Chrome l’a débranché il y a un an. Edge s’y met ce mois-ci. uBlock Origin, l’un des bloqueurs de publicité les plus installés du web, ne fonctionnera plus dans aucun des deux navigateurs, qui totalisent près de 68 % de la navigation en France.
Microsoft a prévenu le 7 août : son navigateur commence à retirer les extensions bâties sur Manifest V2, la vieille architecture des modules complémentaires. Le basculement démarre par les versions de test, gagne le navigateur grand public dans les mois qui viennent, et doit être bouclé pour la fin 2026. Les entreprises suivront début 2027.
Google avait ouvert la voie en 2025
Rien de tout ça ne sort de nulle part. La documentation destinée aux développeurs de Chrome détaille le calendrier. À partir de Chrome 138, en juillet 2025, Manifest V2 est désactivé sur tous les canaux, sans possibilité de le réactiver. Chrome 139 a terminé le travail en supprimant le support.
Il manque encore le ménage dans la boutique. Le 31 août 2026, toutes les extensions Manifest V2 encore présentes seront retirées du Chrome Web Store. Celles déjà installées sur une version 138 ou antérieure continuent de fonctionner, mais elles ne reçoivent plus aucune mise à jour et ne peuvent plus être réinstallées une fois disparues du catalogue.
Trente mille règles au lieu d’un filtre libre
Le nom Manifest V2 ne dit rien à personne, ce qu’il autorisait est pourtant simple. Sous cette architecture, une extension pouvait examiner chaque requête envoyée par le navigateur et décider en temps réel de la laisser passer ou de la bloquer. Manifest V3 remplace ce contrôle par une liste de règles déclarées à l’avance, que le navigateur applique lui-même. Google défend le changement au nom de la sécurité, de la vie privée et des performances : une extension n’a plus besoin de voir passer le trafic pour le filtrer.
Le problème tient au nombre. La documentation de Chrome garantit 30 000 règles statiques par extension, avec cent jeux de règles déclarables dont cinquante activables en même temps, relève Malwarebytes. Raymond Hill, le développeur d’uBlock Origin, estime que ce plafond reste en dessous de ce que réclament les listes de filtres complètes de son extension, rapporte BetaNews. Il propose une version allégée, uBlock Origin Lite, compatible Manifest V3, qu’il présente comme une solution d’attente : moins de fonctions de filtrage, moins d’efficacité.
Tout le monde n’a pas vécu la transition de la même façon. Malwarebytes, qui a reconstruit son extension Browser Guard pour Manifest V3, écrit être sorti de l’exercice avec un meilleur produit, en misant sur les comportements et les schémas plutôt que sur l’interception. Microsoft avance de son côté que 95 % des extensions Manifest V2 les plus utilisées de sa boutique ont déjà migré : il en reste 58 avec un usage significatif, dont trois seulement sans équivalent public en Manifest V3. Avec plus de 13 millions d’installations sur Edge, la version classique d’uBlock Origin fait partie de celles qui n’ont pas basculé.
Firefox, Brave et Opera tiennent encore
Firefox ne tourne pas sur Chromium mais sur Gecko, son propre moteur, et Mozilla a conservé dans sa version de Manifest V3 la fonction qui permet d’intercepter les requêtes en temps réel. Le compte officiel du navigateur a réagi sur X le 10 août : « Firefox support for uBlock Origin is not going anywhere. » PCWorld en tire le constat que Firefox devient le seul grand navigateur à faire tourner la version complète de l’extension, Safari et DuckDuckGo ne la proposant pas.
Deux autres résistent, par un chemin différent. Brave repose sur Chromium comme Chrome et Edge, mais héberge lui-même les extensions Manifest V2 sur ses serveurs plutôt que de dépendre du Chrome Web Store, et l’entreprise annonce qu’elle continuera de prendre en charge uBlock Origin. Opera, également bâti sur Chromium, maintient Manifest V2 pour l’instant tout en confirmant un passage à Manifest V3 à terme.
En France, l’arithmétique n’est pas favorable à ce camp. Sur le mois de juillet 2026, Chrome pesait 60,9 % de la navigation tous appareils confondus et Edge 6,91 %, selon StatCounter. Firefox en réunissait 7,26 %, Opera 1,75 %. Près de sept connexions sur dix passent donc par un navigateur qui a fermé la porte ou qui s’apprête à le faire.
Le calendrier est serré, et la partie se perd aussi ailleurs. Le 31 août ouvre le grand ménage du Chrome Web Store, la bascule grand public d’Edge court jusqu’à la fin de l’année. Entre-temps, l’équipe qui maintient les filtres d’uBlock Origin a annoncé ce mois-ci qu’elle cessait de mettre à jour ceux qui visent la publicité de Facebook, la course aux contournements étant jugée ingagnable. Les filtres existants restent actifs, mais les prochaines parades du réseau social ne seront plus suivies.
