Les prix à la consommation auraient augmenté de 3,0 % sur un an en septembre 2026, selon l’estimation provisoire publiée le 30 septembre par l’Insee. Le mois précédent, la hausse était de 2,4 %. L’essentiel de l’accélération vient d’un seul poste, l’énergie, dont les prix auraient grimpé de 21,2 % en un an.

Ce que dit l’estimation de septembre

Le chiffre mesure l’évolution des prix d’un panier de biens et de services représentatif de ce qu’achètent les ménages en France, entre septembre 2025 et septembre 2026. D’après la publication de l’Insee, les prix de l’énergie accélèrent de nouveau, « tirés par ceux des produits pétroliers et du gaz ». Les prix des services et de l’alimentation progressent aussi un peu plus vite qu’en août, tandis que la baisse de ceux des produits manufacturés s’atténue.

Sur un seul mois, les prix auraient même reculé de 0,3 %. C’est un effet de calendrier : après l’été, les billets de transport et les nuits d’hôtel redeviennent moins chers. Cette baisse saisonnière a été en bonne partie effacée par une nouvelle poussée de l’énergie.

L’indice harmonisé, celui qui sert aux comparaisons entre pays européens, monte plus haut : 3,4 % sur un an, après 2,6 % en août. Il diffère surtout par la santé, qu’il compte après remboursement de la Sécurité sociale.

Ces résultats restent provisoires. L’Insee publiera les chiffres définitifs le 15 octobre et précise que l’estimation de fin de mois ne doit pas servir à réviser des contrats.

Moins de 8 % du panier, plus de la moitié de la hausse

L’Insee publie le poids de chaque poste dans le panier, sur 10 000 points. L’énergie (carburants, gaz, électricité…) n’en représente que 764, soit 7,6 %. Les services en représentent plus de la moitié.

PostePoids dans le panierSept. 2025Août 2026Sept. 2026
Ensemble100 %+1,2 %+2,4 %+3,0 %
Énergie7,6 %-4,4 %+16,7 %+21,2 %
Services52,0 %+2,4 %+1,9 %+2,2 %
Alimentation14,9 %+1,7 %+1,1 %+1,5 %
dont produits frais1,7 %+1,6 %+5,9 %+9,9 %
Produits manufacturés23,9 %-0,4 %-0,4 %-0,3 %
Tabac1,7 %+4,1 %+3,3 %+3,3 %

En multipliant le poids de chaque poste par sa hausse sur un an, on obtient un ordre de grandeur de ce que chacun apporte aux 3,0 %. L’énergie compte pour environ 1,6 point, soit un peu plus de la moitié du total. Les services, malgré une hausse modeste de 2,2 %, en ajoutent à peu près 1,1 point parce qu’ils pèsent lourd. L’alimentation apporte environ 0,2 point, le tabac moins de 0,1, et les produits manufacturés retirent un peu moins de 0,1 point.

Ce calcul est le nôtre et reste approché : l’estimation provisoire ne détaille pas ces contributions, et la méthode exacte tient compte de l’évolution des prix depuis le début de l’année. Il suffit pourtant à montrer qu’une inflation de 3 % ne signifie pas que tout augmente de 3 %. Selon le même calcul approché, la hausse des prix hors énergie tournerait autour de 1,5 %.

À la pompe, 59 centimes de plus par litre de gazole

L’Insee relève chaque mois le prix moyen des carburants en métropole. Le dernier mois publié est août 2026, et l’écart avec août 2025 est net.

  • Gazole : 2,21 euros le litre en moyenne, contre 1,62 euro un an plus tôt, soit une hausse d’environ 36 % (série Insee du gazole).
  • Sans plomb 95 : 2,05 euros le litre, contre 1,72 euro, soit environ 19 % de plus (série Insee du SP95).
  • Un plein de 50 litres de gazole revient ainsi à environ 110,50 euros, contre 81 euros en août 2025 : près de 30 euros de plus à chaque passage.

La série montre aussi quand tout a basculé. Le gazole valait 1,69 euro en février 2026, puis 2,06 euros en mars. Ce saut coïncide avec le début de la guerre au Moyen-Orient, ouverte le 28 février par les premières frappes américaines et israéliennes sur l’Iran, qui a fait s’envoler les marchés du pétrole et du gaz. Le trafic reste perturbé dans le détroit d’Ormuz, par où passe en temps normal environ un cinquième du pétrole consommé dans le monde, comme nous l’avions détaillé dans notre article sur le trafic dans le détroit.

Le gaz augmente encore au 1er octobre

Le gaz suit le même chemin. La Commission de régulation de l’énergie (CRE) publie chaque mois un prix de référence, que beaucoup de fournisseurs utilisent pour indexer leurs offres. Au 1er octobre, il passe à 182,88 euros le mégawattheure toutes taxes comprises, contre 172,05 euros au 1er septembre, soit une hausse de 6,3 %, selon le communiqué du régulateur.

