La vague de chaleur de juin n’a pas seulement battu des records de température. Elle a laissé derrière elle 5 764 morts en excès, selon le bilan publié le 22 juillet par Santé publique France. C’est le décompte le plus lourd depuis la canicule de 2003.
Le chiffre correspond à la surmortalité mesurée entre le 17 juin et le 2 juillet, la différence entre les décès réellement enregistrés et ceux attendus à cette période une année normale. Sur ces seize jours, 92 départements ont connu au moins un épisode de vigilance canicule, soit près de 98,5 % de la population de l’Hexagone exposée à la chaleur.
Tout s’est joué en trois jours
La courbe raconte une flambée brutale plus qu’une lente montée. Plus de la moitié des décès en excès, 56 % exactement, se sont concentrés sur trois journées, du 25 au 27 juin, quand le thermomètre a explosé. Les 24 et 25 juin ont été les journées les plus chaudes jamais mesurées en France, tous mois confondus, avec une température moyenne sur 24 heures qui a atteint 30 °C pour la première fois. Les 40 °C ont été dépassés au moins une fois sur plus de 40 % du territoire, et pas seulement dans le Sud : Rennes a relevé 41,5 °C, Saintes 43,8 °C, et Strasbourg 40,4 °C, une première depuis le début des mesures en 1945. Le 25 juin, 72 départements étaient placés en vigilance rouge canicule et 14 en orange, du jamais-vu depuis la création de la vigilance canicule en 2004.
Cette intensité précoce a pris de court des organismes encore mal acclimatés. La chaleur de la fin juin frappe un pays qui n’a pas eu le temps de s’habituer, contrairement aux pics d’août. Santé publique France insiste sur ce point dans son bulletin : l’épisode est qualifié d’inédit par sa précocité, son intensité et sa durée, et il a frappé dans une période encore chargée en activités scolaires et professionnelles.
Les plus de 75 ans en première ligne, mais pas seuls
Comme toujours avec la chaleur, l’âge pèse lourd. Les deux tiers des victimes avaient 75 ans ou plus, soit au moins 3 719 décès en excès. Ce sont les organismes les plus fragiles, souvent isolés, parfois privés de pièce fraîche, qui ont payé le prix fort.
La vraie surprise se lit ailleurs. L’agence sanitaire a relevé une surmortalité dès 15 ans, à tous les âges de la vie adulte, avec une augmentation marquée à partir de 45 ans. Des adultes en pleine force ont donc figuré dans le décompte, signe que l’épisode a dépassé le seul cercle des personnes âgées. Des travailleurs en extérieur aux sportifs du dimanche, personne n’a été totalement à l’abri.
L’Île-de-France paie le plus lourd tribut
Géographiquement, la carte est sans appel. Avec près de 2 000 décès en excès, l’Île-de-France arrive largement en tête, devant le Grand Est et les Pays de la Loire. Les grandes agglomérations, où le béton emmagasine la chaleur et la restitue la nuit, transforment la canicule en piège. La ville reste plus chaude que la campagne quand le soleil se couche, et les nuits sans répit sont celles qui tuent.
Le bilan reste provisoire et pourra être révisé : il porte sur la mortalité toutes causes, que l’agence ne peut pas encore imputer avec certitude à la chaleur, et les chiffres seront consolidés à la fin de la période de surveillance estivale. Pour mémoire, la canicule de 2003 avait causé environ 15 000 morts et servi d’électrochoc à la politique de prévention française, avec la création des plans canicule et du registre des personnes vulnérables. Vingt-trois ans plus tard, Santé publique France relève que la surmortalité de juin 2026 est la plus élevée observée pendant une canicule depuis 2003, sans toutefois en atteindre les niveaux. Selon franceinfo, ce nouveau bilan relance le débat sur l’adaptation des villes et des logements à des étés qui s’annoncent de plus en plus chauds, un constat que Politique Matin relie directement aux limites des politiques publiques actuelles.
Le détail des chiffres est consultable dans le bulletin de Santé publique France, également résumé dans un communiqué officiel. L’agence rappelle que la saison estivale est loin d’être terminée et que son suivi de la mortalité se poursuit semaine après semaine.
