La Néerlandaise Demi Vollering est partie de Nice dimanche avec huit petites secondes d’avance. Elle a fini la journée avec 1 minute et 18 secondes de marge et un deuxième Tour de France Femmes dans les jambes. Entre les deux, une dernière étape qu’elle a fait basculer à elle seule.
Le scénario tenait sur un fil. Après neuf jours de course et 1 175 kilomètres partis de Lausanne, Vollering et la Polonaise Katarzyna Niewiadoma se présentaient au départ du dernier acte séparées par un mouchoir, le plus petit écart jamais observé avant la dernière étape de l’épreuve. Restaient 99 kilomètres autour de Nice et quatre passages par le col d’Èze pour les départager.
Niewiadoma a attaqué la première, à une vingtaine de kilomètres de l’arrivée. Vollering a suivi sans trembler, puis a placé sa propre accélération à seize kilomètres du but. Seule en tête sur la descente vers Nice, elle a levé les bras en jaune sur la Promenade des Anglais et bouclé l’étape avec 1 minute et 4 secondes d’avance. De quoi transformer huit secondes en un écart net au général : 1’18 » sur Niewiadoma, l’Italienne Elisa Longo Borghini complétant le podium à 4’29 ».
Deux ans pour digérer quatre secondes
La statistique dit tout de leur rivalité. En 2024, Niewiadoma avait devancé Vollering pour quatre secondes au terme de la dernière étape sur l’Alpe d’Huez, la plus petite marge de l’histoire du Tour, hommes et femmes confondus. Vollering avait alors gagné l’étape sans reprendre le maillot. Deux ans plus tard, elle n’a rien laissé traîner.
Le duel avait pourtant tourné à l’avantage de la Polonaise à mi-parcours. Au sommet du mont Ventoux, gravi pour la première fois par le Tour féminin, Niewiadoma s’était envolée à plus de neuf kilomètres du but pour s’imposer et endosser le jaune. Vollering a répondu dès le lendemain à Nice, en attaquant dans le final pour reprendre la tunique grâce aux bonifications. L’avant-dernière étape a laissé des traces : au moment où Niewiadoma tentait de partir, un accrochage dans un virage avec la jeune équipière française de Vollering, Célia Gery, l’a gênée. La Polonaise y a vu une manœuvre déloyale, l’entourage de Vollering a contesté cette lecture, et le débat sur le fair-play a enflé. Après sa démonstration du dernier jour, la gagnante a tenu à couper court : « Je voulais que ce soit clair, nous n’avons pas gagné à cause d’un incident hier », a-t-elle déclaré. Niewiadoma, elle, a salué son adversaire : « Une rivale comme Demi me pousse à devenir plus forte. »
Le Tour tourne au cauchemar pour les Françaises
Pour le public français, l’édition avait un goût amer bien avant l’arrivée. Tenante du titre après son sacre surprise dès sa première participation en 2025, Pauline Ferrand-Prévot n’a jamais trouvé son rythme : distancée sur les étapes vallonnées, larguée dans le contre-la-montre de Dijon, la Rémoise a fini par renoncer avant la 8e étape, rattrapée par la maladie. Sur un parcours que beaucoup jugeaient taillé pour elle, son Tour à domicile s’est arrêté avant l’heure.
La relève tricolore a sauvé l’honneur sans monter sur la boîte. Cédrine Kerbaol, 25 ans, a pris la sixième place du général à 6’41 », meilleure Française de l’épreuve, comme en 2024. Aucune de ses compatriotes n’a en revanche levé les bras : cette année, les neuf étapes se sont toutes jouées à l’avantage d’étrangères.
L’édition la plus dure, cinq maillots jaunes
Le parcours 2026 restera comme le plus exigeant de la jeune histoire de la course. Parti de Suisse, il a aligné 18 795 mètres de dénivelé, un record, avec le Ventoux en juge de paix et une arrivée piégeuse à Nice. La directrice de l’épreuve, Marion Rousse, l’avait annoncé « malicieux », et L’Équipe parlait du tracé « le plus dur de l’histoire ». Le maillot jaune a changé cinq fois d’épaules, passant d’une sprinteuse à une échappée, puis à la spécialiste du chrono Marlen Reusser, avant de se jouer entre les deux favorites. Reusser, encore troisième au matin de la dernière étape, a d’ailleurs chuté dans une descente du col d’Èze et dégringolé hors du top 10.
Les autres tuniques ont récompensé la variété du peloton : la sprinteuse Lorena Wiebes a raflé le maillot vert avec deux victoires d’étape, la Néerlandaise Puck Pieterse le maillot à pois du meilleur grimpeur, et l’Allemande Antonia Niedermaier le maillot blanc de meilleure jeune, doublé d’une quatrième place au général. Selon les données de ProCyclingStats, Vollering aura été la coureuse la plus prolifique de l’épreuve avec trois succès d’étape. À 29 ans, elle devient surtout la première coureuse à remporter deux fois le Tour de France Femmes moderne, quatre secondes de frustration effacées d’un coup de pédale.
