En 2024, les États-Unis restaient mieux vus que la Chine dans la quasi-totalité des pays sondés par l’institut américain Pew Research Center. Deux ans plus tard, le rapport de force s’est inversé. Dans 25 des 36 pays interrogés cette année, la population a désormais une meilleure image de la Chine que des États-Unis.
Vingt ans que ce n’était pas arrivé
Pew, un centre de recherche de Washington qui se présente comme non partisan, mène cette comparaison depuis le début des années 2000. Jamais la Chine n’était passée devant. Le rapport publié le 15 juillet, réalisé auprès de 42 151 personnes dans 36 pays entre le 8 février et le 13 mai 2026, acte le renversement. En moyenne, 51% des sondés déclarent voir la Chine favorablement. Les États-Unis, eux, tombent à 37%. La confiance envers le dirigeant suit la même pente : Xi Jinping devance Donald Trump dans 22 pays.
Le Canada a changé d’avis en trois ans
Aucun pays n’illustre mieux la vitesse du basculement que le voisin direct de l’Amérique. En 2023, 57% des Canadiens voyaient les États-Unis d’un bon œil, contre seulement 14% pour la Chine. Aujourd’hui, la Chine (44%) est passée devant les États-Unis (33%). En trois ans, l’écart s’est retourné de plus de 50 points. La proportion de Canadiens qui jugent Washington fiable comme partenaire a fondu de 83% en 2022 à 35% aujourd’hui. Le Mexique, autre voisin immédiat, penche lui aussi du côté chinois.
Vu de France, l’image américaine s’effrite
La France ne fait pas exception. Seuls 10% des Français estiment que Washington tient compte des intérêts de pays comme le leur, l’un des scores les plus bas de toute l’enquête, juste derrière la Suède (8%). La part de Français convaincus que le gouvernement américain respecte les libertés individuelles de sa population a chuté de plus de 25 points depuis 2021. En 2013, quand Barack Obama entamait son second mandat, plus des trois quarts des Français créditaient encore Washington sur ce point. Aujourd’hui, l’opinion favorable des États-Unis se situe à son niveau le plus faible mesuré dans le pays depuis le début des années 2000.
Le Sud global bascule le plus vite
La carte de la sympathie envers la Chine épouse celle des revenus. Pékin séduit surtout les économies émergentes d’Amérique latine, d’Afrique et d’Asie du Sud et du Sud-Est, beaucoup moins les pays riches. Au Pakistan, 90% des habitants voient la Chine favorablement. En Italie, sa cote grimpe à 51%, un sommet depuis près de vingt ans et une hausse de 20 points par rapport à 2022. En Espagne, elle atteint 54%, du jamais-vu en territoire positif depuis 2011. Partout, les jeunes et les électeurs de gauche se montrent plus indulgents que leurs aînés et que la droite. Sur le terrain diplomatique, la Chine passe pour un partenaire plus sûr : 72% des Sud-Africains la jugent fiable, contre 46% pour les États-Unis, et l’écart grimpe à 84% contre 36% au Pakistan.
Xi Jinping n’est pas aimé pour autant
Le basculement ne signifie pas que la Chine emballe les foules. Ses scores restent modestes en valeur absolue. En Europe, la meilleure cote de confiance envers Xi Jinping plafonne à 37%, au Royaume-Uni. Sur le respect des libertés, Pékin reste mal noté : en Amérique du Nord, dans la plupart des pays européens, au Japon, en Corée du Sud et en Australie, au moins trois personnes sur quatre estiment que le gouvernement chinois ne respecte pas les libertés de ses citoyens. Le mouvement tient donc moins à un élan pro-chinois qu’à un décrochage américain. La confiance mondiale envers Donald Trump tombe à 23% en moyenne, et aucun pays ne le juge plus favorablement que l’an dernier.
L’effet Trump, et la guerre en Iran
Pew relie ce recul au second mandat de Donald Trump, entamé depuis un an et demi. Ses arbitrages sur les droits de douane sont massivement rejetés : 8% d’Allemands les approuvent, 17% de Canadiens. En Allemagne, la part de ceux qui pensent que Washington tient compte des intérêts des autres pays est tombée de 60% en 2023 à 23%, un plancher digne des pires années de la présidence de George W. Bush. Un second facteur a pesé pendant l’enquête. Les entretiens se sont déroulés après le déclenchement, le 28 février 2026, du conflit militaire lancé par les États-Unis et Israël contre l’Iran. En passant ses données au crible, Pew observe dans un rapport distinct de juin que l’image des États-Unis s’est encore dégradée à mesure que la guerre avançait. Le Washington Post et l’agence Bloomberg, qui ont relayé les résultats, ont insisté sur le caractère de première historique de ce classement.
Là où les États-Unis gardent l’avantage
Tous les pays n’ont pas tourné le dos à Washington. Les États-Unis restent mieux vus que la Chine dans six pays, dont quatre en Asie-Pacifique : l’Inde, le Japon, les Philippines et la Corée du Sud. En Israël, l’image américaine reste la plus haute de l’enquête (81%), quand celle de la Chine s’effondre à un plancher historique (19%). Sur les libertés individuelles, l’Amérique conserve son avance presque partout : 80% des Israéliens et 61% des Japonais jugent que Washington respecte les libertés de sa population, contre 15% et 6% seulement pour Pékin. Le Mexique fait figure d’exception : 35% des Mexicains y voient un gouvernement chinois respectueux des libertés, contre 20% pour l’américain. Un reproche colle néanmoins aux deux camps. Dans 17 pays à revenu intermédiaire, 75% en moyenne estiment que les États-Unis se mêlent des affaires des autres, contre 45% pour la Chine.
L’atout le plus solide des États-Unis, cette réputation de respect des libertés, se resserre pourtant d’année en année. Pew reconduit son enquête chaque été. Le prochain relevé, attendu en 2027, dira si le recul américain s’installe ou s’il n’aura été qu’une parenthèse.
