Se loger reste le premier poste de dépense des Français. En 2025, un locataire du parc privé a dépensé en moyenne 11 500 euros pour son logement, loyer, énergie, eau et charges compris, soit environ 958 euros par mois. Et pendant que la facture continue d’augmenter, le pays construit de moins en moins : le nombre de résidences principales a progressé à son rythme le plus faible depuis 1985.
Ces chiffres viennent du rapport du compte du logement 2025, publié le 14 septembre par le service statistique du ministère chargé du Logement (le SDES). Chaque année, ce document additionne tout ce que la France dépense pour ses 38,5 millions de logements : loyers, énergie, travaux, constructions, aides et impôts. Le site spécialisé Batiweb en a relayé les principaux chiffres le jour même. Nous avons repris les tableaux du rapport pour en tirer quelques calculs par ménage et sur plusieurs années.
Combien coûte un logement, selon qu’on loue ou qu’on possède
Les dépenses de logement représentent 28 % de la consommation des ménages en 2025. Le rapport parle d’une part « stable mais élevée ». Derrière cette moyenne, les écarts dépendent surtout du statut de l’occupant.
| Statut de l’occupant | Dépense moyenne par an | Soit par mois | Dont loyer par an |
|---|---|---|---|
| Locataire du secteur privé | 11 500 € | environ 958 € | 7 900 € |
| Locataire d’un logement social | 9 700 € | environ 808 € | 6 000 € |
| Propriétaire occupant | 15 000 € | 1 250 € | 10 600 € (loyer fictif) |
La ligne des propriétaires demande une précision. Ils ne paient pas de loyer, mais les statisticiens leur en attribuent un, fictif : la somme qu’ils paieraient s’ils louaient leur propre logement. Cette convention permet de comparer tout le monde sur la même base. Sans ce loyer fictif, il reste environ 4 400 euros par an d’énergie, d’eau et de charges. Les remboursements d’emprunt, eux, ne sont pas comptés dans ces dépenses courantes.
Chez les locataires du privé, l’énergie pèse plus lourd que chez les propriétaires : 17 % de la dépense, soit 1 900 euros par an. Dans le parc social, la dépense moyenne est la plus basse mais c’est elle qui a le plus augmenté en 2025 (+ 2,4 %, contre + 0,8 % dans le privé), parce que les loyers des logements sociaux ont progressé plus vite qu’ailleurs.
En 2025, des loyers presque deux fois plus rapides que les prix
En 2025, le prix des loyers a progressé de 1,7 %, alors que l’inflation n’était que de 0,9 %. Entre 2013 et 2022, les loyers n’augmentaient en moyenne que de 0,6 % par an.
Sur trois ans, le tableau est plus nuancé. En cumulant les hausses annuelles publiées dans le rapport pour 2023, 2024 et 2025, le prix des loyers a pris environ 5,7 %, quand l’ensemble des prix gagnait environ 8 % sur les mêmes trois années. Les loyers ont donc moins grimpé que l’inflation pendant la flambée de 2023, puis ont continué sur leur lancée quand les autres prix se sont calmés.
L’énergie a suivi le chemin inverse. Les dépenses d’énergie des ménages pour leur logement ont baissé de 3,6 % en 2025, surtout parce que le prix de l’électricité a reculé de 9 %. Mais cette baisse arrive après deux années de forte hausse (+ 7,5 % en 2023, + 13,6 % en 2024). Mis bout à bout, nos calculs donnent une facture d’énergie encore environ 18 % plus élevée en 2025 qu’en 2022.
Pourquoi le parc de logements grandit si lentement
Au 1er juillet 2025, la France comptait 237 000 logements de plus qu’un an plus tôt. C’était 271 000 en 2024 et 313 000 en 2023 : en deux ans, le nombre de logements ajoutés chaque année a reculé d’environ 24 %.
