Aucun kilomètre de côte, et le plus lourd bilan de France. Entre le 1er mai et le 15 juillet, la Seine-et-Marne a compté 15 noyades suivies d’un décès, devant le Var (12) et la Gironde (10), selon le bulletin de surveillance de Santé publique France. Le département en avait enregistré 5 sur la même période en 2025.

À l’échelle du pays, la surveillance saisonnière menée par l’agence avec le Système national d’observation de la sécurité des activités nautiques (Snosan) dénombre 925 noyades accidentelles sur ces deux mois et demi, dont 274 suivies d’un décès sur le lieu de la noyade. Le total progresse de 14 % en un an. Celui des décès passe de 241 à 274, une hausse que l’agence juge modérée et statistiquement non significative.

Trente-huit jours ont porté trois quarts des noyades

La période surveillée a compté 38 jours de vigilance canicule sur 76, soit exactement la moitié. Ces 38 jours concentrent 675 des 925 noyades et 216 des 274 décès. Rapporté au nombre de jours, cela donne 17,8 noyades quotidiennes sous vigilance canicule contre 6,6 le reste du temps, et 5,7 décès contre 1,5. À nombre de jours égal, le nombre de morts quotidien est donc multiplié par 3,7.

Le thermomètre explique l’ampleur de ces épisodes. Juin 2026 a été le mois de juin le plus chaud jamais enregistré en France, avec 22,7 °C de moyenne, soit 3,8 °C au-dessus de la normale, selon Météo-France. Soixante-douze départements ont été placés en vigilance rouge canicule, du jamais-vu depuis la création du dispositif en 2004. Ces conditions ont probablement dirigé la population vers les lieux de baignade à un moment où la surveillance des sites autorisés en milieu naturel n’avait pas partout commencé, avance Santé publique France.

Le premier de ces épisodes a suffi à faire basculer la saison. Du 24 au 31 mai, 134 noyades ont été recensées dont 48 mortelles, contre 67 et 18 aux mêmes dates en 2025, une période alors sans vigilance canicule. La seconde quinzaine de mai affiche à elle seule 185 noyades contre 107 l’an dernier, une progression de 73 % qui porte l’essentiel de la hausse annuelle.

La bascule s’est jouée loin des plages

Dans les cinq régions sans façade maritime (Auvergne-Rhône-Alpes, Bourgogne-Franche-Comté, Centre-Val de Loire, Grand Est, Île-de-France), le total des noyades grimpe de 180 à 267 en un an, et celui des décès de 70 à 102. L’Île-de-France passe à elle seule de 14 à 35 noyades mortelles. Sur la côte méditerranéenne, à l’inverse, les décès en mer reculent légèrement au niveau national, de 90 à 86.

Le nombre brut de noyades, lui, reste une affaire de littoral. Six départements dépassent 30 cas sur la période, tous côtiers : le Var (52), les Bouches-du-Rhône (38), la Gironde (36), l’Hérault (34), la Seine-Maritime (32) et les Alpes-Maritimes (32). Sur la côte nord-ouest, la progression est même la plus forte du pays, de 102 à 177 noyades et de 43 à 69 décès entre la Bretagne, la Normandie et les Hauts-de-France.

Rapporter les décès au nombre total de noyades recensées fait apparaître un écart net d’une façade à l’autre. Le rapport atteint 38 % dans les régions de l’intérieur et 39 % sur la côte nord-ouest, contre 26 % sur la côte atlantique sud et 18 % sur le pourtour méditerranéen, pour une moyenne nationale de 30 %. À l’échelle d’un département, l’écart se creuse encore : 15 décès pour 22 noyades en Seine-et-Marne, 12 pour 52 dans le Var, 3 pour 32 dans les Alpes-Maritimes.

Ce ratio ne mesure pas la dangerosité d’une eau. Il dit comment finissent les noyades qui remontent au dispositif, et il dépend autant des secours présents que du type de site. Santé publique France avance une explication pour l’intérieur : des baignades en milieu naturel, dans des lieux non aménagés et interdits, pendant les épisodes de forte chaleur. En Seine-et-Marne, 14 des 15 décès sont survenus au cours de l’une des trois périodes de vigilance canicule. Le 23 juin, la préfecture a interdit la baignade dans la Seine, la Marne, le Loing, l’Yonne et dans tous les lacs, étangs et plans d’eau non aménagés du département.

Deux fois plus de morts dans les bassins

Les piscines et autres lieux de baignade artificiels aménagés forment l’autre point de rupture de la saison : 60 noyades mortelles y ont été recensées, contre 31 un an plus tôt. Cinquante et une sont survenues dans une piscine privée. Quarante-huit des soixante victimes étaient majeures, et 50 de ces décès ont eu lieu pendant une période de vigilance canicule. L’agence évoque une fréquentation accrue par des personnes ayant surestimé leurs capacités ou souffrant de pathologies chroniques pouvant provoquer un malaise.

Chez les mineurs, le bilan ne bouge pas : 37 enfants et adolescents sont morts noyés sur la période, comme en 2025. La hausse a concerné les adultes, qui représentent 87 % des décès. Les proportions varient fortement avec l’âge : une noyade sur trois est suivie d’un décès chez les 13-17 ans, contre 4 % chez les moins de 6 ans. Et pour les mineurs, ce sont les cours d’eau et les plans d’eau qui concentrent 23 des 37 décès.

Ces comparaisons portent sur un dispositif de surveillance, pas sur un recensement exhaustif. Les noyades intentionnelles sont écartées quand l’information est connue, les décès sont comptés sur le lieu de la noyade, et l’agence signale qu’un changement de logiciel de codage a pu gonfler le nombre de noyades relevées en Seine-Maritime. Les écarts entre départements dépendent aussi de la météo locale et de la fréquentation touristique.

La surveillance court jusqu’au 30 septembre. Elle a démarré le 1er mai cette année, un mois plus tôt que de 2023 à 2025, ce qui explique une partie du volume affiché. Le bilan final de la saison précédente, lui, avait été publié le 5 mai 2026. En attendant celui de 2026, les données par département sont consultables en accès libre sur la plateforme Odissé de Santé publique France.