À flanc de colline, sur la rive ouest de Louxor, le sable retenait depuis trois millénaires une chapelle peinte que plus personne n’avait vue. Une équipe néerlandaise vient de la dégager, avec ses dieux, ses offrandes et des couleurs qui ont tenu bon.
La sépulture a été mise au jour dans le secteur de Cheikh Abd el-Gournah, au cœur de la nécropole thébaine, par la mission de l’université de Leyde que dirige l’archéologue Carina van den Hoven. L’annonce a été relayée par le ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités, qui rattache la tombe à l’époque ramesside, ce long chapitre du Nouvel Empire couvrant les XIXe et XXe dynasties, soit à peu près de 1292 à 1069 avant notre ère. La tombe a donc été creusée quand Ramsès II et ses successeurs régnaient sur l’Égypte.
Les fouilleurs ne sont pas arrivés là par hasard. La même équipe retourne la terre de ce versant depuis 2018, en partenariat avec les autorités égyptiennes, et avance tombe après tombe. Celle-ci se cachait juste à côté d’une sépulture déjà répertoriée, ce qui a mis les archéologues sur sa piste. Huit ans de fouilles pour tomber, cet été, sur une porte oubliée.
Le propriétaire des lieux a un nom : Paser. Les inscriptions gravées sur les parois le désignent sans ambiguïté, et l’emplacement de sa tombe laisse penser qu’il occupait un rang élevé, prêtre ou haut fonctionnaire. Sauf que « Paser » courait les rues chez l’élite de Thèbes à cette période. Savoir lequel, et quels liens il entretenait avec les voisins de la nécropole, demandera encore du travail, prévient l’égyptologue Steve Harvey auprès de The Art Newspaper.
Ce sont les peintures qui font la valeur de la trouvaille. Sur les murs, Paser se tient en adoration devant des divinités logées dans leurs sanctuaires. Une autre scène le montre auprès de son épouse, tous deux face à une table croulant sous les offrandes. La femme serre dans sa main un sistre, cette percussion rituelle qu’agitaient les prêtresses. Le geste compte : d’après Steve Harvey, elle portait peut-être le titre de chanteuse du temple. Ces scènes, ajoute-t-il, « ne sont pas uniques, mais constituent d’importants exemples de la peinture funéraire de l’époque ramesside ».
Le plan, lui, respecte le manuel des tombes privées thébaines du Nouvel Empire, comme l’a rappelé Mohamed Abdel-Badie, responsable des antiquités égyptiennes : une cour à ciel ouvert, une chapelle taillée dans la roche en forme de T inversé, puis des chambres funéraires enfouies plus bas. Dans la cour subsistent des murs en briques crues percés d’une niche prévue pour une stèle funéraire, et un escalier encadré de deux rampes, le tout en bon état. Une conservation qui n’a rien d’évident après trois mille ans de pillages et de crues du Nil.
Le chantier ne fait pourtant que commencer. Hicham al-Leithi, secrétaire général du Conseil suprême des antiquités, a indiqué que l’équipe continuerait de documenter le secteur pour identifier ceux qui y reposent. Le nettoyage des fresques, prévu pour cet automne, devrait faire ressortir des détails encore invisibles à l’œil nu, et peut-être trancher l’énigme de l’identité de Paser.
La découverte s’ajoute à un décor déjà chargé. L’ancienne Thèbes, classée au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1979, fut longtemps la capitale religieuse du pays, avec les temples de Karnak et de Louxor sur la rive est et une immense cité des morts sur la rive ouest, où se dresse encore le temple de la reine Hatchepsout. C’est là que l’Égypte enchaîne les annonces depuis deux ans. En février 2025, le pays dévoilait la tombe de Thoutmôsis II, premier tombeau royal exhumé depuis celui de Toutânkhamon en 1922. Chaque sépulture nourrit la même stratégie : un patrimoine que Le Caire met en avant pour faire revenir les touristes.
Pour l’instant, Paser garde une partie de ses secrets. Les restaurateurs entrent en scène à l’automne, et c’est de leurs pinceaux que dépendra la suite de l’histoire.
