Un Mac et un iPhone achetés le même jour, dans la même boutique, ne reçoivent pas la même mise à jour. Depuis le 14 septembre, iOS 27 se télécharge dans les 27 pays de l’Union européenne sans Siri AI, la refonte de l’assistant vocal que le constructeur met en avant depuis juin.
Ce qui manque sur un iPhone européen
Apple a livré six systèmes d’un coup : iOS 27, iPadOS 27, macOS 27, watchOS 27, visionOS 27 et tvOS 27. Dans la note de disponibilité qui accompagne ces sorties, la marque écrit que Siri AI n’est pas disponible dans l’Union européenne sur iOS, iPadOS et watchOS, mais qu’il l’est sur Mac et sur Apple Vision Pro.
Pour qui possède un iPhone en France, la liste des absents est précise :
- l’application Siri dédiée, qui conserve l’historique des conversations et le synchronise d’un appareil à l’autre ;
- le mode Siri dans l’appareil photo, qui répond sur ce que vise l’objectif ;
- la version élargie de Visual Intelligence, qui interroge ce qui est affiché à l’écran ;
- les outils de rédaction intégrés à l’assistant ;
- la compréhension du contexte personnel (messages, courriels, photos) et les actions déclenchées d’une application à l’autre.
L’Apple Watch tombe avec l’iPhone : Siri AI sur watchOS 27 réclame un iPhone équipé de Siri AI. Les développeurs installés dans l’Union ne peuvent pas davantage tester ces fonctions dans leurs propres applications.
Apple met en cause le règlement européen
La marque avait prévenu le 8 juin, jour de sa conférence développeurs, dans un communiqué dont le titre met déjà en cause le règlement européen sur les marchés numériques, plus connu sous son sigle anglais DMA.
« Nous sommes profondément déçus que nos utilisateurs de l’UE n’aient pas Siri AI sur iPhone ou iPad au moment où nous diffuserons nos nouvelles versions logicielles cette année », y déclare Craig Federighi, responsable de l’ingénierie logicielle d’Apple.
Le texte expose ensuite la lecture d’Apple : l’interprétation retenue par les régulateurs l’obligerait, dès la mise en service de Siri AI, à ouvrir à n’importe quel assistant tiers un accès direct aux données privées et la capacité de piloter les autres applications. La marque dit avoir proposé un dispositif intermédiaire, baptisé Trusted System Agent, puis un déploiement progressif étalé sur dix-huit mois. Les deux propositions ont été refusées.
Bruxelles renvoie le choix à Cupertino
La Commission européenne a répondu dès le lendemain en conférence de presse. Son porte-parole Thomas Regnier, cité intégralement par Euronews, refuse la version d’Apple en deux phrases, ici traduites de l’anglais : « La décision de ne pas autoriser Siri AI est celle d’Apple et d’Apple seule. Parce qu’absolument rien dans le DMA n’interdit à Apple d’introduire de nouveaux produits dans l’UE. »
Selon lui, l’entreprise n’a pas cherché de solution d’interopérabilité conforme mais a réclamé d’être exemptée de ses obligations. Pour appuyer son refus, il compare le règlement au code de la route : l’Union n’accorde pas plus de dérogation qu’un policier n’exempte un conducteur de respecter une limitation de vitesse.
Dans une version écrite publiée ensuite sur LinkedIn et reprise intégralement par Daring Fireball, le porte-parole ajoute que les utilisateurs qui veulent garder les produits Apple tels qu’ils sont peuvent le faire, et que le règlement vise à ouvrir une possibilité à ceux qui préfèrent un autre agent.
Les deux récits se rejoignent sur un chiffre, dix-huit mois, et se séparent sur sa nature. Pour Apple, c’était la durée d’un déploiement progressif. Pour la Commission, la durée d’une exemption pure et simple.
