Rien qu’à Paris, plusieurs milliers de places de stationnement doivent disparaître avant le 31 décembre. Elles ont toutes le même défaut : elles se trouvent à moins de cinq mètres d’un passage piéton. La loi qui l’exige a été promulguée en 2019, et beaucoup de maires viennent seulement de découvrir la date butoir.
Une phrase de dix-huit mots dans le Code de la voirie
Le texte tient en une ligne. L’article 52 de la loi d’orientation des mobilités a créé l’article L118-5-1 du Code de la voirie routière, qui dispose qu’aucun emplacement de stationnement ne peut être aménagé sur la chaussée cinq mètres en amont d’un passage piéton.
La règle s’applique depuis 2019 dès qu’une commune refait une chaussée. Pour tout le reste, le législateur a laissé sept ans. Ce délai expire le 31 décembre 2026. Après cette date, se garer dans ces cinq mètres devient une infraction à 135 euros, avec mise en fourrière possible.
L’objectif tient à la géométrie. Un véhicule garé juste avant un passage piéton masque l’enfant, la personne âgée ou la poussette qui s’apprête à traverser, et le conducteur qui arrive ne les découvre qu’une fois à leur hauteur. Les cinq mètres imposés par le texte servent à rétablir ce que les aménageurs appellent la co-visibilité : le piéton voit la voiture, la voiture voit le piéton, avant l’engagement sur la chaussée.
Des milliers de places à Paris, 4 500 à Lille
L’addition varie selon la densité. À Paris, les décomptes divergent : l’estimation la plus souvent attribuée à la Ville tourne autour de 7 000 places, soit près de 5 % de son stationnement de surface, quand plusieurs médias ont repris un chiffre de 22 000. La métropole européenne de Lille en compte 4 500, la ville de Lyon plus de 3 300, Bordeaux un millier. Ces quatre territoires pèsent à eux seuls plus de 15 000 emplacements, et ils ne représentent qu’une fraction des 34 000 communes françaises.
Toutes sont concernées, sans seuil de population. Un village de 400 habitants avec trois passages piétons doit traiter ses trois points au même titre que Paris.
Le coût, lui, n’a été accompagné d’aucune aide de l’État. Sylvain Laval, maire de Saint-Martin-le-Vinoux, en Isère, et co-président de la commission transports de l’Association des maires de France, saluait dans Le Dauphiné libéré une mesure « de bon sens », tout en critiquant « une manière un peu brutale de tout changer pour telle échéance ». Il aurait préféré une règle qui s’applique aux aménagements neufs plutôt qu’une reprise massive de l’existant.
La nature a horreur du vide
Le Cerema, l’établissement public qui conseille les collectivités sur la voirie, a publié une fiche technique recensant les solutions et leurs ordres de prix. La moins chère consiste à planter des arceaux à vélos sur la dernière place avant le passage. Aucune reprise de trottoir, un coût de quelques centaines d’euros, et des stationnements gagnés pour les cyclistes.
Le Cerema prévient toutefois d’un effet pervers résumé par une formule maison : la nature a horreur du vide. Un espace libéré sans obstacle physique est aussitôt occupé par des scooters et des motos. Or un deux-roues motorisé garé là masque un piéton aussi efficacement qu’une berline. D’où la recommandation d’installer systématiquement des potelets, des arceaux, des bancs ou des jardinières.
Seuls les vélos, les vélos à assistance électrique et les engins de déplacement personnel, trottinettes comprises, restent autorisés à stationner dans la zone des cinq mètres.
Ce qui pousse les maires à s’y mettre
Une autre inquiétude circule dans les mairies, de nature juridique. À partir du 1er janvier 2027, une commune qui n’a pas retiré ses places s’expose à voir sa responsabilité pénale recherchée si un piéton est renversé à un passage non conforme. C’est cet argument, plus que l’amende, qui accélère les décisions.
Les chiffres de l’accidentalité n’aident pas à temporiser. Selon l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière, 503 piétons ont été tués sur les routes françaises en 2025, contre 456 l’année précédente, une hausse de 10 %. La moitié des victimes avaient 65 ans ou plus, et 65 % des décès sont survenus en agglomération.
Il reste un peu plus de cinq mois. Dans les communes qui ont plusieurs centaines de points à traiter, les marchés de travaux auraient dû être lancés au printemps. Beaucoup ne le sont pas.
