffisant. De quoi rappeler que le détour par le cabinet médical garde tout son sens, même pour une gélule vendue en rayon.
