Deux voitures identiques, deux réservoirs à sec, deux villes. En Loire-Atlantique, remplir cinquante litres de gazole revient début août à un peu moins de 109 euros. À Paris, le même plein dépasse 115 euros. Plus de six euros d’écart pour le même carburant, à la même date, dans le même pays. La différence ne doit rien au hasard des enseignes : elle se lit sur la carte, département par département.
Pour la mesurer, Le Récap a repris le fichier officiel des prix des carburants, que chaque station est tenue de renseigner depuis 2006, et calculé la moyenne des prix affichés dans près de 9 600 points de vente au 2 août 2026. Le résultat national colle à ce que pointent les comparateurs : le gazole tourne autour de 2,23 euros le litre, le sans-plomb 95 autour de 2,07 euros, l’E10 à 2,03 euros. Le comparateur Carbu.com relève 2,22 euros pour le gazole au 1er août, et une hausse de 31,5 centimes en un mois.
Cette flambée est récente. Début juillet, d’après les relevés de Mappy tirés des données publiques, le litre de gazole s’affichait encore à 1,90 euro en moyenne. En quatre semaines, le plein a donc repris une trentaine de centimes, pile au moment du chassé-croisé des vacances. Concrètement, un plein de 50 litres coûte aujourd’hui près de 16 euros de plus qu’au début de l’été. Et la remontée n’est pas finie : Carbu.com note encore 3,2 centimes supplémentaires sur la seule dernière semaine.
Le pétrole, reparti à la hausse cet été, tire l’ensemble. Le gazole y est plus sensible que l’essence : la demande mondiale, portée par les camions et les navires, reste forte, les capacités de raffinage françaises sont limitées et la fiscalité pèse différemment sur les deux carburants, rappelle Mappy. Autre renversement, le gazole, longtemps réputé le carburant le plus économique, coûte désormais une quinzaine de centimes de plus que le sans-plomb 95. Pour un automobiliste qui parcourt 12 000 kilomètres par an au diesel, la seule hausse des douze derniers mois, environ 57 centimes le litre selon Carbu.com, représente déjà autour de 400 euros de budget en plus. Cette moyenne nationale masque pourtant une France très inégale à la pompe.
L’Ouest fait le plein le moins cher
Le bas du classement dessine un bloc net : la façade atlantique. La Loire-Atlantique affiche le gazole le plus abordable de métropole, à 2,178 euros le litre en moyenne sur 167 stations. Suivent le Finistère (2,185 euros), les Côtes-d’Armor (2,193) et l’Ille-et-Vilaine (2,197). La Dordogne, le Lot-et-Garonne et les Landes complètent le haut du tableau. La Bretagne, déjà région la moins chère début juillet chez Mappy avec 1,87 euro de moyenne, gardait alors son avance sur l’Île-de-France, qui pointait à 1,93 euro.
Derrière ces chiffres, un mécanisme connu : la densité des hypermarchés. Là où Leclerc, Carrefour, Intermarché ou Auchan multiplient les stations vendues quasiment à prix coûtant pour faire venir le client en magasin, les prix s’écrasent. L’Ouest, terre historique de la grande distribution, en profite plus qu’ailleurs. Le même effet joue sur l’essence : le SP98 le moins cher se trouve dans le Tarn et en Loire-Atlantique, le plus cher en Alsace.
Paris, l’Alsace et les Alpes en haut de l’addition
À l’autre bout, Paris occupe la première place à 2,306 euros le litre, mais sur un tissu réduit, une quarantaine de stations seulement dans la capitale. Le signal le plus solide vient de l’Est : le Bas-Rhin (2,297 euros sur 140 stations) et le Haut-Rhin (2,283) forment un bloc alsacien cher et bien fourni en points de vente. Les Alpes-Maritimes (2,281), la Moselle (2,278), les Vosges et la Haute-Savoie suivent de près. Entre la Loire-Atlantique et Paris, l’écart atteint 12,8 centimes par litre. Sur un plein de 50 litres, cela fait plus de six euros, à trajet et à voiture identiques.
Le pari du superéthanol
Le vrai grand écart est ailleurs, dans la colonne du superéthanol E85 : 0,86 euro le litre en moyenne, moins de 40 % du prix du gazole. Là encore, c’est dans l’Ouest qu’il coûte le moins cher, à 0,82 euro dans le Finistère, quand la région parisienne dépasse 0,90 euro. Le calcul mérite une réserve : l’E85 fait consommer davantage, de l’ordre de 20 %, ce qui rogne une partie de l’économie affichée à la pompe. Même en tenant compte de cette surconsommation, le coût au kilomètre reste inférieur de près de moitié à celui de l’essence, à condition de rouler dans un véhicule compatible ou équipé d’un boîtier de conversion homologué. C’est ce qui nourrit la percée régulière de ce carburant.
Quelques limites s’imposent. Ces moyennes portent sur les prix affichés par station, sans les pondérer par les volumes vendus : comme les hypermarchés écoulent l’essentiel des litres à bas prix, la moyenne réellement payée par les conducteurs est un peu inférieure. Les chiffres datent du 2 août et bougent chaque jour. La Corse est comptée comme un seul département, et l’outre-mer, où l’État encadre les tarifs, ne figure pas dans ce flux. Un constat s’impose : l’écart entre deux stations voisines dépasse souvent celui qui sépare deux départements. Avant de prendre la route, cinq minutes passées à comparer les stations sur le trajet rapportent, elles, à coup sûr.