Pourquoi le Mac échappe au blocage
La frontière n’est pas géographique, elle est juridique. La Commission a désigné quatre services d’Apple comme services de plateforme essentiels au titre du DMA : l’App Store, iOS et Safari en septembre 2023, puis iPadOS en avril 2024. macOS et visionOS ne figurent pas sur la liste. Ce sont exactement les deux systèmes sur lesquels Siri AI arrive dans l’Union.
Un autre élément pèse dans la discussion. Siri AI ne tourne pas sur les seuls modèles d’Apple : en avril, lors de la conférence Google Cloud Next, le patron de Google Cloud Thomas Kurian a confirmé que Gemini servirait de base à la nouvelle génération des modèles maison d’Apple et alimenterait un Siri plus personnalisé, propos rapportés par MacRumors. Thomas Regnier s’en est saisi pour défendre l’ouverture réclamée par Bruxelles : sans elle, a-t-il fait valoir, aucun autre agent que celui d’Apple, « propulsé par Google », n’aurait une chance égale d’être choisi par les possesseurs d’iPhone.
Un tiers du mobile français sous iOS
Le blocage ne concerne pas une poignée d’utilisateurs. En août 2026, iOS pesait 36,26 % des pages vues sur mobile en France contre 63,73 % pour Android, d’après les relevés de StatCounter. La France fait partie des 27 États membres qu’Apple énumère en note de bas de page de son communiqué de juin.
Le reste d’iOS 27 arrive normalement. Les fonctions Apple Intelligence intégrées aux applications restent accessibles, le français figurant parmi les seize langues prises en charge : retouche photo, création d’images, regroupement automatique des onglets dans Safari, alerte quand une page web change. Apple annonce aussi des gains de vitesse mesurés par ses propres équipes, jusqu’à 30 % sur le lancement des applications et jusqu’à 80 % sur les transferts AirDrop. Un réglage permet enfin de doser l’effet Liquid Glass, du plus transparent au plus teinté.
Une ligne des conditions de disponibilité vaut pour tout le monde, y compris dans les pays servis : les fonctions qui reposent sur les serveurs d’Apple, Siri AI compris, sont plafonnées par des limites d’usage quotidiennes. La marque précise que ces limites varient selon la fonction, la complexité de la demande et la charge du système, et qu’un accès élargi sera proposé contre paiement à l’avenir.
Ce que le DMA a changé ailleurs
Le règlement a déjà produit des effets chiffrés sur un autre terrain, celui des navigateurs. Dans son premier rapport de réexamen, publié le 28 avril 2026, la Commission conclut que le règlement reste adapté à son objet et n’a pas besoin d’être révisé. Le document de travail qui l’accompagne s’attarde sur l’écran de choix imposé par l’article 6(3), avec deux exemples relevés par Euronews : Aloha a signalé une hausse de 250 % de ses nouveaux utilisateurs, quand Firefox a vu ses utilisateurs quotidiens doubler sur iOS en Allemagne comme en France.
Le même bilan reconnaît que le texte n’a pas encore produit tous ses effets. Des acteurs consultés y réclament une application plus ferme et davantage de transparence, et signalent des manœuvres de contournement de la part des entreprises désignées. L’intelligence artificielle figure désormais parmi les priorités affichées : la Commission a ouvert en janvier 2026 deux procédures de spécification visant Alphabet, sur l’interopérabilité des services d’IA et le partage des données de recherche.
Octobre pour les uns, rien pour les autres
Siri AI sort en version bêta en anglais. Apple prévoit d’y ajouter le français, le japonais, le coréen, le portugais et l’espagnol en octobre. Le blocage décrit par la marque vise l’Union européenne : un francophone installé au Québec ou en Suisse pourra activer l’assistant sur son iPhone, pas un francophone de France. La Chine est écartée elle aussi, mais pour un autre motif, le temps qu’Apple satisfasse aux exigences réglementaires locales. Le constructeur écrit qu’il n’a aucun calendrier pour l’Union européenne et qu’il poursuit les échanges avec les régulateurs. Côté Commission, la copie rendue en avril ne prévoit pas de retoucher le DMA, dont le réexamen est prévu tous les trois ans.
