Vendredi soir, 80 hectares avaient brûlé dans les Hautes Fagnes. Samedi soir, le Service public de Wallonie en comptait plus de 2 700, et le feu n’était toujours pas fixé. La Belgique n’avait jamais connu ça, et la partie la plus longue commence à peine.

Le brasier s’est déclaré vendredi en milieu de journée sur le plateau des Fagnes, en province de Liège, à quelques kilomètres de la frontière allemande. C’est un steward bénévole du parc naturel qui a repéré le départ de feu et donné l’alerte. Le précédent record du pays datait d’avril 2011 et touchait la même réserve : 14 km², soit 1 400 hectares, selon l’European Forest Fire Information System cité par Reuters. Le feu de ce week-end a déjà brûlé près du double, l’équivalent d’un quart de Paris intra-muros.

Un feu qui continue sous la surface

Ce qui distingue cet incendie tient à ce qu’il y a sous les bottes des pompiers. Le plateau repose sur de la tourbe, cette matière organique fossile qu’on découpait autrefois pour chauffer les maisons. Quand le feu l’atteint, il descend. « Quand le feu passe dans la tourbe, il a tendance à se consommer très lentement et en profondeur », explique à la RTBF Yves Pieper, agent du Département de la nature et des forêts.

Éteindre les flammes visibles ne suffira donc pas. « On devra revenir pendant des semaines et des semaines parce qu’à chaque fois, il y aura des nouveaux départs de feu, des fumerolles dans la tourbe », prévient le même agent.

Le terrain interdit presque toute attaque frontale. « Vous faites trois pas et vous chutez, c’est très très compliqué », décrit Nicolas Yernaux, porte-parole du Service public de Wallonie. Les secours ont donc reculé en lisière de forêt pour sauver les arbres et laissé la fagne se consumer, ce qui explique une partie des chiffres.

Des Chinook néerlandais et des bombardiers suédois

La Belgique a activé le mécanisme européen de protection civile. Deux hélicoptères Chinook néerlandais se sont posés dimanche matin, des bombardiers d’eau suédois ont décollé des Pays-Bas dans la foulée. La différence se mesure en litres : les réservoirs néerlandais emportent 3 000 litres, contre 1 000 pour les appareils belges, rapporte La DH.

Au sol, plus de 250 intervenants et une cinquantaine de véhicules ont travaillé sans interruption dans la nuit de samedi à dimanche : une centaine de pompiers belges et allemands, environ 70 policiers, une quarantaine de militaires avec quatre véhicules Panther, des agents de la Protection civile. Des agriculteurs sont venus prêter leurs engins pour acheminer l’eau.

Une partie des habitants de Sourbrodt, à Waimes, et de plusieurs hameaux de Bütgenbach ont reçu l’ordre d’évacuer samedi après-midi. La Croix-Rouge de Belgique a accueilli une quarantaine de personnes au hall omnisports de Malmedy, une vingtaine y ont dormi, certaines avec leurs animaux. Aucune habitation n’avait été touchée dimanche matin. Côté allemand, la ville de Montjoie avait demandé à environ 5 000 habitants de Kalterherberg et Mützenich de se tenir prêts à partir. La ligne de feu s’est éloignée pendant la nuit et les pompiers allemands ont commencé à se retirer.

La fumée est arrivée jusqu’en Moselle

Le panache, lui, a voyagé. Dimanche matin, l’odeur de brûlé était signalée à Ciney, Dinant, Rochefort ou Marche-en-Famenne, bien au sud du foyer. Le gouverneur de la province de Namur a demandé à la population d’arrêter d’appeler le 112 pour signaler des fumées : les appels saturaient la centrale d’urgence et retardaient la prise en charge des vraies urgences.

Puis les fumées ont franchi la frontière. La procédure d’alerte à la pollution atmosphérique a été déclenchée dimanche en Moselle en raison de l’incendie belge, rapporte franceinfo. Sur le tableau des épisodes en cours d’ATMO Grand Est, le département est ce dimanche le seul des dix de la région à dépasser un seuil d’alerte.

Le décor est le même partout cet été. La Belgique sortait de semaines quasiment sans pluie et le thermomètre y avait frôlé 37 °C vendredi. Environ 500 000 hectares ont brûlé dans l’Union européenne depuis janvier, selon Reuters et l’Associated Press. Le même week-end, l’incendie qui repartait dans les Landes avait parcouru 1 580 hectares d’après la RTBF, un peu plus de la moitié de la surface belge.

Sur le plateau, le feu n’était toujours pas fixé dimanche. Les agents wallons, eux, ont déjà prévenu : ils reviendront sur la fagne pendant des semaines, à chaque fumerolle.