Née en 1995 pour casser les prix du billet d’avion, easyJet va changer de propriétaire. La compagnie aux fuselages orange a accepté l’offre du fonds d’investissement américain Apollo, qui la valorise 5,7 milliards de livres et prévoit de la sortir de la Bourse de Londres.

L’accord, annoncé début août, met fin à un feuilleton de plus de deux mois. Tout est parti d’un cours de Bourse jugé trop faible : easyJet avait d’abord qualifié l’approche de son premier prétendant, le fonds américain Castlelake, d’« hautement opportuniste ». Les enchères sont montées jusqu’à 690 pence par action avant qu’Apollo ne coiffe tout le monde à 715 pence, soit 8,35 euros par titre. Le 6 août, Castlelake a jeté l’éponge dans un avis réglementaire transmis à la Bourse de Londres, laissant le champ libre à son rival. Le conseil d’administration recommande désormais l’offre à ses actionnaires.

Le fondateur ne vend pas, il reste à bord

Le vrai coup de théâtre est ailleurs. Stelios Haji-Ioannou, qui a lancé la compagnie il y a une trentaine d’années, ne vend pas sa participation. Sa famille, premier actionnaire avec 116 millions de titres, soit 15,31 % du capital, s’est engagée à soutenir le rachat et à convertir la totalité de ses parts en actions non cotées de la future structure plutôt qu’à empocher le chèque, d’après le décompte publié par le cabinet spécialisé CAPA. « Je suis satisfait des intentions stratégiques d’Apollo pour easyJet, qui visent à créer plus de croissance », a réagi le fondateur, qui compte rester « actionnaire de long terme ».

Apollo, l’un des plus gros gérants d’actifs américains, a promis de ne pas réduire les effectifs de façon significative pendant les douze mois qui suivront la finalisation. Le président du conseil d’easyJet, Stephen Hester, a justifié la vente en la comparant à ce que la compagnie pouvait espérer en restant seule aux commandes.

Ce que ça change pour les vols au départ de la France

Pour les millions de voyageurs français qui réservent leurs vacances sur easyJet, rien ne bouge dans l’immédiat. L’Hexagone est l’un des tout premiers marchés du transporteur. La compagnie y exploite six bases, à Paris-Orly, Paris-Charles-de-Gaulle, Lyon, Nice, Nantes et Bordeaux, et propose plus de 300 vols au départ d’une vingtaine d’aéroports. Nice figure parmi ses points d’appui majeurs sur le continent.

Une inconnue de taille demeure toutefois. Le droit européen impose qu’une compagnie qui vole à l’intérieur de l’Union reste majoritairement détenue et contrôlée par des intérêts européens. Racheter easyJet oblige donc un fonds américain à bâtir un montage sur mesure. Castlelake prévoyait de confier 51 % du capital à des investisseurs européens ; les modalités retenues côté Apollo restent à préciser, relève AeroTime.

Le rachat doit encore franchir le vote des actionnaires et l’examen des autorités de la concurrence, pour une finalisation visée d’ici la fin du premier trimestre 2027. D’ici là, mêmes avions, mêmes couleurs, mêmes tarifs : le changement se joue pour l’instant dans la salle des marchés, pas en cabine.