Jamais un chef du gouvernement canadien ne s’était officiellement rendu à Saint-Pierre-et-Miquelon. Mark Carney y sera le 20 septembre, aux côtés d’Emmanuel Macron, sur un archipel de moins de 6 000 habitants posé à 25 kilomètres des côtes de Terre-Neuve.
Aucun président français depuis décembre 2014
Le président français est attendu du 19 au 21 septembre dans le seul territoire français d’Amérique du Nord. Le dernier chef de l’État à s’y être déplacé est François Hollande, en décembre 2014. Euronews, qui a suivi le briefing téléphonique donné par la présidence de la République, résume ainsi la position de l’Élysée : il est rare qu’un territoire de 5 800 habitants concentre « autant d’enjeux qui sont importants pour la France dans son ensemble ».
Côté canadien, il n’existe aucun précédent. Pierre Trudeau avait passé des vacances dans l’archipel en 1971, rapporte Radio-Canada, mais aucun premier ministre canadien ne s’y était rendu en visite officielle.
Aérospatiale, minéraux critiques, superinformatique
Ottawa a pris les devants en annonçant la rencontre le 13 septembre. Le communiqué du bureau du premier ministre énumère ce que les deux dirigeants doivent mettre sur la table :
- l’aérospatiale ;
- l’énergie et les minéraux critiques ;
- les technologies quantiques, les satellites et la superinformatique ;
- la défense, les deux pays étant alliés au sein de l’OTAN et partenaires de l’instrument européen SAFE.
Le même texte chiffre une relation commerciale qui penche nettement d’un côté. Les échanges de marchandises ont atteint 15,2 milliards de dollars en 2025, avec 5 milliards d’exportations canadiennes vers la France contre 10,2 milliards d’importations. Ces échanges ont grimpé de près de deux tiers en dix ans et la France est devenue le troisième marché d’exportation du Canada dans l’Union européenne.
« Le Canada et la France partagent bien plus qu’une frontière. Nos deux pays ont une histoire et des valeurs communes et sont résolument déterminés à bâtir un monde plus sûr et plus prospère », déclare Mark Carney dans ce communiqué.
« La France des cinq océans »
L’Élysée assigne au voyage un objectif plus large que l’archipel : délivrer un message de « la France des cinq océans », présente dans l’Atlantique, l’océan Indien, le Pacifique, l’Austral et l’Arctique « avec Saint-Pierre-et-Miquelon ». La présidence refuse d’y voir une périphérie et parle d’« un territoire, un archipel central pour la France d’aujourd’hui ».
Sur place, la présence militaire tient à un seul bateau. Le Fulmar, patrouilleur de la Marine nationale, est le seul bâtiment militaire français stationné en permanence dans l’archipel, et son renouvellement est jugé nécessaire. Les câbles numériques qui relient les îles au continent européen, les activités spatiales et un projet de « base arrière d’une coopération polaire » avec le Canada, le Danemark et le Groenland figurent aussi au programme des discussions.
La morue perdue, la zone de pêche rognée
Derrière les dossiers stratégiques, l’archipel se vide. Les populations légales publiées par l’Insee recensaient 5 873 habitants au 1er janvier 2021, dont 5 282 à Saint-Pierre et 591 à Miquelon-Langlade. Ce reflux tient d’abord à un poisson. Le moratoire décrété par le Canada sur la morue a fini par emporter toute la filière locale de la pêche, rappelle Euronews.
Le second est venu d’un tribunal. Un quart de siècle de querelle sur des eaux poissonneuses, avec arraisonnements de chalutiers et ambassadeurs rappelés, s’est achevé devant une cour d’arbitrage internationale en 1992. Le site patrimonial de Terre-Neuve-et-Labrador détaille le partage retenu : une zone économique de 24 milles autour des îles, prolongée par un couloir de 10,5 milles de large filant 200 milles vers le sud. Le compte final, 3 607 milles marins carrés (environ 12 400 kilomètres carrés), est bien inférieur à ce que Paris réclamait et donnait accès à beaucoup moins de poisson. Un accord de pêche signé en 1994 a calmé le jeu.
Miquelon déménage, deux mètres au-dessus de la mer
Le village de Miquelon est bâti sur une bande sableuse à deux mètres d’altitude. Il est en cours de déplacement vers l’intérieur des terres, ce qui en fait la première opération de relocalisation menée en France face aux conséquences du dérèglement climatique, écrit Euronews.
La Banque des Territoires, qui accompagne le projet avec l’État, la mairie et la Collectivité territoriale, raconte comment la décision s’est imposée. Deux tempêtes ont balayé l’archipel en novembre 2018, avec un effet d’électrochoc. La construction de digues a d’abord été envisagée comme solution de rechange. C’est la tempête Fiona, en 2022, qui a fait basculer le choix vers le déménagement. Une concertation publique a été ouverte la même année, réunions et ateliers compris.
Quinze parcelles pour commencer
Le nouveau village s’installe à deux kilomètres au sud de l’actuel, sur des terres plus hautes, hors de portée de la submersion. La première phase prévoit quinze parcelles de 800 m² le long du chemin des Roses, réservées à des ménages volontaires et à des primo-accédants, un projet d’habitat partagé porté par la mairie, un équipement refuge et une station d’épuration. Les travaux ont démarré en 2024, les premiers permis de construire ont été délivrés en 2025. La Banque des Territoires a engagé 910 000 euros de crédits d’ingénierie pour la maîtrise d’œuvre urbaine et 190 000 euros pour cofinancer le poste de chef de projet.
Viendra ensuite le reste du village : les zones d’activité, les équipements publics, puis plusieurs centaines de logements que la municipalité envisage de reconstruire, avec l’école, la clinique et le terrain de football. La Banque des Territoires décrit les 600 habitants de Miquelon-Langlade comme les premiers réfugiés climatiques de France. Emmanuel Macron, lui, doit quitter l’archipel le 21 septembre.
