Un péplum de près de trois heures, interdit aux moins de 17 ans aux États-Unis, filmé avec des caméras IMAX 70 mm que presque aucune salle au monde ne sait projeter. Le pari avait tout du saut dans le vide. En une semaine, « L’Odyssée » de Christopher Nolan a rempli 1,84 million de fauteuils en France, le meilleur démarrage de l’année.
Le chiffre, compilé par CBO Box Office et relayé par Écran Large, dépasse tout ce que le réalisateur avait connu dans l’Hexagone. Ses précédents sommets, « Oppenheimer », « Inception » et « The Dark Knight Rises », plafonnaient autour de 1,835 million d’entrées sur une première semaine. « L’Odyssée » les efface de quelques milliers de tickets et signe le sixième meilleur lancement français depuis la réouverture des salles après le Covid. Depuis 2021, « Spider-Man: No Way Home » et les deux « Avatar » de James Cameron ont fait nettement mieux, tout comme « Vaiana 2 », « Vice-versa 2 » et « Super Mario Bros, le film », qui la devance de quelques milliers d’entrées.
Dans une France où la fréquentation estivale patine, le film fait figure de locomotive. Il devance le démarrage de « Super Mario Galaxy, le film » et ses 1,8 million d’entrées, jusque-là meilleur lancement de 2026, et cohabite avec le carton du diptyque historique « La Bataille de Gaulle », dont les deux volets cumulent plus de 3,5 millions de spectateurs. De quoi installer un mois de juillet plus animé que prévu dans les salles obscures.
Le meilleur lancement de la carrière de Nolan
Aux États-Unis, le film a encaissé près de 124,5 millions de dollars pour son premier week-end, d’après Variety, et 264 millions à l’échelle de la planète. C’est le plus gros lancement mondial de toute la carrière du cinéaste, et la plus grosse ouverture de 2026 pour un film en prises de vues réelles, troisième tous genres confondus derrière les films d’animation « Toy Story 5 » et « Super Mario Galaxy ». Deadline pointe un autre exploit. Avec son interdiction aux moins de 17 ans, « L’Odyssée » réussit le quatrième meilleur démarrage de l’histoire pour un film classé R, devant le « Ça » adapté de Stephen King. Les spectateurs de la première nuit lui ont attribué un « A » au CinemaScore, le baromètre du bouche-à-oreille outre-Atlantique.
Rien ne garantissait un tel raz-de-marée. Une épopée grecque de 2 h 52, sans super-héros ni suite à rallonge, portée par un budget de 250 millions de dollars et un tournage éclaté sur six pays. Fidèle à sa méthode, Nolan a privilégié les décors réels et limité les images de synthèse. Il confie Ulysse à Matt Damon, Télémaque à Tom Holland, et distribue le reste du panthéon à Zendaya en Athéna, Anne Hathaway en Pénélope, Charlize Theron en Calypso ou Robert Pattinson en chef des prétendants. La critique a suivi. Le film récolte 95 % d’avis favorables sur Rotten Tomatoes, la meilleure note jamais obtenue par un de ses longs métrages, et le public se montre encore plus enthousiaste, à 97 %. Dans le Guardian, Peter Bradshaw lui attribue cinq étoiles.
À New York, plus une place avant le 19 août
Le vrai moteur du phénomène tient dans un format. « L’Odyssée » est le premier film de l’histoire tourné intégralement avec des caméras IMAX 70 mm, la pellicule géante chère à Nolan. Son rendu ne se déploie pleinement que dans 41 salles au monde équipées pour ce format, dont 25 aux États-Unis, et elles ont été prises d’assaut. Selon IMAX, le film a réalisé 52 millions de dollars sur ses écrans géants pour le seul week-end d’ouverture, un record maison, soit un cinquième de sa recette mondiale. Sur les salles en 70 mm, la moyenne grimpe à 153 000 dollars par écran.
La rareté a fait le reste. À New York et Los Angeles, plus aucun billet en 70 mm n’était disponible avant le 19 août. À Londres, les séances affichaient complet jusqu’au 10 septembre, près de deux mois après la sortie. Sur les sites de revente, des places parties à guichets fermés réapparaissaient au-dessus de 200 dollars. Les copies en pellicule doivent tenir l’affiche au moins cinq semaines, une durée calée sur une demande qui, pour l’instant, ne faiblit pas.
