Le samedi 26 septembre, la plus belle avenue du monde ne sera fermée ni pour un défilé ni pour un feu d’artifice, mais pour une messe. Le pape Léon XIV descendra les Champs-Élysées en papamobile avant de célébrer un office place de la Concorde, où le diocèse de Paris attend 500 000 fidèles. Les inscriptions, gratuites, ont ouvert ce lundi à midi.
C’est le premier déplacement de Léon XIV en France, et il durera quatre jours, du 25 au 28 septembre, entre Paris, Lourdes et Metz. Le pape vient à l’invitation du président de la République, des évêques de France et du directeur général de l’Unesco, sous une devise empruntée à l’Évangile de Jean, « pour que le monde ait la vie ». Le programme complet, heure par heure, a été rendu public le 7 août par le Bureau de presse du Saint-Siège, dont le directeur Matteo Bruni a détaillé les étapes. La Conférence des évêques de France parle d’une visite historique.
Une messe de cette ampleur au cœur de Paris ne s’était plus vue depuis longtemps. Les 500 000 personnes espérées entre la Concorde et le haut des Champs supposent un dispositif de sécurité et de transport calibré pour une visite d’État. La veille au soir, le Stade de France peut à lui seul réunir plus de 80 000 spectateurs, cette fois pour une veillée de prière. La venue d’un pape reste un événement rare dans le pays, suivi bien au-delà des seuls catholiques pratiquants, et Léon XIV s’y présentera en premier pape né aux États-Unis, un peu plus d’un an après son élection au printemps 2025.
De Notre-Dame à la prairie de Lourdes
La première journée, le vendredi 25 septembre, donne le ton d’une visite d’État. Léon XIV sera d’abord reçu à l’Élysée par Emmanuel Macron, puis saluera les autorités, la société civile et le corps diplomatique, avant une halte au siège de l’Unesco, qui figure parmi les hôtes officiels du voyage. Les célébrations ne commenceront qu’en fin de journée, avec les vêpres à Notre-Dame, la cathédrale rouverte fin 2024 après l’incendie de 2019. Le soir, le pape retrouvera des jeunes de 17 à 35 ans pour une veillée au Stade de France, à Saint-Denis, dans une enceinte d’ordinaire réservée au football et aux concerts.
Le lendemain, le pape enchaînera d’abord deux visites parisiennes en matinée, dont un passage à l’Institut catholique de Paris auprès de catéchumènes et de nouveaux baptisés. Une fois la messe de la Concorde achevée, direction Lourdes. Le pape se recueillera à la grotte de Massabielle, célébrera le dimanche une messe en plein air sur la prairie du sanctuaire, rencontrera les pèlerins malades accueillis sur place, puis présidera au soir la procession aux flambeaux, l’une des images les plus reconnaissables du pèlerinage. Premier sanctuaire marial de France, la cité pyrénéenne concentrera à elle seule près de deux jours du voyage.
La dernière étape, à Metz, sortira du registre strictement religieux. Le lundi 28 septembre, Léon XIV participera à une rencontre interreligieuse au Centre des congrès Robert Schuman, autour d’un thème affiché, « aux racines de l’Europe pour la paix et l’unité ». Le lieu a sa charge d’histoire : la Moselle, longtemps disputée entre la France et l’Allemagne, a donné à l’Europe l’un de ses pères fondateurs avec Robert Schuman. Le pape y livrera son message sur le continent, puis célébrera une dernière messe à la cathédrale Saint-Étienne avant de rejoindre Rome dans la soirée.
Le programme ménage aussi un moment plus discret. Durant son séjour à Lourdes, le pape rencontrera en privé des personnes victimes d’abus commis au sein de l’Église, une rencontre que ces victimes contribuent elles-mêmes à préparer, selon le Saint-Siège. Ni l’heure ni le lieu exact n’ont été communiqués.
Une étape effacée sur fond de loi sur la fin de vie
Un rendez-vous, lui, a disparu des tablettes. Le pape devait un temps se rendre à l’institut Jeanne-Garnier, le plus grand centre de soins palliatifs de France. D’après le quotidien La Croix, qui a révélé l’affaire le 1er juillet, cette hypothèse n’a jamais été confirmée et ne figure plus au programme. À la place, Léon XIV visitera la Maison Bakhita, un centre d’accueil pour personnes migrantes créé par le diocèse de Paris.
Le contexte pèse. La loi française sur l’aide à mourir a été adoptée définitivement par le Parlement le 15 juillet. Selon La Croix, les organisateurs du voyage auraient préféré écarter la visite d’un centre de soins palliatifs pour éviter que le pape ne soit happé par un débat clivant, l’Église réprouvant l’euthanasie. Le texte n’est pas encore promulgué : saisi par le Premier ministre et par plus de soixante parlementaires de chaque chambre, le Conseil constitutionnel doit trancher avant toute entrée en vigueur.
Comment réserver sa place
Pour assister aux célébrations, tout passe par la plateforme officielle pape-france.fr. L’accès est gratuit, mais l’inscription est obligatoire pour les grands rassemblements de Paris et de Metz, dont la veillée du Stade de France et les vêpres à Notre-Dame. Les places sont comptées et la demande s’annonce forte : l’archevêque de Paris, Mgr Laurent Ulrich, a appelé les fidèles à s’inscrire sans attendre. Le site précise aussi les modalités d’accès aux autres étapes, les horaires et les questions de transport. La plateforme sert aussi à recruter les bénévoles qui encadreront les foules, et indique, étape par étape, ce qui suppose un billet et ce qui reste en accès libre.
Il faut remonter à septembre 2008, et à Benoît XVI, pour retrouver un pape en visite d’État sur le sol français. Depuis, François s’était rendu à Strasbourg pour le Parlement européen en 2014, à Marseille pour les Rencontres méditerranéennes en 2023, puis en Corse en 2024, sans jamais consacrer un voyage à la France elle-même. Léon XIV, lui, atterrira à Orly le 25 septembre au matin.
