À 48 années-lumière de nous, une planète rocheuse près de six fois plus massive que la Terre laisse fuir de l’hélium vers l’espace. Ce mince filet de gaz est la meilleure preuve obtenue à ce jour qu’un monde rocheux, posé dans la zone où l’eau liquide reste possible, a réussi à garder une atmosphère. Puis, un an plus tard, le signal s’était volatilisé.
La planète s’appelle LHS 1140 b. Repérée en 2017 dans la constellation de la Baleine, elle intrigue les astronomes depuis : une super-Terre environ 5,6 fois plus massive que la nôtre, qui boucle son orbite en 24,7 jours autour d’une petite étoile naine rouge. Malgré cette proximité avec son soleil, elle n’en reçoit que 42 % de l’énergie que la Terre tient du sien. Assez peu pour que de l’eau liquide puisse tenir en surface, à une condition : disposer d’une couverture de gaz assez épaisse pour retenir la chaleur.
Tout le problème est là. Se trouver dans la zone habitable ne suffit pas. Sans atmosphère, pas d’eau liquide durable, pas de climat régulé, aucun bouclier contre les rayonnements de l’étoile. Or les naines rouges sont brutales : elles crachent des rayons X et de l’ultraviolet capables d’arracher les gaz d’une planète en quelques centaines de millions d’années. Les campagnes menées avec le télescope spatial James-Webb sur d’autres mondes rocheux avaient souvent rendu un verdict décevant, des cailloux nus sans la moindre enveloppe. De quoi douter que ces planètes retiennent quoi que ce soit.
Pour contourner l’obstacle, l’équipe de l’université Harvard menée par Collin Cherubim a changé de cible. Plutôt que de traquer la vapeur d’eau ou le dioxyde de carbone, deux gaz tapis dans les basses couches et presque impossibles à repérer, les chercheurs ont visé l’hélium. Très léger, il grimpe en altitude, chauffe sous le rayonnement de l’étoile et finit par s’échapper en formant un vaste panache. Cette traîne, bien plus étendue, se laisse surprendre quand la planète passe devant son étoile et qu’un peu de lumière traverse ses gaz. Avec le spectrographe Winered du télescope Magellan Clay, au Chili, l’équipe a scruté ce moment précis. Leurs résultats paraissent dans la revue Science.
Le pari a payé, à moitié. Les mesures de 2024 montrent une fuite d’hélium nette, signature d’une atmosphère bien réelle. Mais quand les astronomes ont refait l’observation en 2025, plus rien. Leur explication : l’échappement suivrait le rythme des colères de la naine rouge, ce qui offrirait l’occasion rare de voir une atmosphère lointaine changer en quelques mois. Ils décrivent une enveloppe en étages, l’hélium tout en haut, des molécules plus lourdes comme la vapeur d’eau confinées en dessous. Aucune eau n’a été détectée, mais sa recherche devient soudain plus crédible. Autre indice parlant : la planète voisine, LHS 1140 c, plus proche de l’étoile, ne trahit elle aucune trace de gaz.
Ce va-et-vient du signal nourrit aussi la prudence. Interrogés par le magazine Ciel & Espace, plusieurs spécialistes européens jugent qu’il est trop tôt pour parler d’une découverte acquise : une atmosphère qui apparaît puis s’efface réclame d’autres mesures avant d’emporter la conviction. La revue Nature, qui a rendu compte de la détection, rappelle de son côté que d’autres observations restent nécessaires pour la confirmer. En astronomie, une annonce ne vaut que par sa capacité à être refaite.
La suite se jouera avec de plus gros instruments. Le James-Webb peut déjà tenter de confirmer la présence de gaz et d’en préciser la composition ; le futur télescope spatial Nancy-Grace-Roman et l’Extremely Large Telescope, en construction au Chili, prendront le relais d’ici la fin de la décennie. La méthode de l’hélium, elle, pourra viser d’autres planètes de la zone habitable. La question n’est plus seulement de savoir si ces mondes possèdent une atmosphère, mais ce qu’elle renferme, et si l’on y lira un jour la trace d’une chimie vivante.