Pour les ménages dont le contrat suit ce prix de référence, la CRE chiffre la hausse à 5,28 euros en moyenne sur la facture d’octobre. Sur l’ensemble de l’année, elle estime que la facture de gaz 2026 pourrait être environ 10 % plus élevée que celle de 2025, soit quelque 120 euros. Environ 40 % des abonnés, ceux qui ont choisi une offre à prix fixe, ne sont pas touchés par ces variations mensuelles. Au total, 10,31 millions de ménages avaient un contrat de gaz naturel au 31 mars 2026.

La CRE attribue cette hausse à la montée des prix sur les marchés du gaz en août par rapport à juillet. Sur le marché européen de référence, le contrat de gaz livré en octobre est passé de 31,47 euros le mégawattheure le 27 février à 81,91 euros, dans un marché marqué par la guerre au Moyen-Orient, selon les chiffres de la CRE rapportés par l’AFP, reprise par Connaissance des énergies.

Les produits frais grimpent, le reste de l’assiette bouge peu

L’alimentation n’augmente que de 1,5 % sur un an, mais cette moyenne cache deux mouvements très différents. Les produits frais (fruits, légumes, poissons) auraient pris 9,9 % en un an, contre 5,9 % en août et 1,6 % en septembre 2025. Le reste de l’alimentation, qui pèse beaucoup plus dans le panier, ne progresse que de 0,4 %.

Les produits manufacturés, eux, restent légèrement moins chers qu’il y a un an (-0,3 %). Vêtements, électroménager ou voitures ne participent donc pas à la hausse.

La France sous la moyenne européenne en août

Au moment de l’estimation française, le dernier point de comparaison européen disponible était celui d’août. Ce mois-là, l’inflation atteignait 3,2 % dans la zone euro, avec une énergie en hausse de 14,3 % sur un an, d’après l’office européen de statistique Eurostat. La France, à 2,6 % sur l’indice harmonisé, restait en dessous des trois autres grandes économies de la zone.

  • Espagne : 4,6 %
  • Italie : 3,2 %
  • Allemagne : 2,9 %
  • France : 2,6 %

Les écarts sont larges à l’échelle de l’Union : 0,3 % en Suède, 6,3 % en Roumanie. Avec 3,4 % en septembre sur ce même indice harmonisé, la France dépasse désormais la moyenne de la zone euro du mois d’août. Il faudra attendre les chiffres européens de septembre pour savoir si l’écart s’est inversé.

Le niveau de début 2024, loin du pic de 2023

La remontée est rapide. En janvier 2026, l’inflation n’était que de 0,3 % sur un an. Elle a été multipliée par dix en huit mois. Selon l’historique publié par l’Insee, il faut remonter à février 2024 pour retrouver une hausse de 3,0 %.

On reste toutefois loin de la crise de 2022-2023. L’inflation avait alors dépassé 6 % pendant plusieurs mois, avec un sommet à 6,3 % en février 2023. En septembre 2026, la hausse reste concentrée : hors produits frais, l’alimentation ne prend que 0,4 % sur un an et les produits manufacturés baissent légèrement.

Livret A, Smic, retraites : ce que ça change

L’inflation sert de base au calcul de plusieurs revenus et placements. Trois sont directement concernés.

  • Le Livret A rapporte 1,7 % depuis le 1er août 2026, rappelle La finance pour tous, le site d’éducation financière de l’Institut pour l’éducation financière du public. Son taux sera révisé le 1er février 2027 selon une formule qui mêle l’inflation et un taux du marché monétaire. Avec une inflation proche de 3 %, le comparateur JeChange estime qu’il pourrait remonter vers 2,4 à 2,5 %.
  • Le Smic a déjà été relevé automatiquement de 2,41 % au 1er juin 2026, à 12,31 euros brut de l’heure, une hausse déclenchée par l’inflation, détaille le site spécialisé LégiSocial. Une nouvelle hausse automatique ne se déclenche que lorsque les prix ont encore pris au moins 2 % depuis cette revalorisation. Selon JeChange, le compte n’y est pas encore et aucune hausse automatique n’est attendue avant l’hiver.
  • Les pensions de retraite de base sont revalorisées chaque 1er janvier selon la moyenne des prix hors tabac sur douze mois. Avec cette règle, JeChange évalue la hausse à environ 1,7 % au 1er janvier 2027. Le projet de budget de la Sécurité sociale pour 2027 prévoit toutefois, dans sa version de travail, de ne plus l’appliquer de la même façon à toutes les pensions, précise le comparateur.

Le prochain rendez-vous est fixé au 15 octobre, avec les chiffres définitifs de septembre. L’Insee publiera ensuite sa première estimation pour octobre le 30 octobre, celle du mois où le prix de référence du gaz a de nouveau augmenté.