Des billets revendus à plus de 1 500 dollars sur eBay, des sites de réservation qui saturent, des cinéphiles prêts à traverser le pays pour une seule salle. Le nouveau film de Christopher Nolan, L’Odyssée, est arrivé mercredi 15 juillet dans les cinémas français, deux jours avant les États-Unis. À Montpellier, quelques centaines de spectateurs ont même été les premiers au monde à le voir, lors d’une projection de minuit.
Après le triomphe d’Oppenheimer, sacré meilleur film et meilleur réalisateur aux Oscars 2024, le cinéaste britannique s’attaque à Homère. Matt Damon incarne Ulysse, roi d’Ithaque, dans son retour semé d’embûches après dix ans de guerre à Troie. Anne Hathaway joue Pénélope, Tom Holland son fils Télémaque, Zendaya la déesse Athéna. Robert Pattinson, Charlize Theron et Lupita Nyong’o complètent une distribution démesurée. Deux heures cinquante-deux de voyage, entre cyclope, sirènes et magiciennes, pour un budget de 250 millions de dollars.
Une seule salle française à la hauteur
Nolan a filmé L’Odyssée entièrement avec des caméras IMAX, une première pour un long-métrage de fiction. Le souci: presque aucun cinéma ne sait le projeter dans ce format. En France, une seule adresse possède le vrai écran IMAX 70 mm, ce cadre quasi carré (1,43:1) rêvé par le réalisateur. C’est le Pathé Odysseum de Montpellier, qui a greffé un projecteur 70 mm sur son installation pour l’occasion. Le clin d’œil du nom valait bien ça. Deux autres salles diffusent le 70 mm classique, sans IMAX: le Grand Rex à Paris, qui a monté une cabine de projection itinérante, et le Kinépolis de Lomme, près de Lille. Partout ailleurs, ce sera du 35 mm ou du numérique. Pathé a détaillé son dispositif dans un communiqué.
La France aux premières loges
Le décalage tient à un simple calendrier: en France, les nouveautés sortent le mercredi, quand les États-Unis attendent le vendredi. Pour une fois, le public français s’est donc retrouvé aux premières loges d’un blockbuster américain. Nolan, lui, reste avec Quentin Tarantino l’un des derniers défenseurs de la pellicule face au tout-numérique. Il a même poussé les ingénieurs d’IMAX à concevoir de nouvelles caméras, plus légères et moins bruyantes, pour ce tournage.
Pourquoi ces caméras géantes changent tout
Un négatif IMAX 70 mm enregistre une image d’une finesse que le meilleur capteur numérique n’égale pas, environ dix fois la surface d’une pellicule 35 mm ordinaire. Le cinéaste défend ce support depuis vingt ans, quitte à coller à ses acteurs des caméras énormes et lourdes. Le calcul se voit au guichet: une poignée de salles dans le monde, vingt-six d’après la presse spécialisée, affichaient complet pour le week-end d’ouverture avant même la sortie. Sur les plateformes de revente, des places grimpaient à 1 500 dollars, plus de 1 300 euros. À Paris comme à Montpellier, les séances 70 mm sont parties en quelques heures.
Un pari à 350 millions
Universal joue gros. Variety situe le démarrage nord-américain entre 90 et 100 millions de dollars, de quoi dépasser les 82,7 millions d’Oppenheimer en 2023 et signer la meilleure ouverture de Nolan depuis The Dark Knight Rises. Deadline pousse même la barre mondiale à plus de 200 millions sur les premiers jours. Le studio n’a pas le choix: 250 millions de production et 100 millions de promotion réclament un carton planétaire pour espérer un bénéfice. Peu de films tournés sur pellicule géante ont visé aussi haut.
La critique déjà conquise
Les premiers retours, après la première londonienne du 6 juillet, ont frôlé l’extase: « pur cinéma », « maîtrise totale ». Sur l’agrégateur Rotten Tomatoes, L’Odyssée réunissait 98 % d’avis favorables sur 147 critiques, au-dessus de tout ce que Nolan avait obtenu, Memento ou The Dark Knight compris. Plusieurs journalistes placent déjà Matt Damon parmi les candidats à l’Oscar du meilleur acteur, avec une pluie de seconds rôles derrière lui.
Reste le juge de paix: le public. L’Odyssée sort vendredi aux États-Unis, et le week-end dira si le film le plus cher de la carrière de Nolan tient la distance. En France, les séances 70 mm de Montpellier, Paris et Lille sont complètes pour plusieurs jours. Les retardataires devront patienter, ou se contenter d’un écran numérique et d’une image un peu moins grande que nature.
