Sous une cour de l’Hôtel-Dieu, juste à côté de Notre-Dame, des archéologues ont mis au jour un mur gaulois de pierre et de bois ravagé par un violent incendie. Selon le ministère de la Culture, il pourrait appartenir au rempart de Lutèce, la ville des Parisii qui, d’après Jules César, fut incendiée en 52 avant notre ère à l’approche des troupes romaines. Si la datation se confirme, ce serait la première trace matérielle de cette Lutèce gauloise, et la preuve qu’elle se trouvait bien sur l’île de la Cité.

Ce que les archéologues ont trouvé

La fouille a commencé en février 2026 dans deux cours de l’Hôtel-Dieu, avant la restructuration de l’hôpital par l’AP-HP. Les équipes du service archéologique de la Ville de Paris et de l’Inrap, l’institut public chargé des fouilles avant travaux, s’attendaient à des traces d’habitat antique, de rues ou d’occupations médiévales. À l’été, elles sont tombées sur autre chose :

  • un mur conservé sur une vingtaine de mètres, fait de gros blocs de pierre et de poutres de bois posées à l’horizontale, une technique typique des fortifications gauloises de la fin de l’âge du Fer ;
  • à l’arrière, une plateforme artificielle de sable et de graviers, épaisse de près de deux mètres ;
  • juste devant, les restes d’un bâtiment en bois brûlé et de nombreuses graines carbonisées ;
  • au pied du mur, un fer de lance gaulois.

Le mur reposait à environ quatre mètres sous la cour et s’élève sur à peu près un mètre, rapporte Le Temps. Sa face visible, le parement, est carbonisée.

Pourquoi on pense à la Lutèce de César

La Lutèce gauloise n’est connue que par les textes de Jules César. Dans La Guerre des Gaules, il raconte avoir convoqué une assemblée de peuples gaulois chez les Parisii en 53 avant notre ère. L’année suivante, son lieutenant Titus Labienus y livre bataille. César décrit la ville comme un oppidum, c’est-à-dire un habitat fortifié, établi sur une île de la Seine, et écrit que les Gaulois ont eux-mêmes mis le feu à leurs installations avant l’affrontement.

Un mur de tradition gauloise, sur une île de la Seine, détruit par le feu : les indices vont dans le sens du récit. Les premières analyses au carbone 14 du bois donnent une date comprise entre 200 et 10 avant notre ère, et des céramiques contemporaines de César ont été retrouvées, selon le ministère de la Culture.

« Nous sommes peut-être face à l’un des vestiges les plus importants jamais découverts pour comprendre la Lutèce gauloise. La prudence scientifique impose encore de vérifier sa fonction et sa chronologie, mais la convergence des indices est aujourd’hui particulièrement remarquable. »

Catherine Pégard, ministre de la Culture, le 23 septembre 2026 sur le chantier

Le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, qui l’accompagnait, a parlé de « la plus grande découverte archéologique de l’histoire de Paris », selon Le Temps.

Ce qui n’est pas encore prouvé

Le lien avec la bataille de 52 n’est pas établi. L’Inrap le précise : les traces d’incendie sont compatibles avec la fin de l’âge du Fer, mais elles ne permettent pas encore de dater le feu de 52 avant notre ère. La fourchette du carbone 14 couvre près de deux siècles.

Les archéologues doivent encore établir si le mur servait seulement à défendre la ville ou s’il retenait aussi des terres, quand il a été construit, comment il a été détruit et s’il existe des traces d’occupation plus anciennes en dessous. Un avis de « découverte d’importance exceptionnelle » a été validé à la mi-septembre, et une nouvelle autorisation de fouille délivrée par l’État va permettre de poursuivre le chantier.

Nanterre, l’autre candidate au titre de Lutèce

L’emplacement de Lutèce est discuté depuis des siècles. Faute de vestiges gaulois solides sur l’île de la Cité, une autre piste avait pris du poids : une boucle de la Seine à Nanterre. Des fouilles préventives lancées au milieu des années 1990 sur le tracé de l’A86 y ont mis au jour une partie d’un village gaulois. L’Inrap y voit une « possible capitale des Parisii ».

L’archéologue Antide Viand, qui y a dirigé des fouilles, décrit une ville gauloise avec maisons, rues et ateliers, dont il évaluait l’étendue à 15 à 20 hectares dans un entretien publié par la Société d’histoire de Nanterre. Il présentait lui-même Nanterre comme Lutèce en tant qu’« une hypothèse plus qu’une conclusion ».

Île de la Cité (Paris)Nanterre
FouillesDepuis février 2026, sous l’Hôtel-DieuMilieu des années 1990, chantier de l’A86
Ce qui a été trouvéUn mur de pierre et de bois incendié, un fer de lance gauloisUne ville gauloise avec maisons, rues et ateliers
DatationEntre 200 et 10 avant notre ère (premiers résultats)Apogée vers 100 à 80 avant notre ère, selon Antide Viand

Pour Stéphane Deschamps, conservateur régional de l’archéologie en Île-de-France, la nouvelle découverte « comble un vide archéologique ». « Faute de preuves tangibles sur l’île de la Cité, certains avaient même émis l’hypothèse d’une localisation à Nanterre. Aujourd’hui, avec ce mur et son contexte, nous tenons peut-être la clé du mystère », explique-t-il dans le communiqué du ministère.

Le mur ne restera pas sous l’Hôtel-Dieu

Trop profond et fragilisé par le feu, le mur ne sera pas conservé sur place dans le projet de restructuration. Il est documenté en trois dimensions avant d’être démonté. Un moulage doit être réalisé dans les prochaines semaines, et une reconstitution partielle avec des pierres d’origine sera présentée dans un musée parisien, indique Europe 1.

La suite se joue dans la fouille complémentaire. C’est elle qui devra dire si le feu qui a noirci ces pierres est celui que César décrit en 52 avant notre ère.