Le nouveau Siri, celui qu’Apple a présenté en grande pompe en juin, discutera, fouillera vos photos et agira à votre place dans vos applications. Sur votre iPhone, à une condition : ne pas vivre dans l’Union européenne.

À la conférence des développeurs du 8 juin, Apple a dévoilé une refonte complète de son assistant, baptisé « Siri AI ». Fini le Siri qui comprenait une requête sur deux. La nouvelle version repose sur l’intelligence artificielle générative, s’installe dans une application dédiée en plus de fonctionner au sein des autres apps, et gagne une voix plus naturelle. Selon TechCrunch, une partie de la machinerie tourne même sur Gemini, le modèle de Google. La firme promet aussi des améliorations dans Photos, Safari, Mail, Messages ou les Raccourcis.

Tout cela doit arriver avec iOS 27, attendu pour la mi-septembre après un été de versions d’essai. Mais dès le 8 juin, dans un communiqué sobrement intitulé « En raison du DMA, Siri AI est reporté dans l’UE », Apple a prévenu : les possesseurs d’iPhone et d’iPad européens n’y auront pas droit au lancement. Ni le nouvel assistant, ni son application, ni les outils d’écriture intégrés, ni le mode Siri dans l’appareil photo.

Apple accuse le règlement européen

La raison tient en trois lettres : DMA, le Digital Markets Act, la loi qui force les géants du numérique à ouvrir leurs plateformes à la concurrence. Apple affirme que, pour lancer Siri AI en Europe, elle devrait offrir aux assistants rivaux le même accès qu’à son propre outil. Or ce Siri nouvelle génération, pour être utile, doit lire des données très personnelles et agir à l’intérieur des applications. Accorder ce niveau d’accès à n’importe quel concurrent reviendrait, selon la marque, à percer une brèche dans la vie privée de ses utilisateurs.

Apple assure avoir cherché une issue pendant des mois. Ses ingénieurs ont même conçu un dispositif baptisé « Trusted System Agent », un intermédiaire sécurisé censé donner aux autres assistants les mêmes capacités sans exposer les données. La Commission européenne a rejeté chacune de ces propositions, écrit l’entreprise, qui dit ne plus avoir de calendrier pour l’Europe. La Commission, elle, conteste cette présentation : elle affirme que le DMA n’empêche pas le lancement de Siri AI, et qu’aucune dérogation aux obligations d’interopérabilité n’est prévue par le texte.

Les Européens déjà habitués à patienter

Ce bras de fer n’a rien d’une première. En 2024, Apple avait déjà retardé l’arrivée d’Apple Intelligence dans l’Union en invoquant le même DMA, avant de finir par la déployer en avril 2025. La scène se rejoue, à une échelle plus grande cette fois, puisque c’est le produit vedette de l’année qui reste à quai.

Tous les appareils ne sont pas logés à la même enseigne. En Europe, Siri AI arrivera bien cet automne sur Mac et sur le casque Vision Pro. Ce sont les iPhone et les iPad, de très loin les appareils les plus vendus, qui restent privés de la nouveauté. Les développeurs européens, eux, ne pourront même pas tester les nouvelles fonctions pour les greffer à leurs propres applications.

Pour l’utilisateur français, la conséquence est terre à terre : un iPhone déballé à la rentrée tournera avec l’ancien Siri, celui d’avant la refonte. Apple n’avance aucune date de rattrapage. Les discussions, elles, continuent : Tim Cook s’est entretenu le 1er juillet avec Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive de la Commission européenne, un échange qualifié de « constructif » par un porte-parole européen. Aucun accord n’a été annoncé depuis.

Photo : Fred Romero / Wikimedia Commons, CC BY 2.0