Gagner l’Eurovision a longtemps garanti une chose : organiser l’édition suivante chez soi. Cette évidence vient de sauter. L’Union européenne de radio-télévision (UER) a modifié ses règles pour empêcher un pays en guerre d’accueillir le concours, même quand il vient de le remporter.
Le texte, mis en ligne mercredi 12 août par l’organisateur du concours, ne laisse pas de place au doute. Un diffuseur vainqueur sera « automatiquement inéligible » pour accueillir l’événement « si un conflit armé, une situation géopolitique sensible ou toute autre situation affecte de manière significative la sécurité ou la stabilité de son État ou de sa région immédiate ». La clause s’applique dès l’édition 2027.
Le mécanisme est détaillé. L’UER pourra commander une évaluation de sécurité indépendante sur la région du gagnant, puis consulter le Reference Group, l’organe qui gouverne le concours, pour trancher. Si le vainqueur est jugé incapable d’organiser l’événement en sécurité, un autre diffuseur prendra le relais. Et cette fois, le pays de remplacement montera le spectacle « en son nom propre », sans avoir à l’assurer pour le compte du gagnant.
Cinq pays avaient boycotté l’édition de Vienne
L’UER n’a nommé aucun pays. La nouvelle règle arrive pourtant après deux éditions marquées par les boycotts. En 2026, à Vienne, cinq nations, l’Espagne, l’Irlande, les Pays-Bas, la Slovénie et l’Islande, avaient renoncé à concourir pour protester contre la participation d’Israël, qu’elles reliaient à la guerre à Gaza. L’organisateur avait, lui, maintenu la présence israélienne. Israël a fini deuxième en 2025 comme en 2026, rapporte l’AFP, à chaque fois à un souffle d’une victoire qui lui aurait ouvert l’organisation.
La précision sur le pays de remplacement renvoie à un épisode récent. En 2022, l’Ukraine a remporté le concours en pleine invasion russe. Incapable d’accueillir l’édition suivante, elle a laissé Liverpool organiser l’Eurovision 2023 à sa place, au nom de l’Ukraine. C’est ce montage que la nouvelle règle écarte : le pays de secours n’agira plus pour le compte du gagnant. En 2017, Kyiv avait pourtant reçu le concours malgré le conflit dans l’est du pays. La Russie, elle, est bannie de la compétition depuis 2022.
L’âge minimum passe de 16 à 18 ans
Le concours ne retouche pas que sa géographie. Dès 2027, les artistes devront avoir au moins 18 ans le jour de leur première répétition, contre 16 aujourd’hui. L’UER dit vouloir protéger les plus jeunes des pressions d’une compétition suivie par des dizaines de millions de téléspectateurs. La mesure ferme une porte ouverte de longue date : la plus jeune gagnante de l’histoire, la Belge Sandra Kim, avait 13 ans en 1986.
Les règles sur le son ont aussi été clarifiées. Le principe ne bouge pas, le chanteur principal doit interpréter la mélodie en direct, mais l’UER veut lever toute ambiguïté sur ce que les bandes préenregistrées peuvent soutenir, ou non. L’objectif affiché : que le public entende toujours une vraie voix, pas un artifice.
« Ces changements visent à donner plus de clarté à tous, à protéger les artistes et à garantir un environnement sûr et accueillant, tout en préservant l’esprit et l’intégrité qui rendent le concours si particulier », a résumé Martin Green, directeur de l’Eurovision, dans le communiqué. L’ensemble a été validé par le Reference Group après la revue annuelle du concours, à la demande des diffuseurs, à l’issue de la 70e édition disputée à Vienne.
Ces règles s’appliqueront à l’Eurovision 2027, attendu en Bulgarie, qui accueillera le concours pour la première fois de son histoire après la victoire de DARA. D’ici là, la clause sur les pays en guerre reste théorique : encore faudra-t-il qu’un futur gagnant se retrouve un jour dans la situation qu’elle vise.
