On imagine un petit engin à roulettes qui slalome entre les passants, un colis calé sur le dos. La France vient d’autoriser presque l’inverse. Un arrêté daté du 28 juillet, publié au Journal officiel le 7 août, ouvre pour la première fois l’homologation des robots de livraison autonomes, et les destine à la chaussée, pas au trottoir.

Le ministère des Transports n’a pas créé de statut sur mesure. Il a rangé ces machines dans la catégorie L, celle des cyclomoteurs, des motos, des tricycles et des quadricycles à moteur, en modifiant un arrêté de 2016. Un robot livreur roulera donc sur la route, dans la circulation, et devra franchir la même procédure d’homologation, la « réception », qu’un scooter avant d’arriver sur le marché.

Jusqu’à une tonne, et personne à bord

Le mot « petit » du communiqué officiel trompe son monde. Selon la sous-catégorie, ces véhicules pourront atteindre 4 mètres de long, 2 mètres de large, 2,5 mètres de haut, et transporter jusqu’à 1 000 kilos sur plusieurs dizaines de kilomètres. On est plus proche de la camionnette sans conducteur que du robot-glacière de trottoir.

Personne ne sera assis à l’intérieur. Des caméras, des radars et des lidars repèrent les obstacles, un logiciel embarqué choisit la trajectoire, et un opérateur suit chaque machine à distance pour reprendre la main en cas de problème. Les règles de cybersécurité et de protection des données valables pour les autres véhicules automatisés s’appliquent aussi. La circulation ne sera pas libre pour autant : chaque commune, ou intercommunalité, fixera les rues et les quartiers ouverts à ces robots, précise le ministère.

L’objectif affiché tient en trois mots : dernier kilomètre. Le gouvernement vise une logistique urbaine plus propre et plus silencieuse, moins de camions en centre-ville et des livraisons plus fluides. La France assume aussi de rouler devant les autres. L’ONU et l’Union européenne planchent encore sur un cadre commun pour ce genre d’engin ; Paris a préféré publier le sien tout de suite, se plaçant « parmi les plus avancés au monde », d’après le ministre des Transports Philippe Tabarot. Le gouvernement rappelle avoir lancé sa stratégie de mobilité automatisée en 2018 et recensé plus de 200 expérimentations de véhicules autonomes depuis 2015. « Notre responsabilité est de permettre l’innovation sans jamais transiger sur la sécurité », affirme le ministre.

Twinswheel roule à 6 km/h, Amazon a déjà renoncé

Le modèle économique, lui, n’est pas encore réglé. Le principal acteur français, Twinswheel, une start-up de Cahors, teste ses droïdes dans Montpellier depuis 2021 pour le compte de La Poste et du groupe STEF, rapporte L’Usine Digitale. Le projet, baptisé Carreta, faisait rouler des machines de 70 kilos à vide, à 6 km/h, toujours flanquées d’un conducteur de sécurité à quelques mètres. À cette allure, un robot ne remplace pas un coursier pressé : il boucle une tournée sur un périmètre serré. La société avait déjà tenté une livraison de courses pour Franprix en 2019, un accompagnateur humain à ses côtés.

Le précédent américain invite à la prudence. Amazon a débranché son robot de trottoir Scout en 2022, jugé trop lent et trop cher, rappelle Clubic. Les constructeurs français devront résoudre la même équation, la vitesse contre le coût, avec en plus un opérateur à rémunérer derrière chaque écran de supervision.

L’arrêté s’applique depuis le 8 août, mais aucun robot ne surgira du jour au lendemain. Chaque modèle doit d’abord être homologué, puis attendre qu’une ville lui ouvre ses rues, pendant qu’un conducteur de sécurité continue d’accompagner les essais. Les premières livraisons sans chauffeur sur une vraie route française dépendront autant des mairies que des ingénieurs.