Huit minutes après le décollage, un bruit sec, comme une détonation. Puis le hublot cède. Sur le siège voisin, Ljubisa Karovic part vers l’ouverture, la tête et les épaules déjà happées à l’extérieur. Sa femme lui saisit les jambes et s’y cramponne.
La scène s’est jouée le 10 juillet, à bord du vol Ryanair FR1879, un Boeing 737-800 qui reliait Thessalonique à Memmingen, dans le sud de l’Allemagne. Quatre jours plus tard, Svetlana Grkovic a raconté ces minutes à la télévision serbe. « J’ai réagi tout de suite, je l’ai attrapé par les jambes. Je me suis dit : si on meurt, on meurt ensemble. » Elle a tenu près de cinq minutes, jusqu’à ce que d’autres passagers se précipitent pour ramener son mari à l’intérieur.
Un moteur, un hublot, et l’air qui s’échappe
L’appareil grimpait vers 4 500 mètres, à près de 600 km/h, quand tout a basculé. Selon plusieurs témoins cités par franceinfo, le fracas venait du moteur droit. Un fragment s’en serait détaché avant de percuter le fuselage et de pulvériser le hublot situé juste à côté. La cabine s’est vidée de son air en une fraction de seconde, les masques à oxygène sont tombés, l’équipage a lancé une descente d’urgence. Le 737 s’est reposé à Thessalonique à 7 h 09, sans autre casse. Ryanair est resté prudent dans son communiqué : la compagnie parle d’un hublot qui « s’est délogé en vol », sans confirmer la piste du moteur. L’avion, immatriculé 9H-QEU et exploité par sa filiale Malta Air, avait été livré par Boeing en 2008.
Cinq minutes à retenir un homme happé vers le vide
Karovic, un touriste serbe d’une soixantaine d’années, occupait la place côté hublot. Aspiré jusqu’aux épaules, il est resté coincé entre la cabine et le ciel pendant que sa femme s’accrochait à ses jambes. Air Journal rapporte que les voyageurs des rangs voisins ont fini par le tirer vers l’intérieur. Conduit à l’hôpital universitaire AHEPA de Thessalonique, il souffre de brûlures de friction et d’une main gravement abîmée ; les médecins ont programmé un scanner pour écarter toute fracture ou lésion interne. « Il est en état de choc », a confié son épouse. Une décompression à cette altitude transforme la moindre brèche en aspirateur géant : l’écart de pression avec l’extérieur cherche à tout arracher vers le trou, sièges, objets, et parfois les corps. Sur les vols commerciaux, la ceinture suffit presque toujours à retenir les passagers. Presque.
En 2018, le même scénario avait tué une passagère
Ce type d’accident a un précédent, et il s’était terminé bien plus mal. Le 17 avril 2018, sur le vol Southwest 1380 entre New York et Dallas, une aube de soufflante s’était rompue par fatigue du métal à près de 9 700 mètres. Des débris du capot moteur avaient frappé le fuselage et arraché un hublot. Jennifer Riordan, assise juste à côté, avait été à moitié éjectée. Deux passagers et une hôtesse étaient parvenus à la ramener, mais elle est morte d’un traumatisme par choc violent, première victime à bord d’une compagnie américaine depuis près de dix ans. Dans son rapport final, le Bureau américain de la sécurité des transports avait aligné sept recommandations, dont la refonte du capot du moteur CFM-56 pour qu’il contienne la projection d’une aube. Huit ans plus tard, le même enchaînement, débris moteur puis hublot arraché, s’est rejoué sur un autre 737. Cette fois, le passager s’en sort.
Ce que l’enquête doit encore éclaircir
Reste la question qui compte : pourquoi un morceau de moteur a-t-il pu atteindre la cabine ? L’enquête, épaulée par les autorités américaines de l’aviation, par Boeing et par le motoriste General Electric, devra dire si la panne relève d’un défaut isolé ou d’un risque pour toute la flotte. L’avionneur a répondu par une formule minimale : « Nous avons connaissance de l’incident et sommes en contact avec Ryanair. » Depuis deux ans, sa réputation encaisse coup sur coup, après la porte-bouchon arrachée en plein vol sur un 737 MAX 9 d’Alaska Airlines, en janvier 2024, un épisode d’une autre nature mais qui avait déjà porté la sécurité de ses avions sur la place publique. Les conclusions techniques prendront des mois. Svetlana Grkovic, elle, n’a besoin d’aucun rapport : sans sa poigne, son mari ne serait jamais rentré.
