Le casque n’était qu’une recommandation pour circuler en trottinette en ville. À Paris, cette époque est terminée. Depuis le vendredi 7 août, un conducteur contrôlé tête nue dans la capitale ou dans la petite couronne s’expose à 135 euros d’amende.
L’arrêté pris par la préfecture de police impose deux équipements d’un coup : un casque et un gilet de haute visibilité, ou à défaut un équipement rétro-réfléchissant. La règle couvre Paris et les trois départements voisins, les Hauts-de-Seine, la Seine-Saint-Denis et le Val-de-Marne. Elle vise tous les engins de déplacement personnel motorisés (trottinettes, gyropodes, monoroues, hoverboards), sans distinction d’âge, et sur l’ensemble des voies, pistes cyclables comprises.
Un point tranche avec les habitudes : ces équipements sont exigés à toute heure, en plein jour comme de nuit. Les cyclistes, eux, qu’ils roulent en vélo classique ou électrique, restent en dehors de cet arrêté.
Ce que Paris ajoute aux règles nationales
Le code de la route se montrait jusque-là plutôt souple en agglomération. Le casque y est seulement « vivement recommandé », et le gilet réfléchissant obligatoire uniquement la nuit ou quand la visibilité baisse. Le casque n’était imposé que hors agglomération, sur les voies vertes et les pistes cyclables. En calquant la capitale sur ce régime plus strict, la préfecture referme la parenthèse urbaine : casque pour tout le monde, réfléchissant du matin au soir.
Le reste du cadre ne bouge pas. Il faut toujours 14 ans minimum pour prendre le guidon, la vitesse reste bridée à 25 km/h, une assurance responsabilité civile est obligatoire et le transport d’un passager interdit. Le défaut de casque relève d’une contravention de quatrième classe, fixée à 135 euros ; l’absence de gilet, d’une deuxième classe, à 35 euros. Additionnées, les deux infractions font grimper la note à 170 euros par personne. Rien de sophistiqué pour se mettre en règle : un simple gilet de sécurité automobile homologué suffit, au même titre qu’un brassard ou un sac à dos réfléchissant.
Derrière la mesure, une courbe qui inquiète
La préfecture justifie ce tour de vis par une accidentalité qui s’emballe. D’après le bilan 2025 de la Sécurité routière, 79 utilisateurs de ces engins ont perdu la vie sur les routes françaises l’an dernier. Ils étaient 45 en 2024 et seulement 10 en 2019 : la mortalité a presque été multipliée par huit en six ans. L’arrêté parisien s’appuie explicitement sur ce chiffre.
Sans carrosserie pour encaisser le choc, ces usagers paient cher la moindre chute, souvent par un traumatisme crânien. Cyclistes et conducteurs de trottinettes concentrent désormais 24 % des blessés graves de la route et plus d’un tiers des victimes qui gardent des séquelles un an après l’accident. Le casque ne réglera pas tout, mais il vise précisément la blessure la plus lourde.
Les trottinettes en libre-service ont disparu de la capitale : ce sont donc les engins personnels, achetés par des centaines de milliers de Franciliens, qui se retrouvent dans le viseur. Les contrôles s’annoncent délicats aux lisières de la petite couronne, où franchir la limite entre le Val-de-Marne et l’Essonne fait basculer d’un régime à l’autre.
Paris n’avance pas seule. Comme le recense le média spécialisé Cleanrider, plusieurs départements, des Alpes-Maritimes au Vaucluse, et des villes comme Le Touquet ont déjà signé des arrêtés comparables, quand le Nord et la Manche s’y mettent au 1er septembre. Cette mosaïque locale a un revers pour l’usager, qui change de règle en changeant de territoire. Pour sortir de ce patchwork, la Sécurité routière a été chargée de plancher sur une harmonisation à l’échelle du pays.