La cause principale se trouve dans les chantiers. L’investissement dans le logement neuf a encore chuté de 14,4 % en 2025, après – 18,4 % l’année précédente. Les mises en chantier ont un peu remonté (+ 3,2 %), à 269 700 logements, mais restent à un niveau que le rapport qualifie de « très bas ». Mesurée d’après l’avancement réel des chantiers, la production de logements neufs atteint 263 700 unités en 2025, soit 27,7 % de moins que la moyenne des années 2015 à 2019 (364 500 par an).
Les maisons construites à l’unité sont les plus touchées : leur production recule de 19,7 % en un an, contre 12,2 % pour les immeubles. Depuis 2008, le nombre d’appartements progresse plus vite que celui des maisons : ils forment 45,6 % du parc en 2025, leur part la plus élevée depuis 40 ans.
L’ancien repart, le neuf reste bloqué
Le marché de la revente, lui, s’est réveillé. Après deux années de forte baisse, 952 000 logements anciens ont changé de mains en 2025, soit 12,7 % de plus qu’en 2024. Le rapport associe ce rebond à la baisse des taux des crédits immobiliers, passés en moyenne de 3,4 % en 2024 à 3,0 % en 2025. Les prix de l’ancien remontent légèrement (+ 0,8 %) après deux années de repli.
Ce redémarrage profite aux caisses publiques. Les droits de mutation, une taxe payée à l’achat d’un logement et dont le taux est fixé par les départements, ont rapporté 2,3 milliards d’euros de plus qu’en 2024, soit environ 20 % de hausse, pour atteindre 13,6 milliards. Ils restent en dessous des 16,8 milliards perçus en 2022, souligne Maire-Info, le quotidien de l’Association des maires de France.
La taxe foncière a pris 52 % en dix ans
Au total, les impôts et taxes liés au logement ont rapporté 103,4 milliards d’euros en 2025, en hausse de 4,9 %. Deux lignes expliquent l’essentiel de cette hausse.
- Les taxes sur l’énergie ont bondi de 29,3 %, à 8,1 milliards d’euros, avec la fin du « bouclier tarifaire », le dispositif qui avait réduit les taxes sur l’électricité pendant la crise de l’énergie.
- La taxe foncière payée sur les logements atteint 31,6 milliards d’euros, contre 20,8 milliards dix ans plus tôt. Selon notre calcul, c’est une hausse d’environ 52 %.
- Les droits de mutation rebondissent avec les ventes dans l’ancien (voir plus haut).
- À l’inverse, la TVA sur les logements neufs recule de 12,9 %, faute de constructions.
Rapportée aux 38,5 millions de logements du pays, la taxe foncière représente environ 820 euros par logement et par an. C’est une moyenne grossière : elle mélange maisons, appartements et logements sociaux, et varie fortement d’une commune à l’autre.
Les aides couvrent une part de plus en plus petite de la facture
Les aides publiques au logement ont atteint 45,9 milliards d’euros en 2025, en hausse de 5,5 %, soit 1,5 % de la richesse produite dans le pays (le PIB). Les aides personnelles, comme l’APL, prennent en charge 15,4 milliards d’euros de loyers, soit 16 % des loyers réellement payés par les locataires.
Mais ces aides augmentent moins vite que les dépenses. Celles versées directement aux occupants couvrent 4,1 % de leurs dépenses courantes de logement en 2025. En 2000, cette part culminait à 6,5 %. Autre repère du rapport : l’ensemble des aides au logement pesait 2,2 % du PIB en 2010, contre 1,5 % aujourd’hui.
Ce que ces moyennes ne montrent pas
Ces chiffres décrivent l’année 2025, à l’échelle de toute la France. Ils ne disent rien des écarts entre Paris et une ville moyenne, ni de la situation d’un ménage précis, et ils ne tiennent pas compte des évolutions de prix intervenues en 2026. Le rapport précise aussi que ses estimations du parc peuvent différer de celles que l’Insee publiera le 30 septembre 2026.
Sur trente ans, la tendance de fond est nette : la France est passée de 28,3 millions de logements en 1995 à 38,5 millions en 2025, soit 36 % de plus. Mais le nombre de résidences principales n’avait plus progressé aussi lentement depuis 1985.
