La valise est prête, la destination cochée. Ce qui a changé cet été, c’est la ligne du budget. Les Français partent presque autant qu’il y a un an, mais avec 1 748 euros en poche pour leurs congés, soit 287 de moins qu’en 2025. On n’était pas descendu aussi bas depuis 2022, l’année où la flambée des prix avait déjà forcé tout le monde à compter.

Le chiffre vient de la sixième édition de l’enquête Cofidis sur les vacances des Français, publiée début juin. Près de deux tiers des sondés (62 %) comptent partir, une proportion stable. Mais l’enveloppe, elle, s’est contractée de près de 14 % en douze mois. Deux tiers de ceux qui rognent (65 %) pointent la même cause : les prix qui montent.

Le plein d’essence commande le reste

Un poste pèse plus lourd que les autres dans la tête des vacanciers : le carburant. Selon Cofidis, la hausse à la pompe grève le budget de 71 % des futurs partants, oriente le choix de destination pour 64 % d’entre eux, et pousse 61 % à viser plus près de chez eux. La mer à six heures de route devient la campagne à deux heures.

Une fois sur place, les arbitrages tombent toujours au même endroit : le plaisir. Près de six vacanciers sur dix (58 %) prévoient de couper dans les petits extras et les souvenirs, un sur deux (52 %) dans les restaurants et les courses, quatre sur dix dans les sorties et les loisirs. Pour tenir, on ressort les casseroles : 48 % comptent cuisiner plutôt que d’aller au restaurant, 41 % misent sur des activités gratuites. Il faut aussi financer tout cela. Plus de quatre futurs vacanciers sur dix (42 %) comptent puiser dans leur budget courant, et plus d’un Français sur cinq juge le crédit à la consommation utile pour financer ses vacances, un avis surtout répandu chez les plus jeunes (47 % des moins de 35 ans).

Le portefeuille n’explique pas tout. Interrogés sur ce qui influence leurs choix, la moitié des sondés (50 %) citent aussi le contexte géopolitique, 40 % le changement climatique et 36 % leurs préoccupations environnementales. Mais derrière la carte des destinations, c’est bien l’argent qui tranche.

« Ce sont les ménages qui paient la facture »

Cette prudence ne sort pas de nulle part. Elle colle à ce que décrit l’Insee dans sa dernière note de conjoncture, dont le titre résume la situation sans détour : « L’industrie tient la barre, les ménages accusent le coup ». L’institut y révise le pouvoir d’achat en recul de 0,3 % sur 2026, avec une inflation attendue à 2,7 % sur un an en décembre. La confiance des ménages, elle, a perdu dix points depuis février, comme l’a détaillé le média économique Econostrum.

Dorian Roucher, qui dirige le département de la conjoncture de l’Insee, met des mots simples sur le mécanisme. La hausse passée de l’énergie continue de se répandre, dit-il, vers les produits manufacturés et le transport aérien, alors que les salaires, négociés avant cette flambée, ne suivent pas. Sa comparaison avec la crise précédente est la partie la plus parlante : « Ce sont les ménages qui paient la facture, contrairement à 2022 où ils avaient été en partie protégés par des mesures de la part du gouvernement. Là, on a des mesures ciblées, pas de mesures générales, et donc l’essentiel du coût est supporté par les ménages. » En clair, il y a quatre ans, l’État absorbait une partie du choc. Cette fois, il laisse davantage passer.

Un été qui se joue à deux vitesses

Rogner sur les souvenirs, c’est encore un luxe de ceux qui partent. Pour d’autres, l’arbitrage a déjà eu lieu, et il est plus brutal. D’après une enquête YouGov menée pour SumUp, près d’un tiers des Français (32 %) ont carrément reporté ou annulé leurs vacances, ou réduit leurs sorties au restaurant en 2026, faute de moyens. La photographie moyenne d’un budget à 1 748 euros masque cette fracture entre ceux qui ajustent et ceux qui renoncent.

Certains territoires touristiques jouent la carte de l’incitation directe. Dans les Hautes-Pyrénées, l’Agence Touristique des Vallées de Gavarnie propose depuis le 29 mai une carte carburant de 50 euros aux 100 premiers voyageurs qui réservent au moins deux nuits chez un hébergeur partenaire, entre le 1er juin et le 31 juillet. Cibler le trajet plutôt que le prix du séjour en dit long sur le frein identifié. Et rien n’indique que la pression retombe à la rentrée, puisque l’Insee prévient que la hausse de l’énergie n’a pas fini de se diffuser au reste des prix. Le budget serré de cet été pourrait bien être celui de l’automne.