À Manhattan, le week-end dernier, même le patron de Sony ne trouvait plus de billet. Tom Rothman, PDG du studio, a raconté à TheWrap que son neveu l’avait appelé, dépité : toutes les séances new-yorkaises de « Spider-Man: Brand New Day » affichaient complet. « Pas un seul fauteuil de libre dans tout Manhattan », s’est amusé le dirigeant, qui n’a rien pu faire pour dépanner l’ado. L’anecdote résume un week-end que personne, pas même le studio, n’attendait à ce niveau.
Le nouveau film de l’Homme-Araignée, porté par Tom Holland, Zendaya et Jacob Batalon, vient de réaliser le plus gros démarrage de l’histoire du cinéma en Amérique du Nord. Il passe devant « Avengers: Endgame », la référence absolue depuis 2019. Et à l’échelle de la planète, il ne reste plus qu’un seul film devant lui : ce même « Endgame ».
Les chiffres méritent qu’on s’y arrête. Samedi, les estimations plaçaient le film à 354,8 millions de dollars sur le seul marché nord-américain, à 2,3 millions du record d’« Endgame » (357,1 millions), d’après le décompte de Rotten Tomatoes, fondé sur les données de la base spécialisée Box Office Mojo. Les comptes définitifs du lundi ont fait basculer la balance : environ 358 millions, un record. Dans le monde, l’ouverture atteint 927 millions de dollars, deuxième plus gros lancement de tous les temps derrière le seul « Endgame » et son 1,223 milliard. Le premier jour, préventes comprises, a pesé 168 millions, là encore devant les 157,4 millions du film des Avengers.
En France, le meilleur départ depuis l’avant-Covid
L’Hexagone n’est pas en reste. Sorti le 29 juillet et réalisé par Destin Daniel Cretton, « Brand New Day » a rassemblé 650 130 spectateurs dès son premier jour, avec une moyenne vertigineuse de 181 entrées par séance, selon Boxoffice Pro. C’est le meilleur premier jour français depuis « Avengers: Endgame » en 2019, donc depuis l’avant-Covid, et le dixième plus gros de toute l’histoire des salles du pays. Le cap du million a été franchi en moins de 48 heures, ce qui fait du film la vingt-quatrième nouveauté de 2026 à y parvenir, note AlloCiné.
Sur l’ensemble du premier week-end, 2,55 millions de billets ont été vendus pour 145 entrées par séance, la meilleure ouverture française depuis 2021 et le onzième week-end de lancement le plus fort jamais enregistré dans le pays, calcule Boxoffice Pro. Fin 2021, « No Way Home » avait déjà secoué les cinémas avec 2,1 millions d’entrées sur ses trois premiers jours. Son cadet fait mieux.
Comment expliquer une telle ruée ? Le trio Holland-Zendaya-Batalon partage l’affiche depuis « Spider-Man: Homecoming ». Neuf ans après leurs débuts communs, ces visages de Peter Parker, de sa petite amie MJ et de son meilleur ami Ned ont fidélisé des centaines de millions de spectateurs. Le précédent épisode s’achevait sur un déchirement : Peter effacé de la mémoire de tous ceux qui l’aimaient. Le public voulait savoir s’il retrouverait les deux personnes qui comptaient encore pour lui. D’après les sondages PostTrak cités par TheWrap, 58 % des spectateurs se sont déplacés parce qu’ils sont fans de Spider-Man, et près de 39 % pour Tom Holland lui-même. Les 18-24 ans, biberonnés à ce Spider-Man depuis le collège, ont formé plus d’un tiers du public d’ouverture.
Si le film n’a pas non plus battu « Endgame » au niveau mondial, la faute en revient à la Chine. Là-bas, les Avengers avaient ouvert à 329 millions de dollars sur cinq jours, contre 121 millions pour Spider-Man, dans un pays qui délaisse désormais largement les productions hollywoodiennes au profit de ses propres films.
Un très bel été pour les salles françaises
Le carton dépasse le seul cas Spider-Man. En France, les cinémas signent une année franche : vingt-quatre films ont déjà passé le million d’entrées, alors qu’ils étaient trente-quatre sur l’ensemble de 2025. Sur le week-end, le Top 10 a écoulé 4,4 millions de billets, plus haut total depuis la fin de la pandémie, tiré aussi par « L’Odyssée » de Christopher Nolan, toujours deuxième avec 915 000 entrées supplémentaires pour son troisième week-end.
Le contraste avec les autres super-héros de l’année saute aux yeux. Quand « Superman » et « Les Quatre Fantastiques » ont dû se contenter de recettes mondiales situées entre 500 et 650 millions de dollars, et que « Supergirl » a viré à l’échec, Spider-Man joue, lui, dans la cour des Avengers. Le monde peut se lasser des films de super-héros ; il ne se lasse visiblement pas de celui-là.
Un dernier record français reste à portée de toile : les 7 337 229 entrées de « No Way Home », plus gros total jamais réalisé par un film Marvel dans le pays. Vingt-quatre ans après le premier « Spider-Man » de Sam Raimi, la saga a déjà dépassé les 10 milliards de dollars de recettes cumulées dans le monde. Un seul film a jamais connu un meilleur démarrage dans l’histoire du cinéma. Il s’appelait « Avengers: Endgame ».
