Il vient de gagner avec plus de deux secondes d’avance et de signer la meilleure performance mondiale de l’année, et il sort de l’eau en s’en voulant. « Je suis un peu dégoûté, j’aurais dû accélérer plus tôt », a réagi Léon Marchand samedi soir à Saint-Denis, quelques minutes après avoir décroché le seul titre qui manquait à sa collection.

Le nageur toulousain de 24 ans a remporté le 200 m papillon des championnats d’Europe en 1’51″72, devant le Hongrois Richard Marton (1’54″06) et le Grec Apostolos Siskos (1’54″13), rapporte l’agence Media365. Quadruple champion olympique et septuple champion du monde, il n’avait encore jamais gagné de médaille européenne en individuel.

La course a pourtant commencé à l’envers. Hubert Kos, son partenaire d’entraînement hongrois, part très fort et compte sept dixièmes d’avance au premier virage. À mi-parcours, Marchand n’a plus que dix-huit centièmes de retard. Il passe devant à la sortie de la coulée, boucle son dernier cinquante mètres en 29″27, et transforme une bagarre en promenade. Kos, lui, finit par céder.

D’où le « dégoûté ». Le Français visait son propre chrono de 1’51″21, le record olympique qu’il avait établi sur cette distance aux Jeux de Paris en 2024. Il l’a manqué de quelques dixièmes. « J’avais un peu peur de ne pas tenir sur les bras et sur les jambes », a-t-il expliqué.

Pour situer le chrono : le record du monde de la distance appartient toujours au Hongrois Kristof Milak, en 1’50″34, établi devant son public à Budapest en 2022 d’après la fédération internationale World Aquatics. Marchand en est resté à une seconde et trente-huit centièmes, en sortant d’un été amputé.

Blessé, il a rayé deux courses sur quatre

La prudence avait une raison. Une blessure l’a écarté des derniers championnats de France et l’a obligé à raboter son programme européen : le 200 m et le 400 m quatre nages, les deux épreuves où il est champion olympique en titre, ont été abandonnés avant le début de la compétition. Sur quatre courses individuelles prévues, il n’en gardait que deux.

« C’est énorme, c’était la dernière médaille que je n’avais pas et je suis hyper fier de ça, surtout que j’ai eu pas mal de doutes ces dernières semaines », a-t-il confié au micro de RMC. Le Centre aquatique olympique a répondu à sa manière : quand la Marseillaise a été coupée à mi-parcours lors de la remise des médailles, raconte l’instance European Aquatics, le public l’a chantée jusqu’au bout tout seul.

Un record du monde tombé dans la même soirée

Le titre de Marchand n’a même pas été le seul événement de la soirée. Sur 1500 m nage libre, l’Allemand Johannes Liebmann, 19 ans, a effacé le record du monde en 14’26″79. L’ancienne référence appartenait à l’Américain Bobby Finke depuis les Jeux de Paris, en 14’30″67 : le jeune Allemand lui a pris 3 secondes et 88 centièmes d’un coup et devient le premier homme sous la barre des 14’30, rapporte l’agence Reuters. Le site spécialisé SwimSwam a chronométré ses cent derniers mètres en 56″18, après trente longueurs de bassin. « Je suis sidéré, ce temps est incroyable, je ne pensais pas ça possible pour moi », a réagi le nageur au micro d’Olympics.com.

Les Françaises non plus n’ont pas chômé. Sur 100 m dos, Mary-Ambre Moluh a pris l’or en 57″94, un record d’Europe qu’elle détenait déjà et qu’elle a amélioré de cinq centièmes, tandis que Pauline Mahieu montait sur la troisième marche en 58″77, selon CNews. C’était sa troisième médaille de la semaine et son deuxième titre, après l’or du relais quatre nages mixte.

Il reste une ligne au programme de Marchand. D’après le calendrier détaillé par Eurosport, il doit disputer dimanche matin les séries du 400 m nage libre, avec une finale programmée à 19 h 21. Ce sera sa dernière épreuve individuelle de ces championnats.